Bientôt réunie, la communauté afghane de Rennes rappelle: "Plus on oublie ici, plus ça donne la main libre aux talibans"

Publié le

Après la prise de Kaboul par les talibans au mois d'août, 25 familles de la communauté afghane de Rennes sont restées bloquées en Afghanistan où elles étaient en visite. La dernière doit retrouver la Bretagne cette semaine. Mais l'inquiétude pour les proches restés là-bas reste immense.

La dernière famille d'origine afghane de la communauté rennaise encore bloquée à Kaboul devrait rejoindre la capitale bretonne d'ici la fin de la semaine. "Ils ont leurs visas de retour par l'Iran, ils n'ont plus qu'à acheter leurs billets" indique le représentant de la communauté Shah Ahmadi.

Comme tous ceux qui n'ont pas la nationalité française mais bénéficient seulement de titres de séjour en France, cette famille a dû se débrouiller par ses propres moyens pour quitter son pays d'origine passé aux mains des talibans le 15 août dernier, alors qu'elle s'y était rendue pour les vacances d'été.

"Le gouvernement français ne fait pas grand chose pour eux. Il ne s'est occupé de rapatrier que les ressortissants français. Les autres ont dû trouver des solutions en passant par les pays voisins de l'Afghanistan. L'Iran notamment. Ils font Kaboul-Mashhad, Mashhad-Dubaï puis Dubaï-Paris" précise Shah Ahmadi. Seules deux des 25 familles rennaises bloquées à Kaboul depuis l'été ont pu bénéficier des vols affrétés au rapatriement par l'Etat français.


Les menaces pèsent toujours sur leurs proches

Si bientôt la communauté afghane de Rennes sera à nouveau réunie, l'inquiétude demeure dans ces familles qui ont tous des proches encore en Afghanistan. La menace est réelle pour tous ceux-là : liés à l'occident par leurs activités ou leurs liens familiaux, ils sont une des cibles privilégiées des talibans.

Shah Ahmadi revient tout juste d'Ouzbékistan où il s'était rendu pour essayer d'y faire passer ses beaux-parents toujours à Kaboul. "J'essaye de trouver un moyen pour les évacuer. Je sais qu'ils ne seront pas accueillis en France, mais je veux au moins qu'ils soient dans un autre pays que l'Afghanistan. Les autorités ouzbèkes m'ont dit qu'elles ne délivraient pas de visas pour les Afghans. Reste la solution de l'Iran, ou du Pakistan, mais c'est compliqué..."


Beaucoup d'Afghans n'ont rien à manger

De retour d'Afghanistan ce lundi 8 novembre, le directeur exécutif du Programme Alimentaire Mondial David Beasley a pu constater que "14 millions d'Afghans - soit une personne sur trois - étaient déjà confrontés à une faim sévère, et maintenant 95 % des familles ne consomment pas assez de nourriture. Cela représente une augmentation de 15 % en un mois seulement."

Une situation qui ne fait qu'accroître l'inquiétude de Shah Ahmadi et de sa communauté. D'autant que les transferts d'argent sont devenus quasiment impossibles. "Nous les familles en France nous essayons d'envoyer de l'argent à nos proches là-bas, mais c'est vraiment très difficile, voire impossible" déplore-t-il.


Des exactions constatées

Plus on oublie ici, plus ça donne la main libre aux talibans pour faire ce qu'ils veulent.

Shah Ahmadi

Shah Ahmadi le constate. Les médias qui ont beaucoup parlé de l'Afghanistan au moment de la prise de Kaboul puis à la rentrée de septembre, sont de plus en plus silencieux. Et selon lui, les talibans, soucieux d'offrir une image fréquentable à la communauté internationale, profitent de ce silence pour mener des exactions, officiellement condamnées par le gouvernement.

Un porte-parole taliban a confirmé ce 6 novembre le meurtre de quatre Afghanes dont les cadavres ont été retrouvés à Mazar-i-Sharif. Plusieurs assassinats d'activistes pour les droits des femmes avaient été rapportés récemment.

Depuis la reprise du pouvoir par les talibans, des femmes ont manifesté dans les rues de grandes villes afghanes, notamment Kaboul, pour que leurs droits soient respectés ou encore que les jeunes filles puissent retourner au lycée. Des combattants talibans ont dispersé certaines de ces manifestations, et le gouvernement a menacé d'arrêter les journalistes qui couvrent des rassemblements non autorisés. Les hauts responsables du nouveau gouvernement ont cependant insisté sur le fait que leurs hommes n'étaient en aucun cas autorisés à tuer des activistes, et ont promis de punir tout meurtrier.