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Paracétamol, aspirine: et si les antalgiques étaient mauvais pour notre virilité ?

© Hélène Bonnet - France 3 Bretagne
© Hélène Bonnet - France 3 Bretagne

Des chercheurs rennais de l'Inserm viennent de démontrer les effets néfastes pour la santé du paracétamol. IIs inhiberaient la production de testostérone chez l’adulte.

Par Hélène Pedech

Ils sont de loin les médicaments les plus consommés par les Français. Les antalgiques, ou anti-douleurs, sont depuis plusieurs années soupçonnés de provoquer des troubles de la reproduction chez l’homme.

Fin 2010, Bernard Jégou, directeur de l’Institut de Recherche, Santé, Environnement et Travail (Irset) à l’Inserm à Rennes et spécialiste international des questions d’environnement et de fertilité masculine, a mis en évidence un lien entre la prise d’antalgiques pendant la grossesse et un nombre plus élevé de malformations génitales comme des cryptorchidies (absence de descente d’un ou de deux testicules dans les bourses chez le petit garçon).

Les chercheurs avaient alors entamé plusieurs travaux chez l’animal à travers 4 études de cohortes indépendantes. Toutes ont confirmé le caractère perturbateur endocrinien des antalgiques.

Nos travaux chez le rat montrent une baisse de la production de testostérone ou encore une féminisation des rats nouveaux-nés masculins


(Bernard Jégou, Inserm.fr et Human Reproduction, 12 mai 2013)

Parallèlement, au Danemark, une équipe de chercheurs était parvenue aux mêmes conclusions toujours avec des rats. Dans ce pays, qui enregistrait alors la plus grosse consommation de paracétamol, on observait aussi le taux le plus élevé de cryptorchidie chez les garçons.

La seconde phase de ces recherches ont donc porté sur l’humain, du stade fœtal à l’âge adulte. Pour ce faire, les chercheurs rennais ont obtenu le soutien de l’Agence Nationale de Sécurité des Médicaments et des Produits de Santé (ANSM).

Des fragments vivants de testicules d’hommes adultes ont été exposés in vitro à différentes doses de paracétamol, d’aspirine ou d’indométacine pendant au moins 24 heures. Les premiers résultats de ces expériences, viennent d’être publiés dans la revue Human Reproduction. Cette fois, ils ne laissent plus aucune place au doute. Bernard Jégou explique : « A des concentrations équivalentes à celles retrouvées dans le plasma en cas de prise de ces molécules, chacune d’elles perturbe la production d’hormones stéroïdiennes et d’autres facteurs nécessaires à la masculinisation et la fertilité». Autrement dit, les antalgiques font notamment baisser la production de testostérone.

Or, les chercheurs rappellent que certaines personnes absorbent massivement des antalgiques. Bernard Jégou interpelle notamment « certains athlètes de haut niveau [qui] en usent et en abusent, notamment à des fins préventives. Outre les risques potentiels sur la fertilité ou sur la santé en général, ces produits qui provoquent une baisse de production de testostérone pourraient donc être contre-productifs en terme de performance ».

Sur la déjà longue liste des perturbateurs endocriniens, les antalgiques viennent donc s’ajouter aux Bisphénols et autres Phtalates.

Désormais, la balle est dans le camp des autorités sanitaires qui devront se prononcer pour ou contre une limitation plus stricte du recours à ces molécules.

Le reportage à Rennes (35) d'Hélène Pedech et Larbi Benchiha


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Les dangers des antalgiques
H. Pédech, L. Benchiha



Le risque des antalgiques : un enjeu de santé publique

Selon le Pr Claude Le Pen, professeur d’Economie à Paris-Dauphine *, « les quatre premiers produits pharmaceutiques consommés en France, en volume, sont des antalgiques et les trois premiers sont du paracétamol. En d’autres termes, chaque Français (nouveau-nés et nourrissons compris) consomme chaque année quatre boîtes d’antalgiques remboursées par la Sécurité sociale et une boîte et demie en automédication. » 

Source : Ensemble face à la douleur : prévention, traitement et prise en charge
United against pain: prevention, treatment and management of pain
© 2005 Elsevier SAS. Tous droits réservé 58
La consommation de médicaments antidouleur
en France : l’expression des préférences
des patients ?
Claude Le Pen - Professeur d’économie, Paris-Dauphine

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