Marre d’être les oubliés, les salariés de l’Adapei 35 en grève illimitée

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Écrit par Séverine Breton .

Les salariés de l’Adapei 35 sont en grève illimitée depuis le 7 décembre à minuit. Ils se sentent oubliés par le Ségur de la Santé. Ils demandent une revalorisation de leurs salaires et des moyens humains pour accompagner les personnes en situation de handicap.

Pour planter le décor, Pascale Danion, déléguée Force Ouvrière à l’Adapei 35, n'y va pas par quatre chemins : "Vous savez, le médico-social est en pleine révolution, mais, malheureusement, pas dans le bon sens".

Après la manifestation du 7 décembre, qui a rassemblé 2 500 personnes dans les rues de Rennes, les salariés de l'Adapei 35 ont décidé de poursuivre leur mouvement. Dans les Maisons d’accueil spécialisé, les foyers d’hébergement, les ESAT, les salariés sont en grève et débrayent régulièrement.  

La goutte d’eau qui a fait déborder la baignoire du mécontentement est venue du Ségur de la Santé. Seule une partie des salariés pourra toucher la prime de 183 euros promise par le gouvernement.

La prime qui fâche

Les infirmières, les aides-soignantes en bénéficieront, pas les autres, Katel Nicol, déléguée CFDT ne comprend pas. "On travaille tous ensemble, on fait les mêmes gestes, détaille-t-elle. Qu’on soit aide-médico-psychologique, aide-soignant, moniteur éducateur, on distribue les médicaments, on accompagne à la toilette, aux rendez-vous médicaux, dans les gestes de la vie quotidienne, on installe à table ou dans un fauteuil. C’est le même boulot, mais moi, je vais toucher la prime et pas ma collègue qui fait les nuits depuis des années, sous prétexte qu’elle n’a pas le même titre. Ce n’est pas possible ! J’ai presque honte ! "

 Des salaires qui se sont dégradés

"De toute façon, cette prime ne suffira pas, poursuit Fabrice Richard, délégué syndical central CGT Adapei 35. Notre convention collective date de 1966. Nous sommes payés à travers des points et des grilles qui datent de l’époque où Polnareff chantait "Love me, please love me",  et où la voiture de l’année c’était la Renault 16."

"Après 20 ans d’ancienneté, je gagne 1 450 euros net par mois, précise Fabrice Richard. On a perdu 28% de pouvoirs d’achat. Les salariés réclament des revalorisations de 3 à 400 euros. Il y a une grosse-grosse crise dans le secteur, termine le délégué, plus personne ne souhaite venir travailler dans ces conditions-là. "

Une lettre ouverte du monde médico-social

Fin octobre, les responsables d’association du secteur médico-social ont adressé une lettre ouverte aux élus. "Nous, signataires de cette Lettre ouverte, faisons de nos immenses inquiétudes face à la gravité de la situation dans laquelle se trouvent les établissements."

"Nous avons atteint désormais un seuil d’alerte extrêmement préoccupant : Décrochage des salaires, fuite des compétences vers les secteurs mieux rémunérés. Difficultés sans précédent à recruter, remplacer et fidéliser des professionnels qualifiés. "

La direction de l’Adapei 35 n’est pas hostile au mouvement, mais elle en déplore la forme. "Nous comprenons les principales revendications, mais nous ne pouvons la soutenir car elle met en situation difficile plusieurs de nos établissements et impacte la qualité de l’accompagnement des personnes."

Manque de moyens humains

"Nous avons besoin de moyens humains pour un accompagnement de qualité au service des personnes, s’inquiète Elisabeth Louis, représentante Sud. Nous sommes de moins en moins de soignants et nous avons affaire à des patients qui ont besoin de plus en plus de soins."

Pascale Danion s’agace : "avant, les personnes en situation de handicap ne devaient pas coûter trop cher, maintenant, il faut qu’elles rapportent ! On manque de personnel alors on ne répond plus aux besoins des gens".

"Pourtant, les personnes que l’on reçoit souffrent d’autisme, de troubles du comportement, elles peuvent être très sensibles à des petits détails, du bruit, de la lumière, une odeur. Pour pouvoir les accompagner, il faut être dans l’observation, mais quand on est épuisés, qu’on court partout, ce n’est pas possible."

Début janvier, le Premier ministre, Jean Castex a annoncé la tenue d’une conférence pour évoquer les grandes lignes d’une révision pour faire évoluer le secteur du médico-social.

D’ici là, demain 14 décembre, les salariés de l’Adapei 35 tiendront une Assemblée générale pour décider des suites à donner à leur mouvement.   

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