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Brest: quand la rumeur tue

Soupçonné à tort d'être un pervers sexuel, un homme poursuivi par des parents est décédé d'un arrêt cardiaque.

Par Stephane GRAMMONT

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Brest: Méprise mortelle

Un retraité de 65 ans a été pris à parti par des parents d'élèves à la sortie d'une école. Ils l'auraient pris à tort pour un pédophile. L'homme est décédé d'un arrêt cardiaque alors que la police intervenait.

Les faits

Ce retraité de 65 ans avait un comportement jugé inquiétant par des parents qui le voyaient régulièrement devant l'école de leurs enfants à Brest. Ils le soupçonnaient à tort d'être "un pervers sexuel". Cet homme est mort lundi d'une crise cardiaque, peu après
son interpellation par la police.
L'homme, un habitant de Bellevue, un quartier populaire dans la périphérie de Brest, venait depuis une quinzaine de jour assister à la sortie des classes de la maternelle Auguste Dupouy, selon des témoignages. Cette personne sous curatelle, sans antécédent judiciaire, avait fini par éveiller des inquiétudes chez des parents d'élèves en se postant sur le trottoir en face du portail alors que la sonnerie retentissait.
Lundi, il a été désigné à la police comme ayant eu un comportement suspect à proximité
de l'école, ce qui a motivé son interpellation en "flagrant délit", selon le commissaire de la sûreté urbaine de Brest, Yves Floc'h. "Il a été poursuivi par des passants et rattrapé à l'entrée de son immeuble", a-t-il ajouté.

" (...) Cet homme qui est aperçu à proximité de l'école avant-hier (lundi) est pris à partie et même pris en chasse par un certain nombre de parents d'élèves jusqu'à son domicile" à deux cents mètres de l'école, a précisé Bertrand Leclerc, le procureur de Brest. Le retraité a été "bloqué dans l'ascenseur" alors qu'il essayait de rentrer chez lui. "Il est agité par ce qui se passe, il essaie de se défendre", selon M. Leclerc. La police est prévenue. Il lui est signalé qu'"un pédophile a été rattrapé par des témoins". Sur place, "une petite fille est en pleurs ce qui vient corroborer le tableau qui a été fait aux policiers (...) qui lui passent les menottes parce qu'il est agité", décrit le procureur.
L'homme a été extrait de "la foule autour de lui" puis conduit, menotté, dans le véhicule de police où un policier reste avec lui. "Dans les minutes qui s'écoulent l'homme fait un malaise", explique le procureur. Les policiers tentent de le ranimer mais le décès est constaté à l'arrivée des pompiers et du Samu.
M. Floc'h a souligné que la police n'avait rien à reprocher au retraité qui n'était pas fiché.

La rumeur

L'homme de 65 ans, retraité sous curatelle, sans antécédent judiciaire, a éveillé les inquiétudes chez des parents d'élèves depuis plusieurs jours. Il avait été désigné par "la rumeur publique comme étant un possible pédophile qui tenterait d'enlever des enfants à proximité d'une école maternelle", l'école Auguste Dupouy dans le quartier de Bellevue, a retracé M. Leclerc, procureur de Brest.
"Des parents d'élèves s'émeuvent de la situation (...) Le même homme avait été vu quelques jours plus tôt, en compagnie d'une fillette qui avait échappé à l'attention de sa mère. Il l'avait prise par la main et l'avait ramenée devant l'école avant de la remettre à un membre du personnel. Une main courante a été établie au commissariat de proximité de Bellevue par les parents de la petite écolière égarée.
"Tout porte à croire qu'il y a eu une interprétation de ce geste par d'autres parents de bonne foi par rapport à ce monsieur qui avait l'habitude d'évoluer autour de l'école", a souligné le policier.
Des mères de familles ont confirmé avoir averti la police, mais ont formellement démenti avoir poursuivi l'homme jusque dans le hall de son immeuble.

"Il est mort. Je n'ai pas de réaction. Maintenant je suis tranquille"

"Il était là tous les soirs", a déclaré à l'AFP une jeune mère de famille. "Hier, il s'était appuyé contre le poteau et mangeait un yaourt avec une cuiller. Il n'avait pas l'air normal", a ajouté cette maman de deux enfants scolarisés à la maternelle Dupouy.
"Il avait une attitude suspecte, il n'était pas net, on n'avait pas confiance. Moi je cachais ma fille derrière moi, j'avais peur pour mes enfants. Il était louche, il regardait les enfants", a déclaré de son côté Nathalie, une très jeune maman dont les trois enfants sont scolarisés dans cette école.
"On a appelé la police plusieurs fois, mais ils ne sont jamais venus. On a alerté le directeur. Il allait lui parler et lui demandait de ne pas rester ici. Mais personne ne s'en approchait", a affirmé une autre mère de famille.
"Il est mort, je n'ai pas de réaction. Je pense que c'est un mal pour un bien. Maintenant, je suis tranquille", a-t-elle ajouté.

"Il n'était pas méchant du tout! Il était différent, donc les gens étaient durs avec lui parce qu'ils avaient peur", a affirmé une voisine de palier du retraité qui habite dans une petite tour grise de six étages à trois cents mètres de l'école. "Ce monsieur ne savait pas se défendre. C'était quelqu'un de simple qui parlait mal et les gens ne le comprenaient pas. Il était agressé dès qu'il était dans la rue, les gens mais surtout les jeunes l'insultaient. Il ne méritait pas ça", a poursuivi la voisine qui a indiqué qu'elle ne le fréquentait pas particulièrement. "Je crois qu'il a été effrayé par la police", a-t-elle indiqué pour expliquer le malaise cardiaque du retraité, placé sous curatelle, qui s'était installé dans le quartier depuis août dernier.
Le parquet de Brest a demandé une autopsie du retraité afin de définir les causes de la mort.

"Un climat de psychose"

Le procureur de la République de Brest, Bertrand Leclerc, a mis en garde contre les "climats de psychose". "Il est très important, en dehors de la vigilance normale des citoyens, qu'on ne se méprenne pas et que l'on n'entretienne pas des climats de psychose qui peuvent arriver à ce genre d'issue fatale", a-t-il déclaré. 
"On a vécu pendant une dizaine de jours dans une nébuleuse de rumeurs qui a enflé à partir d'une méprise sur un homme vu tentant d'enlever une enfant alors que ce n'est pas le cas (...). Mais personne n'a véritablement pris la peine d'alerter les services de police et c'est là qu'est l'erreur", a insisté le procureur de Brest.

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Réaction de Laurence Maillart-Méhaignerie, signataire de la tribune. Députée LREM de la 2e circonscription d'Ille-et-Vilaine

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