Catastrophe ferroviaire de Saint-Médard-sur-Ille : “On prend un billet de train, avec scène d'horreur incluse”

Procès en appel au parlement de Rennes à la cour d'appel. La collision entre un poids lourd et un TER avait fait trois morts et 61 blessés, au passage à niveau à Saint-Médard-sur-Ille, le 12 octobre 2011. La SNCF a fait appel du jugement la condamnant. / © PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
Procès en appel au parlement de Rennes à la cour d'appel. La collision entre un poids lourd et un TER avait fait trois morts et 61 blessés, au passage à niveau à Saint-Médard-sur-Ille, le 12 octobre 2011. La SNCF a fait appel du jugement la condamnant. / © PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

Bernard est l'un des passagers du TER lors de l'accident survenu en 2011. A l'époque, il porte secours à plusieurs personnes. 

Par E.C

"Je baigne dans le secourisme depuis l'âge de 16 ans" dit Bernard lorsqu'il évoque son parcours. Très jeune, il suit en effet plusieurs formations et s'engage comme officier de carrière dans l'armée de terre, où il passera 23 ans. 

Le 12 octobre 2011. Il prend le train. Ce dernier entre en collision avec le poids lourd qui a franchi le passage à niveau. Le choc est très violent : "Au moment de l’impact, j'étais assis et j’ai percuté un jeune homme en face de moi, je lui ai cassé le nez. Lui-même m’a blessé au visage." Son premier réflexe ? Sortir, par la vitre, "parce que je ne savais pas ce qu'il en était. On aurait pu croire à un attentat." Il remonte dans le train très vite, se disant qu'il n'est pas blessé (alors qu'il des côtes félées, ce dont il se rendra compte plus tard) et redevient secouriste.

J'ai fait mon premier triage

Il rentre dans le premier wagon où il décrit "un amas de corps". Et une odeur : "Cela sentait le sang, la chair." "Il fallait dégager les gens. Mon souci c’était de ne pas aggraver leur situation en les manipulant." Sous le tas humain, il finit par trouver une jeune fille de 11 ans. Il la confie à une femme, prostrée dans un coin. "Il fallait que ça bouge". Il les fait sortir par l'ouverture de la vitre.

J'ai été secouriste avec mes deux mains, sans rien d'autre

A plusieurs reprises, il entre, sort, accompagne les blessés vers les ambulances avant d'être stoppé par la police ferroviaire. Sur le moment, et pour ses propres blessures, il dit "je ne sentais rien."


"J'ai découvert au premier procès que j'aurais pu en faire plus."


Bernard s'est reconstruit, notamment grâce à l'aide de sa femme. "Je me disais tu t'en sors bien Bernard". Il a revu son rapport à la mort, à la vie, dont il profite plus qu'avant. Au départ, il ne souhaite pas avoir de liens avec l'association de victimes, ne participe pas aux commémorations. Il se souvient du choc au premier procès et culpabilise presque : "J'ai découvert que j'aurais pu en faire plus, quand j'ai vu toutes ces personnes esquintées et que moi j'étais sur mes deux pieds." C'est lors de cette première audience qu'il est reconnu, par ceux qu'il a sauvés. "Cela m'a ébranlé, qu'on me dise que j'étais un sauveur" souligne-t-il.

Il raconte le cynisme des assurances. "J'ai été disséqué par le médecin qui vous met littéralement à nu et qui essaie de voir tout ce qui peut être économisé. On ne m'a rien proposé comme accompagnement psychologique. Je me suis senti seul." 


"On aurait pu éviter ça"


"Il faut que l'on arrête de nous parler d'un passage à niveau préoccupant. On se fout de nous. Les personnes qui doivent être sanctionnées ne le sont pas forcément. Ce n'est pas acceptable. On va rester avec le même genre d'individus qui ne prennent pas de décisions, qui se cachent derrière un groupe, que ce soit le département, la SNCF." Il lance : "quand on prend son train, c'est avec scène d'horreur incluse." 

"J'attends une augmentation de la peine des personnes morales. Le conducteur du camion, c'est passé. Il faut une peine exemplaire, marquer le coup." 

 

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