Rennes: hommage au jeune postier décédé

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200 personnes se sont rassemblés devant la Poste en hommage au jeune postier qui s'est suicidé mercredi dernier.

Par Géraldine Lassalle

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Rennes (35): hommage devant la Poste

Plus de 200 personnes se sont retrouvées devant le grande poste de Rennes à l'heure de midi là où 5 jours auparavant , un jeune cadre de 28 ans s'était défenestré. Un hommage mais également une mobilisation.

200 salariés de La Poste se sont rassemblés ce lundi midi devant le bâtiment de la poste centrale de Rennes pour rendre hommage à Jeremy Buan, le jeune cadre supérieur qui s'est suicidé mercredi. Ils ont salué sa mémoire par des applaudissements. 

"C'est sa compagne qui a demandé qu'on l'applaudisse comme un artiste, on l'a applaudi pour ce qu'il a fait, pour les vies qu'il va sauver", a expliqué à l'AFP Sonya Royer, une déléguée CFDT qui a côtoyé le jeune postier de 28 ans dans le cadre de ses activités syndicales.
Très émue, au bord des larmes, Elodie Briand a dit quelques mots à la presse pour
appeler "toutes les personnes qui souffrent, qui se sentent seules et incomprises, à réagir ou à accuser le système" qui, selon elle, a broyé son compagnon. Les yeux cachés par des lunettes noires, la jeune femme brune s'est effondrée après avoir déposé des fleurs sur le lieu du suicide. Emus et silencieux, les salariés et fonctionnaires de la Poste ont participé au rassemblement organisé à l'heure où leur collègue a sauté du dernier étage.

Rennes: hommage au jeune postier décédé


Décrit comme "motivé", "énergique", "dynamique" et "ambitieux" par ses proches, le jeune cadre a laissé une lettre où il évoque son "anxiété professionnelle" et son incapacité à vivre dans un "tel contexte opprimant". "A partir du moment où il a sauté, je continue son combat, celui qu'il n'arrivait pas à réaliser lui-même car il n'avait plus de force à la longue de se faire enfoncer moralement", a déclaré sa compagne, désormais seule avec un bébé de cinq mois.
En écho, les différents délégués syndicaux FO, CFDT, CGC ou Sud ont dénoncé après
la cérémonie les "pressions" liées selon eux aux restructurations en cours. Certains voient ce suicide comme un "acte militant", d'autres comme un "signal d'alarme". "Le mal-être au travail, on le sent. On a des appels tous les jours. On est en réorganisation systématique, on est 240.000 aujourd'hui, on était 300.000 il y a dix ans", souligne ainsi Jean-Pierre Lorieux, responsable syndicat FO.
La direction, qui n'a envoyé aucun représentant à la cérémonie, a organisé dans la matinée un moment de recueillement dans tous les services de la poste centrale. "Les postiers de Haute-Bretagne sont bouleversés par le drame épouvantable", a fait savoir le directeur régional Jacques Meslin dans un message interne aux salariés où il se dit prêt à rencontrer la famille pour lui faire part de "toute notre solidarité".
Recruté comme facteur en 2003, le postier était devenu cadre supérieur en 2009 grâce à un concours interne. Muté dans les Côtes d'Armor pour deux postes d'encadrement, il avait demandé un rapprochement familial et avait finalement été affecté en janvier en région rennaise, à un poste de niveau inférieur au sien.
"C'était un garçon qui prévoyait tout, il avait des comptes à régler et il les a réglés en retournant l'arme contre lui", affirme Robert, 60 ans, un fonctionnaire retraité qui était devenu ami avec "son facteur" il y a six ans. 

Trois enquêtes ont été ouvertes par la police judiciaire, l'inspection du travail et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de La Poste de Rennes.
En septembre 2011, une salariée du Centre financier de Paris s'est défenestrée sur son lieu de travail. Le rapport de l'inspection du travail a conclu à "une faute caractérisée" de l'entreprise, l'enquête judiciaire est en cours.

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