Vannes (56) : première journée du procès du "corps dans la valise"

Publié le Mis à jour le
Écrit par avec AFP
durée de la vidéo: 01 min 50
Elles ont toutes deux la trentaine, mais leurs personnalités sont aux antipodes : Elodie et Laïla, deux anciennes prostituées, comparaissent depuis jeudi devant la cour d'assises du Morbihan pour répondre du meurtre de leur proxénète, dont le corps avait été retrouvé dans une valise flottant au large de Lorient. Intervenants : Pierre Lumbroso, avocat de Laïla Id Yassine - Thierry Fillion, avocat d'Elodie Le Toullec - Nicolas et Christian Ligneul, avocats de la famille de Farid Ouzzane

L'affaire avait fait grand bruit en juillet 2011, deux plaisanciers découvraient au large de Lorient, une valise, avec à l'intérieur un corps ligoté. Plus de cinq ans après, deux femmes et un homme comparaissent depuis ce jeudi matin, à Vannes, devant la  cour d’assises du Morbihan. 



Le 13 juillet 2011, deux plaisanciers repêchent en mer une volumineuse valise contenant un cadavre. Des mois plus tard, une clé retrouvée dans sa poche permet aux enquêteurs de remonter à un appartement parisien et d'identifier le mort. Il s'agit de Farid Ouzzane, 55 ans, un proxénète qui, à ses heures, jouait les "indics" pour la police.



La victime transportée de Paris à Lorient dans une valise  

Laïla Id Yassine, 32 ans, comparaît pour meurtre, et Elodie Le Toullec, 29 ans, pour complicité. La première gérait à Paris un salon de massage, en réalité un établissement de prostitution dans lequel travaillait la seconde. Selon l'accusation, le 21 juin 2011, après une dispute, Laïla frappe le proxénète d'un coup de chandelier à la tête, avant de l'étrangler avec un câble, aidée d'Elodie. Une fois le corps dissimulé dans une valise, les deux femmes prennent un taxi pour Lorient où réside le père d'Elodie. Pensant à l'avenir de sa fille, celui-ci, qui comparaît pour recel de cadavre, emprunte un bateau pour jeter la valise à la mer.



L'étude des personnalités ce premier jour

Si Elodie reconnaît cette version des faits, Laïla nie toute implication. Au premier jour du procès, la présidente Claire Le Bonnois a tenté de faire apparaître les personnalités des deux accusées, incarcérées depuis juin 2013. 



Durant l'enquête, les experts ont pointé la grande malléabilité d'Elodie, face à une Laïla plus forte, "narcissique et instrumentalisant facilement son entourage". L'air profondément abattu, Laïla a raconté jeudi aux jurés sa jeunesse grise dans la cité des Mureaux (Yvelines), ses fugues à répétition et ses mauvaises fréquentations. Adolescente, elle est suivie par une éducatrice. Décrite comme insolente et indisciplinée, elle "n'accepte pas l'autorité". Toujours coquette et apprêtée, elle est vue par certains dans la cité comme une "fille facile". Fille d'un immigré marocain ouvrier chez Renault, elle n'a qu'une ambition, redit-elle : "partir des Mureaux à n'importe quel prix".



Un salon de massage qui tourne bien

A 18 ans, elle quitte donc sa banlieue pour travailler à Paris dans un salon de massage. Des simples massages, elle passe vite à la prostitution, "une vocation". Progressivement, sa voix s'anime. Elle prend plaisir à cette liberté, tout comme à l'argent qui afflue rapidement. Avec un chiffre d'affaires de 90 000 euros par mois, l'établissement, situé dans le 9e arrondissement et dont elle est alors la seule salariée, tourne merveilleusement bien. Chaque mois, Farid Ouzzane, son proxénète, son "ami" dit-elle, prélève sa dîme.



Mais en 2009, ses lombalgies la contraignent à embaucher, pour la remplacer, Elodie Le Toullec, une fille "très motivée car elle avait des dettes". Elle la paie 3 000 euros par mois, pour 10 à 20 passes par jour. Durant deux ans, elle semble lui faire confiance, lui laissant même le salon en gérance à l'occasion. Pourtant, un meurtre plus tard, la donne a changé.



Jeudi, Laïla évoque la jalousie maladive de son ancienne employée : "elle était hyper possessive" et "ne voulait pas me partager" avec d'autres. "Elle pouvait passer du rire où elle était toute gentille à des crises où elle allait mordre, comme un enfant hyperactif qu'on ne peut pas gérer".



Prostrée sur son banc à côté de son père, les yeux à terre depuis le matin, Elodie Le Toullec prend la parole en fin d'après-midi, la voix douce. Comme l'a décrite une de ses anciennes profs de lycée, elle apparaît à la barre "émotive et vulnérable". Pourtant, assure-t-elle, soucieuse d'assumer sa part de responsabilité, "je ne me sens pas être quelqu'un de fragile". Mais reconnaît-elle, "de prime abord, Laïla (lui) a semblé chaleureuse et très sympathique. (...) J'avais envie de lui ressembler car elle avait l'air forte et sûre d'elle..."



Verdict prévu le 16 décembre.



Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité