Rennes. Des écouteurs de rue bénévoles prêtent une oreille attentive aux passants

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Des professionnels de la santé psychique s'installent un samedi par mois dans la rue pour écouter la parole des passants. Des échanges bienveillants et gratuits pour soulager des maux du quotidien.

Brassards roses au bras, chaises alignées, panneaux "Ici, on vous écoute". L'installation est prête. Les écouteurs de rue, par groupe de cinq, se lancent à la rencontre des badauds dans l'un des endroits les plus animés de Rennes : la dalle du Colombier.

Un samedi après-midi par mois, ils profitent des va-et-vient de cette zone commerciale du cœur de Rennes pour interpeller les passants : "Bonjour, est-ce que vous avez une minute ?", "On peut se parler ?". A chacun, sa méthode.

Créer l'occasion de parler

Depuis février 2022, une douzaine de psychothérapeutes a rejoint cette initiative lancée à Rennes par Fabienne Bailly. L'objectif : libérer la parole de personnes qui ne pousseraient pas la porte d'un professionnel de la santé mentale.

"On invite les personnes à s'assoir face à nous, explique Fabienne Bailly. Les réactions sont variables, certains nous évitent du regard, ne veulent pas s'arrêter." D'autres engagent la conversation. "Ça commence sur des choses anodines et puis ça peut évoluer sur des choses plus lourdes", témoigne l'écouteuse de rue.

On n'a pas de baguette magique. Ce n'est pas en une séance qu'on va résoudre un problème mais on allège un poids.

Fabienne Bailly

Ecouteuse de rue

Parmi ses souvenirs, Fabienne Bailly évoque le cas de ce nouveau retraité, qui vivait mal sa situation : "Il disait que ce n'était pas facile de ne plus travailler. Il avait moins d'argent et surtout il se rendait compte qu'il avait été manipulé par l'entreprise pour partir."

Mettre des mots sur son malaise, le partager l'a soulagé. "On n'a pas de baguette magique, tempère Fabienne Bailly. Ce n'est pas en une séance qu'on va résoudre un problème mais on allège un poids."

Cette première approche peut être l'occasion d'aiguiller les passants vers des solutions de soins plus pérennes en les dirigeant vers des professionnels de ville. Pour ceux qui ont peu de moyens financiers, les écouteurs de rue conseillent une association de psychothérapeutes bénévoles "Les psys du cœur".  

Chaque personne est une vraie rencontre

Fabienne Bailly

"Beaucoup de personnes, de par leur vécu culturel, social ou ethnique, n'iraient pas voir un psy, témoigne Fabienne Bailly. On se quitte avec le sourire, chaque personne est une vraie rencontre." Comme cette syndicaliste, qui culpabilise de ne pouvoir résoudre tous les problèmes de ses collègues, cet immigré qui ne comprend pas tous les codes de la société française, cet autre en colère contre la discrimination qu'il subit depuis des années… 

"Cette chaleur fait du bien"

Après deux années de distances sanitaires, de masques, de gestes barrières, "cette chaleur fait du bien", avoue Fabienne. Elle concède que ces rencontres la nourrissent. "Au début, j'avais le trac. Je ne trouvais pas simple d'aborder les personnes et puis au bout d'un moment, ça devient naturel. Les barrières tombent."

Cette expérience de rue rappelle à Fabienne Bailly son passé de clown à l'hôpital : "Dans la rue, comme à l'hôpital, on aborde tout le monde de la même manière, quelle que soit sa condition sociale. Ça me reconnecte à ma profonde humanité."