REPORTAGE. Dans un haut-lieu du tourisme, un urbanisme apaisé et un tourisme mieux maîtrisé, est-ce possible ?

Publié le Mis à jour le

L'immobilier et l'urbanisme, sont au cœur des préoccupations des Français. C4est ce qui ressort de la consultation #MaFrance2022. Exemple à Saint-Malo, où la ville il y a quelques mois a décidé de mieux encadrer le tourisme de courte durée et de favoriser davantage la concertation avec les habitants sur les projets d'urbanisme.

"Saint-Malo, j'y vis, j'y reste", c'est le mot d'ordre et le nom d'un collectif d'habitants qui s'est constitué en 2019 avec la multiplication des locations de courte durée dans la Cité corsaire, qui leur empoisonnait la vie.

Des Malouins qui, insistent-ils, ne sont pas opposés au tourisme, ni même à ce principe d'hébergement de vacances, mais à ses excès.

Et en particulier aux 25% de ces locations détenues par des multi-propriétaires, dont c'est l'activité principale. Car la rentabilité d'une location de courte durée est deux à trois fois plus rentable, qu'une location classique.

L'excès de ces locations de courte durée modifie complètement la nature du tourisme. Nous nous sommes constitués pour la défense de l'intérêt général, celui des habitants. Nous défendons une ville vivante et vivable !

Franck Rolland, co-fondateur du collectif "Saint-Malo, j'y vis, j'y reste"

Véronique Deschamps, co-fondatrice du collectif malouin, explique que quelques années auparavant l'appartement en face de chez elle, après avoir été racheté, s'est subitement transformé en location Airbnb.

J'ai alors eu l'impression de vivre au milieu d'un hôtel, avec une qualité de vie complètement altérée et le sentiment d'être dépossédée de mon lieu de vie.

Véronique Deschamps, co-fondatrice du collectif "Saint-Malo, j'y vis, j'y reste"

Pour elle, "il ne s'agissait pas d'un conflit de voisinage, mais d'un conflit d'usage."  La Malouine a gagné une première victoire en justice, le logement voisin ne peut plus être destiné à ce type de location. Mais la partie adverse a fait appel, la justice suit donc son cours.

Des quotas mis en place en juin 2021 pour limiter les locations de courte durée

Saint-Malo a ainsi compté jusqu'à 2 700 locations de courte durée, soit 8% du parc total de logements. Suite à la mobilisation des habitants, la municipalité a depuis le mois de juin 2021 décidé de mieux encadrer ce type de locations touristiques. Elle a donc mis en place des quotas et la ville ne pourra désormais pas compter plus de 1600 locations de courte durée.

Autre mesure de restriction, une seule résidence de location est autorisée par foyer. Les propriétaires sont également tenus de demander à la mairie une autorisation de changement d'usage, avec un numéro d'enregistrement, indispensable pour l'inscription sur les plates-formes de location. Un soulagement pour les Malouins.

La question maintenant, selon le collectif, est celle du suivi de ce règlement par la ville et le contrôle des locations qui ne peuvent plus être louées sur de courtes durées. Des habitants qui redoutent que le problème se déplace sur les villes voisines qui n'ont pas adopté les mêmes réglementations. Mais de nombreuses communes bretonnes, Douarnenez, Trégastel, Auray ou encore Lannion suivent de près l'exemple de Saint-Malo, une des premières en France à avoir adopté une réglementation drastique sur ces questions.

Une charte pour un urbanisme apaisé

Après des années de constructions tous azimuts, et une grosse insatisfaction locale face à la transformation de la ville, Saint-Malo a adopté au mois de juin une charte pour mieux maîtriser son urbanisme et favoriser le dialogue à la conception des projets. "Une charte explique Nicolas Verpeaux, président de la Fédération des promoteurs immobiliers de Bretagne, qui devrait améliorer la pédagogie et l'information.

Une information transparente pour les habitants et les riverains des projets, permettra à tous d'avoir le même niveau d'information. De ce point de vue c'est très positif.

Nicolas Verpeaux, président de la Fédération des promoteurs immobiliers de Bretagne

"Je suis plus réservé, dit-il sur une nouvelle réglementation sur l'urbanisme, pour lequel les contraintes sont déjà nombreuses. Il ne faudrait pas que cette surenchère de règles rende plus compliqué le montage des projets. Le danger qui nous guette, c'est d'avoir plus de difficultés à répondre à la demande de construire des logements.

"C'est aux élus de décider et non pas aux habitants"

"Ce sont les élus qui ont le pouvoir et qui doivent décider et non pas les habitants. Si une charte comme celle-là est nécessaire, reconnaît le professionnel de l'immobilier, c'est l'usage qui en sera fait, qui est un sujet d'interrogation. Aujourd'hui la construction est tellement décriée, que les élus pourraient être tentés de moins construire. Et en créant de la rareté, on créé de la cherté" poursuit-il. 

La charte comprend plusieurs autres axes, développer raisonnablement et respectueusement la ville, en préservant le patrimoine notamment, mais encore inclure une démarche environnementale, en prenant en compte la transition énergétique. Dernier point, le renforcement de l'attractivité de Saint-Malo pour les actifs et les familles.