Projet d'usine de bitume à Miniac-Morvan : la fronde s'organise

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A Miniac-Morvan, une unité de fabrication de bitume pourrait voir le jour sur la zone Actipôle. Son impact potentiel sur l'environnement suscite des inquiétudes de la part des riverains et d'une partie des entreprises de la ZAC.

Par Gilles Le Morvan

Sur la zone Actipôle de Miniac-Morvan au bord de la N137, une usine de production de bitume est en projet. 

Ici sur un terrain de 5 ha, l’entreprise de travaux publics Colas, filiale de Bouygues, aimerait rassembler quelques-unes de ses activités. Et exploiter notamment une centrale à enrobé, une station de transit de produits minéraux et une unité de concassage.

90 personnes en CDI pourraient y travailler.
Mais le projet suscite des inquiétudes.


Quel impact sur la santé et l'environnement ? Les riverains s'inquiètent


"L’usine capable de produire 250 000 tonnes de bitume va provoquer des dégâts co-latéraux", résume un collectif d'habitants proches de la zone.

"Les premiers riverains sont à 240 mètres", détaille Claude Sagrera, de l'association "Au Fil des Vents".  "Il y aura le bruit, les odeurs, des fumées, du rejet de particules fines". 

"Quel sera l’impact sur la santé des gens ? Sur celle des animaux des exploitations agricoles du secteur, laitières et avicoles ?", ajoute le président de l'association. "Les paysans pourront-ils continuer à vendre leur production ? Un refuge LPO se situe aussi à proximité, nous sommes en bord de zone Natura 2000. On ne comprend pas qu'un tel projet ait pu voir le jour".


Des entreprises voisines également hostiles au projet 


Si des riverains s'inquiètent, des entreprises aussi. WDI s’est installée sur la zone Actipôle il y a 6 ans. Avec ses 18 salariés, elle conditionne notamment de la poudre de lait pour l’alimentation des bébés.

"Pour notre production, explique sa direction, la qualité de l’air doit être optimale, et le risque de contamination de la zone blanche est réelle."

L’usine qui exporte en Chine 90% de sa production dit avoir reçu une mise en garde de son partenaire asiatique. En cas d’implantation de Colas sur la zone, et si toutes les garanties ne sont pas apportées en terme d'impact, WDI serait amené à faire une croix sur l’export. Son avenir serait donc en jeu.


Quel impact sur l'activité économique de la zone artisanale ?  


Dans la même zone, il y a aussi Rototec, une entreprise de plasturgie de 45 salariés qui fabrique des pièces en plastique pour l'agriculture et l'industrie.

"Les poussières et pollutions émises viendront perturber le fonctionnement des machines, et la fabrication des pièces, très sensibles, au risque de les rendre inutilisables", précise explique Jean Philippe ADMONT son directeur.  "Et les produits finis que nous stockons à l’extérieur seront salis et donc impossible à livrer en l'état".


Une zone agréée pour les travaux publics, indique la Communauté d'agglomération 


C'est l'agglomération de Saint-Malo qui a voté le principe de la vente du terrain en février 2019. "Nous avons été voir des installations similaires", explique Patrick Charpy, le vice président. "Il n'y avait pas de soucis de nuisances ou de voisinage. Et la zone Actipôle est agréée pour les sociétés de Travaux Publics, l'entreprise Pigeon y est déjà implantée."

"Il s'agit d'un projet d'installation classée, ajoute Patrick Charpy. C'est l'Etat qui tranchera au vu du dossier, et des garanties apportées. Nous ne sommes pas experts. Nous nous rangerons à son avis."  


Une pétition remise vendredi au Conseil municipal  



Le dossier de la consultation publique est en ligne sur le site de la préfecture jusqu’au 8 novembre.

En attendant, les associations comptent se rendre vendredi au conseil municipal de Miniac pour remettre leur pétition. Elles revendiquent à ce jour 1500 signatures et soulignent que face à la mobilisation, Colas a déjà retiré un projet de centrale dans l’Aude en 2018.
 


Projet refusé par le Conseil municipal 


A la suite du Conseil municipal du 26 octobre qui a réunit 200 opposants (habitants de Miniac-Morvan et Châteauneuf-d'Ille-et-Vilaine), le projet a été refusé indique Jacques Leroy, premier adjoint au maire : 23 voix contre, 1 oui. "Le dossier est désormais entre les mains de Saint-Malo Agglomération et des services de l'État."

Josian Marcille, représentant du collectif des riverains de Miniac-Morvan souligne "C'est une demi-victoire. Cette décision pour nous c'est un mea culpa et un rétropédalage de la mairie qui ne s'était pas rendue compte de l'émoi suscité par le projet." "Au début, la municipalité n'a rien voulu entendre." 

"Ce qu'il faut maintenant, c'est que les maires de Saint-Malo agglomération se prononcent contre ce projet" indique Josian Marcille. La mobilisation des opposants se poursuivra sur les prochains conseils municipaux des communes concernées. 
 

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