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Le bras de fer entre Kéroler et McDonald's

C'est un peu l'histoire de David contre Goliath. A Betton, au nord de Rennes, la pâtisserie industrielle Keroler est en conflit ouvert avec McDonald's. La direction de la petite entreprise bretonne reproche au géant de la restauration rapide de ne pas lui payer ses produits au juste prix.
Chaîne fabrication gâteau Keroler
Chaîne fabrication gâteau Keroler © C. Rousseau
Le message affiché sur la façade de Kéroler est sans ambiguïté. La guerre est déclarée entre la PME bretonne et le géant américain MCDonald's.

La banderole que l'entreprise a accroché à sa façade
La banderole que l'entreprise a accroché à sa façade © C. Rousseau

Un client privilégié

Depuis 1990, cette entreprise de biscuiterie-patisserie travaille avec les plus grands groupes industiels de la distribution et de la restauration. En 1995 McDonald’s France devient le principal client de Keroler, jusqu’à représenter 85% de son chiffre d’affaires. Keroler développe des desserts pour tous les restaurants français de la chaîne de restauration rapide, dont la Mandise, un gâteau en forme de fleur fourré à la pâte à tartiner chocolat-noisette.

Le gâteau de la discorde

En 2001, les relations entre les deux sociétés s'enveniment. Selon l'entreprise, Mc Do exige la baisse du prix des desserts et n'accepte pas d'augmentation de prix de la part de son fournisseur malgré le contexte d’inflation des matières premières et des emballages. "Pour exemple : en 2001 McDonald’s achète la Mandise 0,31€ et la revend dans ses restaurants 1€. En 2015 Mc Do achète la Mandise 0,35€ et la revend 2,20€." nous précise Jean-Marie Foucher, le PDG de Keroler. "Il s'est vendu plus de 100 millions de Mandise dans les restaurants de la marque".

En 2012, Keroler ne peut faire autrement que d'augmenter le prix de son gâteau. La société envoie de nouvelles conditions de vente à McDonald’s avec un nouveau prix. Le géant américain continue d'acheter des Mandises mais pas au prix demandé. Le PDG de la PME estime les impayés à 11 millions d'euros.

La réponse de McDonalds

Contacté, McDonalds France nous a répondu par communiqué. Le groupe réfute les accusations de Keroler et parle d'allégations. Pour la société, "Keroler demeure à ce jour un fournisseur de McDonald’s et ce jusqu'au 1er octobre 2015. A ce titre, la société continue de livrer son produit et en retour continue d'être payée conformément aux termes tarifaires fixés par les deux parties en juillet 2012. Ce prix est conforme aux termes tarifaires fixés par les deux parties en 2012".

Elle ajoute : "Une procédure contentieuse a été initiée par Keroler. Toutes les décisions rendues dans le cadre de cette procédure, par le Tribunal de Commerce d’Evry et la Cour d’Appel de Paris en référé et par le Tribunal de Commerce de Paris saisi sur le fond dossier, ont rejeté intégralement la demande de Keroler. Celle-ci visait notamment à faire reconnaître une augmentation de prix de 187% que Keroler entendait imposer unilatéralement à McDonald’s. Cette hausse de prix exorbitante et infondée n’a, par ailleurs, jamais été acceptée par McDonald’s".

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L'entreprise bretonne s'oppose au géant américain

Dans l'impasse

Aujourd’hui Keroler est dans une impasse : si elle ne livre plus McDo, cette dernière peut se retourner contre l’entreprise bretonne pour rupture abusive de contrat et demander des dédommagements pour son manque à gagner, soit des millions d'euros. De plus la PME n'aura plus assez d’activité pour faire survivre l’entreprise. Si Keroler continue à livrer à perte, elle devra attendre que la justice statue. La société a appris ce mois d'août, que l'audience en appel pour un référé demandé en février 2013 est repoussée en juin 2017. D'ici là, il n'est pas certain que l'entreprise existe encore.

Des impacts sur l'emploi

Car ce bras de fer avec McDonald's a eu un impact sur les effectifs de l'entreprise rennaise. Il est passé d'une centaine de salariés dans les années 2000 à 40 aujourd'hui. Depuis ces différends commerciaux McDonald's a décidé de se désengager de sa relation avec Keroler en octobre prochain, marquant la fin de la production de Mandises.

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