Propreté et confort des toilettes scolaires. Une urgence nationale et un sujet tabou auxquels s'attaquent les délégués de l'Education nationale du Morbihan

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Un enfant sur huit met en place une stratégie d'évitement pour ne pas aller aux toilettes à l'école. Un ancien directeur d'établissement du Morbihan veut faire de cette question une urgence nationale. Vous souriez ? C'est pourtant très sérieux pour la santé des élèves.

Odeur d'urine, absence de papier, mauvais fonctionnement de la chasse d'eau, toilettes bouchées ou mal entretenues, problème d'éclairage ou de verrous qui ne ferment pas : autant de dysfonctionnements qui poussent les enfants à éviter les sanitaires à l'école et au collège, même s'ils ont "une envie pressante".

Les enfants mettent en place des stratégies d'évitement

Les élèves mettent en place des stratégies d'évitement : soit se retenir au maximum soit se contenter uniquement d'uriner et éviter de déféquer. La majorité d'entre eux explique que cela est moins facile qu'à la maison.

Un véritable enjeu de santé physique et psychologique pour les enfants, sur lequel s'était déjà penché le groupe Harris consulting dans un rapport pour une marque de papier toilettes. 

Alain Cadel, directeur d'un établissement scolaire dans le Morbihan pendant 35 ans, aujourd'hui à la retraite et désormais membre du conseil d'école de l'Union Départementale des délégués départementaux de l'éducation Nationale (DDEN), tire la sonnette d'alarme et veut faire de la question des toilettes scolaires une urgence nationale.

L’hygiène des toilettes à l’école est encore aujourd’hui un sujet tabou pour tous. Le problème persiste et engendre des conséquences physiques et psychologiques pour les enfants ainsi que des répercussions sur leurs résultats scolaires.

Alain Cadel

Avec un groupe de travail, Alain Cadel a élaboré un questionnaire détaillé, remis aux chefs d'établissements et à tous les délégués départementaux de l'Education nationale, "pour faire un état des lieux des toilettes scolaires".

Il est distribué depuis le 29 mars et jusqu'à fin juin 2022 sur tout le territoire. Notre "Monsieur propre" veut rappeler ses devoirs au ministère de l'Education, en s'appuyant sur  le parcours éducatif de santé inscrit dans les textes.

Mis en place à la rentrée 2016, le parcours éducatif de santé recouvre tous les niveaux scolaires, de la maternelle au lycée. L’hygiène à l’école est un volet de ce parcours. Il convient de mettre les toilettes scolaires au niveau de nos ambitions : bien-être et santé de nos élèves en dépendent.

Alain Cadel

Protéger l'intimité des enfants, prévenir le harcèlement

L'inconfort dans les commodités et la manière dont sont conçus les bâtiments qui hébergent les toilettes ont de nombreuses répercussions chez les enfants. "Au niveau de l'infrastructure, nous avons relevé des failles. Quand les toilettes ne bénéficient pas de cloisons suffisantes, les enfants ont peur d'être vu et manquent d'intimité. Il faut aussi des portes qui ferment jusqu'en bas pour éviter tout problème de harcèlement, comme par exemple le risque d'être pris en photo " indique l'ancien directeur d'école.

Eviter des drames dans le huis-clos des toilettes

Que dire de la surveillance des enfants par les enseignants qui doivent toujours avoir un regard sur eux. Difficile d'accompagner des petits aux toilettes quand ils font leurs besoins et qu'ils peuvent être vus. Et si, a contrario, il est impossible de surveiller les lieux, des drames peuvent survenir. Il y a déjà eu des cas de suicide dans les toilettes ou des jeux du foulard qui tournent mal. Le groupe de réflexion réclame donc un cahier des charges et des normes pour ces bâtiments. 

Alain Cadel évoque aussi le nettoyage des toilettes. En général, il n'est effectué qu'une fois par jour. Pas assez pour ne par repousser les enfants.
La volonté de son groupe de travail est de faire évoluer les choses là aussi pour assurer plus de confort aux enfants et de meilleures conditions pour une pleine réussite de leur scolarité .