Sécheresse : les récoltes de maïs fourrage fortement diminuées dans le sud de l'Ille-et-Vilaine

Cette année, le maïs a perdu un tiers de sa hauteur par rapport aux bonnes années. / © Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne
Cette année, le maïs a perdu un tiers de sa hauteur par rapport aux bonnes années. / © Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne

Le Sud de l'Ille-et-Vilaine est le territoire agricole le plus touché par la sécheresse en Bretagne. Notre région est plutôt épargnée par rapport à d'autres en France, mais la canicule a des incidences non négligeables sur les élevages, et beaucoup d'agriculteurs se posent des questions de survie.

Par Marc-André Mouchère


C’est tout le quart Sud-Est du département d’Ille-et-Vilaine qui est touché par le manque d’eau. À l’instar de la Mayenne et de la Loire Atlantique, pour ne parler que de nos voisins, la situation devient critique pour certains agriculteurs.

En cause les années successives de sécheresse en particulier des hivers déficitaires en pluviométrie. Cette année les aléas météo du printemps et de l’été ont aggravé la situation. Un printemps d’abord chaud et sec, puis un retour du froid et de pluies irrégulières et puis la canicule qui s’installe jusque début août. Résultat : les nappes phréatiques baissent, les puits s’assèchent, les prairies jaunissent, les semis sont capricieux et la croissance des végétaux est limitée.

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© Propluvia / ministère du développement durable
© Propluvia / ministère du développement durable


Terroir, météo et climat

Dans la région de Guipry-Messac, les terres s’assèchent d’autant plus vite qu’elles ne sont ni profondes ni riches. La pluviométrie y est moins favorable qu’au nord du département, et comme ailleurs la canicule cette année a stoppé la pousse de l’herbe puis celle du maïs.

Pour les éleveurs la situation peut rapidement devenir critique : quand l’eau vient à manquer et que le thermomètre grimpe à ce point. En moyenne une vache laitière boit 150 litres par jour mais surtout il faut satisfaire son appétit d’herbivore. Faute de prairies vertes il faut leur fournir une alimentation équilibrée sur les stocks de l’exploitation.


Produire des stocks de fourrage est un impératif

Cette année encore, les éleveurs laitiers voient diminuer les stocks de fourrage prévus pour l’hiver ou pour faire face aux calamités. Foin, luzerne et maïs sont des réserves qu'il faut conditionner selon des techniques variées en sec ou en ensilage.

Jean Paul Riault et son fils, ont une ferme laitière à Guipry Messac. Le troupeau de 75 vaches fournit 625000 litres de lait par an. Pour les nourrir, l’agriculteur doit trouver les ressources sur ses 125 hectares. Il produit du maïs fourrage sur 35 ha, le reste permet de mettre les animaux en prairies et aussi de produire du foin, un autre ensilage d’herbe (luzerne, raygrass...), des céréales grain ou encore des betteraves.

À cette époque de la mi-septembre, les agriculteurs s’entraident pour les chantiers d’ensilage du maïs. L’ensilage c’est un moyen de conservation comparable à la choucroute pour les humains. Mais cette année tous constatent une baisse des rendements : les pieds de maïs ne dépassent pas 1m60 au lieu de 2m50.

Heureusement tous ont donné une « pomme » grâce aux pluies du mois d’août, mais les grains ne se sont pas développés jusqu’à la pointe. Au total c’est 20 à 30% de perte de rendement si on prend en compte la baisse de la valeur nutritive de la récolte. Car c’est dans le grain que se trouvent certaines protéines. Et si la ration de protéine est insuffisante, la vache produit moins de lait ou un lait moins riche et moins payé.
© Marc-André Mouchère / France 3 Rennes
© Marc-André Mouchère / France 3 Rennes
 

Survivre au changement climatique

Ce mardi, au SPACE, les éleveurs sont allés à la rencontre du ministre de l’agriculture, Didier Guillaume. L'élevage a payé un lourd tribut à la sécheresse et aux canicules de l'été, et une filière en plein doute s'interroge sur les mesures à prendre pour survivre au changement climatique.

            "Le moral des éleveurs est au plus bas", assure Pierre Thomas, président du syndicat agricole Modef et éleveur de vaches Salers dans l'Allier, interrogé par l'AFP à Rennes.
            "Beaucoup d'entre eux veulent arrêter, les revenus sont trop bas, les conditions et les contraintes normatives de plus en plus lourdes", ajoute-t-il.
            "Les effets de la sécheresse de cet été se sont cumulés avec plusieurs périodes caniculaires qui ont stoppé la pousse de l'herbe" dont se nourrit le bétail, constate également Christine Valentin, vice-présidente des Chambres d'agriculture. En plus, "les autres années on sauvait au moins le maïs" récolté en septembre. Ce ne sera pas le cas partout en France cette année.

Mais en Bretagne aussi, le fait d'épuiser le stock fourrager pour l'hiver de manière précoce poussera les éleveurs à envoyer à l'abattoir les vaches qu'ils ne peuvent plus nourrir, c'est-à-dire à "décapitaliser".

            "Quand vous avez 100 vaches et que vous ne pouvez en nourrir que 80, la meilleure des solutions est de tuer 20 vaches, car acheter de l'alimentation n'est pas rentable. Mais décapitaliser, ça appauvrit nos troupeaux et on est pénalisé l'année d'après", explique Bernard Lannes, président de la Coordination rurale.

Des mesures économiques d'urgence

            Le bilan des pertes n'est pas encore connu, mais la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, avance le chiffre provisoire de 80 millions d'euros. Avec 86 départements en restriction d'eau, dont 30 en situation de crise, "évidemment qu'il y a des impacts économiques", dit-elle.

            "Un assuré sur deux nous a fait une déclaration de sécheresse ou de canicule", confirme Delphine Létendart, directrice du marché agricole chez Groupama, qui assure 56% des surfaces agricoles en France.
            Au cours de l'été, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures pour soulager les éleveurs: exonération de la taxe foncière sur les propriétés non bâties et report de cotisations de la mutuelle agricole (MSA) ; avances de paiement sur les aides de la Politique agricole commune (PAC) et possibilité de faucher les jachères subventionnées, normalement destinées à aider la biodiversité.
           

Des mesures techniques durables

Pour le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume, "ces événements se reproduiront vraisemblablement", a-t-il confié à l'AFP, aussi il faut "des réponses conjoncturelles de court terme", mais aussi "prendre des mesures durables".

Le dispositif français des calamités agricoles sera activé dès le bilan de la sécheresse 2019 connu. Une première réunion est prévue le 15 octobre, selon la FNSEA.

            "Aujourd'hui on peut dire que le régime des calamités agricoles a vécu. Plus de 200 millions d'euros ce n'est pas rien, mais avec le dérèglement climatique, ça ne suffira pas car ça n'est pas extensible", a indiqué M. Guillaume lors d'un discours au SPACE. Pour lui une des solutions est donc "l'assurance généralisée" sur laquelle travaille actuellement le ministère.

Le gouvernement a aussi fait en sorte d'accélérer la mise en place d'une "soixantaine" de retenues d'eau collinaires sur le territoire français entre 2019 et 2022 pour mieux gérer l'irrigation des terres agricoles.

            "Tout ça peut vouloir dire qu'il va falloir des changements complets de production, mais alors il faut que le système bancaire agricole s'adapte pour qu'on puisse investir si on veut continuer à produire des produits alimentaires et à manger demain", souligne Pierre Thomas, le président du syndicat agricole Modef .  

En attendant "Le moral des éleveurs est au plus bas".
 

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