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Saint-Malo : la pression monte aux Laboratoires de la mer (Physiomer)

Les salariés et leurs représentants préparent la « contre-attaque » dans les instances du Comité d’Entreprise suite au licenciement du directeur des Laboratoires de la mer, fabriquant du Physiomer, Oliver Bertaud.
Les salariés de Laboratoire de la mer à Saint-Malo sont en grève depuis le licenciement éclair de leur directeur, Olivier Bertaud, par leur actionnaire américain.

Au nom des 130 salariés, les élus du personnel étudient les recours auprès du Comité d’Entreprise, tandis que des élus politiques locaux sont sur place pour les soutenir.

Mais la direction a interdit au personnel de s’adresser à la presse sous peine de perdre leur emploi, ce qui témoigne de la tension dans ce qui était « une grande famille », selon une employée.

« Hier soir nous étions invités par le maire à Saint-Malo 2030, était coin de la rue on a un potentiel futur PDG en train de nous prendre en photo » témoigne pour l’exemple de ce manque de confiance Luc Snyders, délégué du personnel au CE.

Les représentants du personnel ont exercé leur droit d'alerte économique. Il y a un an, le groupe avait essayé d'imposer une baisse du prix de transfert des produits du laboratoire pour ses filiales, qui baissait notamment les bénéfices de la société. Un audit diligenté par le Comité d'Entreprise avait souligné les risques d'une telle politique.

Dans un communiqué, les représentants des salariés doutent de la suffisance de l'investissement de 2,6 millions d'euros évoqué par la direction. "L'outil de production necessite un investissement de 12 millions sur trois ans" précise le communiqué.



Une rencontre avec le personnel ce jeudi

Selon un communiqué envoyé par Perrigo, une réunion s’est tenue hier jeudi à Saint-Malo, dans laquelle le groupe a confirmé « que la valeur de Laboratoire de la Mer tenait au savoir-faire de ses salariés, à l’enracinement breton de la marque et à la qualité de ses produits. »

Les représentants de la direction ont expliqué que la nouvelle structure « de reporting » visait à « aligner l’entreprise avec les standards du groupe et à mieux accompagner sa forte croissance. »


Un plan programmé ?

Le personnel en grève affirme avoir appris l'existence d'un "Plan XLs" datant de décembre 2015, dans lequel il avait été demandé à Olivier Bertaud une liste de 17 personnes à licencier, ainsi que le gel des investissements. ce dernier avait alors défendu sa cause lors d'une rencontre avec la direction de Perrigo en Belgique, n'obtenant qu'un sursis.

En octobre 2015, Perrigo avait annoncé vouloir supprimer 800 postes, soit 6% de leur effectif, pour contrer une OPA hostile de Mylan en rachetant pour deux milliards de dollars de ses propres actions.

Les délégués du personnel demandent l'intervention du gouvernement.




Une équipe de mercenaires a pris le contrôle


"Ils m’ont dit qu’ils restructuraient, qu’ils transféraient les services centraux en Irlande. Quelques minutes après que j’ai quitté l’entreprise, une équipe de dix personnes est arrivée en rigolant et en se moquant de mes collaborateurs pour prendre le contrôle de l’entreprise" a expliqué Olivier Bertaud, l'ancien dirigeant, mais peut-être toujours président, de cette entreprise familiale vieille de 25 ans.

La société doit être incorporée au groupe Perrigo et gérée depuis l’Irlande.

Jordan Marchand, chargé de projet dans l’entreprise, s'alarme. "Ce qui m'inquiète le plus, c'est qu'à terme des emplois soient délocalisés et qu'on perde cet esprit familial qui fait la force du laboratoire", résume-t-il.
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