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L'Hydroptère prend son envol pour un nouveau record dans le Pacifique

Alain Thébaut est un breton têtu, et ambitieux. Depuis 20 ans, il ne lâche rien sur le projet de l'Hydroptère, qu'il a fait voler une première fois avec Eric Tabarly, en 1994. Avec la troisième génération de ce trimaran ailé, il se lance pour un record de traversée du Pacifique.
L'Hydroptère à Los Angeles, en mai 2015
L'Hydroptère à Los Angeles, en mai 2015 © MARK RALSTON / AFP
Au large de San Pedro, sous un ciel radieux, l'Hydroptère accélère et approche des 30 noeuds (55 km/h). Le trimaran de 18,28 mètres, qui peut filer deux fois plus vite que le vent, se dresse sur ses ailes griffant l'eau, repliées à 45 degrés sous les foils. Les quelques passagers novices ont l'impression d'entrer en suspension, de s'envoler pour quelques instants. Et s'accrochent.

"Bienvenue, c'est la rentrée!", plaisante Alain Thébault, yeux bleus et large sourire, en tenant la barre. C'est la première sortie depuis trois mois et d'ici à quelques jours, le bateau qui a déjà battu un record de vitesse à la voile en 2009 à plus de 50 noeuds (92,6 km/heure) tentera de franchir le record établi par Olivier de Kersauson en novembre 2005 sur Geronimo: rejoindre Hawaï depuis la Cité des Anges en moins de 4 jours, 19 heures et 31 minutes.

Alain Thébaut, chef de ^projet de l'Hydroptère
Alain Thébaut, chef de ^projet de l'Hydroptère © MARK RALSTON / AFP
"On le veut, ce record", répète Alain Thébault, le fougueux et visionnaire, dont le coéquipier Jacques Vincent, fort de huit tours du monde, tente parfois de calmer les ardeurs. L'Hydroptère a déjà cassé quatre fois depuis son premier "vol" en 1994. "La première difficulté sera de faire tenir les structures. On a déjà été à +100 à l'heure+, mais sur mer plate", souligne le navigateur. "Il faudra bien travailler la stabilité en vol, à entre 20 et 29 noeuds avec trois mètres de houle", ajoute Thébault. "Et puis ne pas percuter d'objet qui flotte".


Trois ans d'efforts

Il aura fallu trois ans d'efforts et de faux départs pour y arriver. Pour financer ce défi, Alain Thébault, 52 ans, a dû vendre sa maison, avec la bénédiction de ses trois filles, promet-il. Depuis, il a aussi trouvé les derniers fonds qui lui manquaient auprès de la Fondation Prince Albert II de Monaco et de l'Institut océanographique Paul Ricard, entre autres sponsors.

Le prince Albert sponsorise aussi le Solar Impulse, l'avion solaire du suisse Bertrand Piccard. "Nous sommes très amis. Il est actuellement en Chine, on a prévu de se retrouver à Hawaï, l'un tiré par le vent l'autre par le soleil". L'Hydroptère devrait aussi longer et filmer le "great garbage patch", une nappe de détritus plastiques qui s'est accumulée au milieu de l'océan et qui aurait la taille de l'Etat du Texas.

Depuis que Thébault et celui qui fut son mentor, le mythique Eric Tabarly - qui avait imaginé un prototype expérimental de trimaran à foils dès 1979 - ont fait voler l'Hydroptère pour la première fois en 1994, ils ont fait des émules et les multicoques volants se sont multipliés: Flying Phantom, GC32, SL33 et autres AC45 ("petits frères" des AC72)...

Thébault, lui, travaille déjà sur un prochain prototype qui devrait être capable d'aller à "quatre fois la vitesse du vent. On devrait faire 80, voire 100 noeuds" (150 à 180 km/h).

 

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