Un sexagénaire de Vitré accusé d'avoir maltraité sa femme pendant plus de vingt ans

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Un sexagénaire de Vitré (Ille-et-Vilaine) a été jugé ce mercredi 26 octobre 2022 par le tribunal correctionnel de Nantes pour avoir maltraité sa femme "pendant plus de vingt ans" du temps de leur vie commune à Soudan (Loire-Atlantique).

Maryse, l'épouse de Claude, a porté plainte le 19 mars 2022 à la gendarmerie de Châteaubriant, pour les "violences habituelles" qu'elle subissait "quasiment depuis le début de leur relation" en 1995.

Le couple - qui s'était marié en 1999 et qui était arrivé à Soudan en 2006  avait connu dans l'intervalle un premier sidérant épisode de violences alors qu'ils vivaient encore en Belgique : la victime avait dû se réfugier sous une table en guise de "cabane de fortune" alors que son mari, "devenu fou", avait "biseauté" ses rebords à l'aide d'une machette.

Pour cette "tentative de meurtre", cet ancien employé de la Marine avait alors fait "trois ans de prison" en Belgique avant d'être "gracié par Jacques Chirac" et d'être récupéré à sa sortie "par un sous-marinier de Dunkerque", a-t-il répété ce mercredi 26 octobre 2022 à la barre du tribunal correctionnel. Mais "il n'y a eu ni grâce de Jacques Chirac, ni intervention d'un sous-marinier", l'a vite recadré l'avocate de sa femme à la vue des papiers sur sa sortie de "prison psychiatrique".

Sodomie et fellations imposées

En attendant, depuis cette histoire, le prévenu répétait à sa femme que "des comptes doivent être réglés" : cette ancienne commerciale, qui avait accepté un emploi administratif à l'hôpital de Châteaubriant "pour pouvoir s'occuper de la maison et des enfants", devait ainsi faire les 12 km qui la séparaient de son travail "à pied ou à vélo", "même en hiver et sous la pluie".

L'homme - qui est en arrêt maladie depuis 2016 - refusait en effet de confier leur voiture à cette "folle", qu'il traitait aussi de "traînée" et de "salope comme toutes les femmes". L'intéressée en venait à "cacher les couteaux" de crainte qu'il s'en prenne à elle et avait peur d'être "jetée en marche de la voiture" par son mari, dira-t-elle aux gendarmes de Châteaubriant.

Sur le plan sexuel, cette femme "qui a la foia expliqué avoir été "contrainte" à "certaines pratiques sexuelles" comme la sodomie ou des fellations. Des "pénétrations" avec "des godemichés" ou "des bouteilles" lui avaient même été "imposées", avait-elle dit. Au terme de leur dernière relation sexuelle, en février 2020, elle avait été "jetée en dehors de la chambre".

À l’issue de sa plainte, les gendarmes étaient donc venus au domicile du couple saisir les armes que cet amateur de tir sportif âgé de 65 ans détenait légalement.

Ses collègues de travail entendus

L'audition de leur fils aîné, âgé de 26 ans, avait confirmé les propos de sa mère : il se souvenait avoir "vidé un revolver" que son père avait et "jeté les munitions à la poubelle" quand il était enfant et que la famille vivait encore en Belgique. Il avait également reçu "des raclées monumentales" de ce père "toxique" quand celui-ci était sorti de ses trois ans de détention.

Les auditions des collègues de la plaignante, à l'hôpital de Châteaubriant, avaient abondé dans le même sens : elle prenait chaque jour son travail "comme une parenthèse" salvatrice. Dans ce contexte, ils pensaient donc que Maryse était "en grand danger" à l'approche de sa retraite : cela allait sonner comme "la fin de sa respiration" quotidienne.

L'une d'entre elles, à qui la plaignante s'était confiée, avait même assuré que Claude "tambourinait" à la porte de la chambre de sa femme "pour pouvoir la sauter". À ce sujet, la présidente du tribunal correctionnel a regretté que le procès-verbal des gendarmes sur l'audition de cette témoin "censée être la plus importante" "tienne sur une demi-page"...

Les voisins du couple avaient enfin présenté le prévenu comme un homme "véhément" et "nocif pour le quartier". Au final seule la nouvelle compagne de Claude , âgée de 47 ans et avec qui il vit "depuis six mois", le trouvait "tendre", "avenant" et "affectueux". Cette habitante de Vitré imputait ces accusations à l'épouse "manipulatrice" de son compagnon.

Un "scenario invraisemblable"

Ce mercredi, à la barre du tribunal, le prévenu s'est dit "surpris" et "très affecté" du "scénario invraisemblable" décrit par sa femme. "Il est vrai que nous étions parfois en désaccord mais jamais je ne lui ai manqué de respect", a-t-il certifié aux juges.

Le sexagénaire a aussi dit avoir "voulu engager une procédure de divorce" à leur retour en France en 2006 mais "on m'a fait culpabiliser". Il a d'ailleurs été "incarcéré à tort" en Belgique : il a expliqué avoir été pris de colère et s'être saisi de la machette après avoir vu son épouse "masturber" son fils aîné... Claude a enfin expliqué qu'il était en arrêt maladie depuis qu'il a été "menacé de mort" dans le cadre d'un "harcèlement au travail" quand il suivait un "gros chantier" nucléaire.

Son épouse - qui est désormais hébergée de manière temporaire chez une amie - a-t-elle rappelé que son mari "s'absentait de longs week-ends sans dire où il allait", qu'il rentrait "toujours par surprise" et qu'elle devait alors lui "laver son linge". Entre-temps, il la "laissait sans chauffage". Elle a aussi eu "la cloison nasale déplacée" après avoir reçu un de ses "coups de boule".

"Je n'en parlais pas car j'avais trop peur de perdre mon travail : Châteaubriant, c'est une petite ville", a-t-elle dit. "Je laissais mes problèmes de côté et je me consacrais aux urgences."

Une perte de poids qui rien a voir avec "les salades au quinoa"

"Elle faisait 12 km le matin et 12 km le soir, à pied ou à vélo, voilà pourquoi elle a perdu 10 kg... Ce n'était pas dû aux salades au quinoa ou au boulghour, comme le dit monsieur", abonde l'avocate de la partie civile.

Le procureur de la République, pour sa part, a réclamé de son côté deux ans de prison avec sursis probatoire pour le sexagénaire : cela comprendrait une interdiction de recontacter son épouse ou d'approcher son domicile. Le représentant du ministère public a aussi demandé le maintien du Bracelet anti-rapprochement (BAR) qui lui a été posé dans le cadre de son contrôle judiciaire et la confiscation définitive de ses armes, même si elles ont "une valeur sentimentale".

Me Emmanuelle Foucré, l'avocate de Claude a plaidé quant à elle la relaxe de son client au vu des "aberrations" que comportent les témoignages de la plaignante ou de son fils. Elle veut à tout le moins que le sexagénaire soit "dispensé" de porter un bracelet anti-rapprochement car il lui "donne des vertiges".

Enfin, l'avocate de la défense a réfuté que Maryse soit une femme "soumise" dans la mesure où elle était elle-même "excellente au tir" sportif et qu'elle avait d'ailleurs été "félicitée par son mari". Le tribunal correctionnel de Nantes, qui a mis finalement son jugement en délibéré, rendra sa décision dans trois semaines. Dans l'immédiat, le contrôle judiciaire de Claude a été maintenu "dans toutes ses dispositions", a pris soin de souligner la présidente.

[SG/GF (Press Pepper)]

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