Cancer : l'expertise du Centre Eugène Marquis profite aux soignants et patients de Wallis-et-Futuna

Manuele et Koleti en salle de soins au Centre Eugène Marquis à Rennes, où ils apprennent de nouveaux gestes, un savoir-faire qu'ils ramèneront à Wallis-et-Futuna auprès de patients atteints de cancer / © E. Colin - France 3 Bretagne
Manuele et Koleti en salle de soins au Centre Eugène Marquis à Rennes, où ils apprennent de nouveaux gestes, un savoir-faire qu'ils ramèneront à Wallis-et-Futuna auprès de patients atteints de cancer / © E. Colin - France 3 Bretagne

Le centre de lutte contre le cancer Eugène Marquis met en place un partenariat avec Wallis-et-Futuna. L'objectif ? Favoriser une prise en charge oncologique sur ces îles où patients et soignants rencontrent des difficultés liées à la distance, au manque d'équipements et de formation. 

Par E.C


Manuele et Koleti viennent de Wallis-et-Futuna, deux îles situées à 16 000 kilomètres de la métropole. Tous deux infirmiers, ils sont accueillis par les équipes du centre de lutte contre le cancer Eugène Marquis à Rennes.

Pendant trois semaines, ils renforcent leur formation en suivant chaque strate du parcours de soins en oncologie (de la radiothérapie aux chimiothérapies en passant par les soins de support). La théorie est suivie de la pratique, avec l'apprentissage de nouveaux gestes. Leur présence est le fruit d'un partenariat tout juste installé et d'un audit réalisé en mai par Nadia Leboulanger, infirmière et le Docteur Marc Pracht. Le centre Eugène Marquis travaille déjà depuis deux ans avec Saint-Pierre-et-Miquelon. 


Wallis-et-Futuna, une offre de soins limitée


Wallis-et-Futuna ne possède pas de spécialistes et de service en oncologie. Les patients sont orientés vers la Nouvelle-Calédonie et l'Australie pour les examens et les traitements. La métropole en accueille certains pour des protocoles spécifiques mais encore faut-il que la personne concernée puisse endurer le voyage : 48 heures entre l'avion, le train. Les soins et les transports sont pris en charge, pas l'hébergement ce qui "constitue un frein important dans le choix des patients, pour accepter de se faire traiter" note Nadia Leboulanger.

Lorsqu'elle se rend sur les îles en mai dernier, elle constate : "l'importance de se faire soigner n'est pas une priorité là-bas. On consulte peu et du coup les diagnostics sont tardifs, parfois trop." "Il y a un fossé entre ce qui doit être fait et ce qui est fait." La médecine traditionelle est également très présente "avec des massages, l'utilisation de plantes." 

Les informations manquent également, avec des campagnes de prévention. "Il n'y a par exemple pas de vaccination contre le cancer de l'utérus. L'information est en train de se mettre en place, avec une traduction dans toutes les langues locales." 

Manuele et Koleti confirment l'importance des mots et la difficulté de trouver les bons lorsqu'il faut expliquer, en utilisant le wallisien ou le futunien. "Par exemple, l'anesthésiste chez nous, c'est littéralement celui qui donne la mort." Les deux soignants rapportent aussi que chez eux, la douleur s'exprime peu "on voit sur leur visage que les gens ont mal mais eux vous répondront que non". 
 
Manuele Folautanoa, Nadia Leboulanger et Koleti Maituku, infirmiers autour de leur patiente Sofia, accompagnée de son fils Tony. Habitante de Futuna, Sofia, atteinte d'un cancer bénéficie de soins à Rennes. / © E. Colin - France 3 Bretagne
Manuele Folautanoa, Nadia Leboulanger et Koleti Maituku, infirmiers autour de leur patiente Sofia, accompagnée de son fils Tony. Habitante de Futuna, Sofia, atteinte d'un cancer bénéficie de soins à Rennes. / © E. Colin - France 3 Bretagne


Transmettre les compétences pour favoriser une prise en charge locale


Pour le Centre Eugène Marquis, il s'agit de former et de transférer des compétences sur place en s'ajustant avec les contraintes d'un territoire. "Wallis-et-Futuna ont internet depuis cinq ans, la téléphonie mobile depuis trois ans." La télémédecine fait partie des axes majeurs à développer avec des consultations mais aussi l'envoi des images comme les scanners explique Nadia. "Le but c'est de s'assurer que le patient ait un suivi." 

On se donne deux ans avant de faire les premières chimiothérapies sur Wallis. Il va falloir les définir, définir les besoins. (Nadia Leboulanger)

Elle remarque les forces de ses collègues Manuele et Koleti, qui doivent engranger un maximum d'informations en peu de temps. "A Wallis-et-Futuna, les infirmiers sont déjà hyper spécialisés, dans l'hyperpolyvalence avec des acquis en pédiatrie, en oncologie maintenant. Ils doivent être compétents en tout."

Leur apprentissage à Rennes est un exercice de taille. Manuele souligne "le plus dur pour moi c'est le regard des autres infirmiers. Ici je suis à la fois infirmier et étudiant." Nadia rajoute "pour nous aussi, c'est un exercice de former d'autres infirmiers." La différence majeure pour Manuele et Koleti ? Le matériel. "Ils trouvent qu'on jette trop de choses" rapporte Nadia. 

Les deux infirmiers restent optimistes pour leur retour chez eux."Ça va être difficile au début mais on va y arriver."

L'équipe de Rennes doit revenir les voir en 2020. 


Wallis-et-Futuna, quelques chiffres


Wallis-et-Futuna regroupent 11 558 habitants : près de 8000 à Wallis, plus de 3000 à Futuna. 

35 nouveaux de cas de cancer sont diagnostiqués à Wallis et Futuna, par an. 

350 personnes sont acutellement en traitement

Parmi les facteurs de risques de cancer sur place : l'obésité (qui concerne 60 % des adultes) , le tabac et l'alcool. 

 

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