Plan social à Technicolor, les salariés fondent leurs espoirs sur Bercy

Après l'annonce de 110 suppressions de postes début juillet, les salariés contestent le bien-fondé économique de cette opération de délocalisation de leurs activités en Inde. Ils en appellent au pouvoir politique pour défendre une entreprise stratégique maintes fois soutenue par des aides publiques.
Le plan social concerne 40% des effectifs et met en péril une société au savoir-faire emblématique
Le plan social concerne 40% des effectifs et met en péril une société au savoir-faire emblématique © Christophe Rousseau / France 3 Bretagne
Les syndicats se demandent si le site de Rennes ne sera bientôt plus qu'une coquilles vide, après avoir été un pionnier historique du secteur, un des moteurs du numérique en Bretagne dans les domaines de la vidéo, des décodeurs et de la téléphonie.
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Mikel Le Roux, développeur chez Technicolor ©France 3 Bretagne
 

On est virés parce qu’ils coûtent trois fois moins cher…

Valérie Le Merrer, déléguée syndicale Sud

Valérie Le Merrer, déléguée de SUD, est développeuse software chez Technicolor. Elle pense que cette délocalisation ne conviendra pas aux clients européens allemands et espagnols qui ne veulent pas travailler avec des partenaires en décalage horaire à l'autre bout du monde et qui n'ont pas la même culture. L’équipe de Cesson-Sévigné est en surcharge de travail depuis des mois et a tout fait pour livrer ses projets en temps et en heures. "On nous complique la tâche en nous imposant des collaborateurs en Inde qui font de nombreuses erreurs. On doit les former et repasser derrière… et maintenant on nous dit que c’est eux qui feront le travail et que nous on est virés parce qu’ils coûtent trois fois moins cher… mais je ne pense pas qu’ils aient l’expérience et les compétences nécessaires. Les seules raisons sont donc économiques"

Le délégué Cfdt Christophe Cottais, estime qu'il s'agit effectivement pour sa direction de faire des économies sur la masse salariale. Pour lui délocaliser divisera certes par trois la masse salariale, mais comme une bonne partie de l'activité n'est maitrisée que sur Rennes, l'entreprise ne sera pas viable longtemps.
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Christophe Cottais delegue CFDT Technicolor Rennes ©France 3 Bretagne
 

Une opération financière pilotée par les créanciers


Selon Laurent Plagne, Chargé d'affaires chez Technicolor, avec la suppression de 110 postes, le gain estimé est de six millions par an mais il faut en déduire l’embauche de personnel en Inde. Un personnel qui sera sans doute beaucoup plus nombreux pour tenter de compenser son déficit de compétence. Or le transfert de compétences va prendre plusieurs années au point qu’un gain réel n’est pas du tout certain.

"Dans le cadre du plan social, la société a obtenu 420 millions d’euros de ses créanciers". Une bonne nouvelle pour la direction qui va pouvoir investir dans la R&D et l’innovation comme elle l’a toujours fait sur le site de Rennes. Mais c’est une somme très supérieure à celle du plan social: il y a un rapport de 1 à 100 entre cette arrivée d’argent et ce que la société devrait gagner avec un plan social. Donc pour Laurent Plagne, chargé d'affaires chez Technicolor, « le message n’est pas vraiment économique, c’est un message de la direction adressé aux créanciers : je peux baisser mes coûts fixes ». Pour lui cette délocalisation est une erreur stratégique, "d'autant que les clients grands comptes comme Bouygues, Vodafone, Telecom Italia, insistent pour avoir un service R&D européen."
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Laurent Plagne, Chargé d'affaires chez Technicolor ©France 3 Rennes
 

Un soutient fort des élus du territoire


Laurence Maillart- Méhaignerie, députée LREM d’Ille-et-Vilaine, Jean-Pierre Savignac, maire de Cesson-Sévigné et Loïg Chesnais-Girard, le président de la Région Bretagne, se sont promis de tout faire pour éviter ce PSE qui concerne des postes d’ingénieurs et met en péril tout un savoir-faire, précieux tant pour l’entreprise que pour le territoire.

La députée d’Ille-et-Vilaine a rendez-vous ce mercredi 22 juillet à Bercy avec les services de restructuration industrielle et d’accompagnement des entreprises. Elle déplore qu’un plan social de cet ampleur soit annoncé au pire moment, à la sortie d’une crise sanitaire et au cœur de l’été. Les difficultés de Technicolor ne sont en rien liées à la crise du Covid-19, d’autant que les salariés avaient déjà consenti des baisses de salaire, et que l’activité a été maintenue durant le confinement.

L'élue bretonne espère obtenir un soutien au niveau national « C’est à l’entreprise de faire le chemin d’un vrai projet qui suscite l’adhésion des salariés. C’est un crève-cœur que d’imaginer que ce centre de recherche, ses ingénieurs et ses savoir-faire puisse disparaitre, […] pour être délocalisés en Inde ! » 
 

La réponse de la direction rennaise de Technicolor


Selon la direction de Technicolor, le contexte justifie cette réorganisation. Le marché des décodeurs numérique subit "des transformations profondes et structurelles" en raison de "la baisse du recours à la télévision traditionnelle et de l'apparition de nouveaux usages de consommation de la vidéo" avance t-elle, auxquelles s'ajoute "l’intensification de la concurrence". "Cette situation se traduit par une chute de 25 % du marché (en valeur) de la conception et de la fourniture des décodeurs numériques entre 2017 et 2020"
 
La division Recherche et Développement du site Technicolor de Rennes, a donc depuis plusieurs années vu "le volume de ses activités baisser et sa compétitivité diminuer".
 
Ce plan de transformation sur 3 ans a donc pour "objectif de poursuivre la rationalisation des sites R&D de la Division, de simplifier et de rendre les organisations plus flexibles et modulables", et "plus spécifiquement sur le site de Rennes, le projet prévoit de poursuivre sa spécialisation en un pôle d’expertise R&D pour le marché Eurasie"

"Ce projet d’évolution de l’organisation aurait pour conséquence la suppression de 110 postes, à l’horizon de la fin d’année 2020", confirme la direction, qui ajoute que son "objectif  est que 100 % des salariés concernés puisse retrouver une solution professionnelle, qui tienne compte des spécificités et des objectifs de chacun". Elle précise encore souhaiter "maintenir un dialogue social continu et constructif avec le CSE et les organisations syndicales représentatives, tout au long de la procédure d’information-consultation, afin de pouvoir trouver ensemble, en concertation, les mesures d’accompagnement les plus adaptées"
 

 
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