À vendre : très petites entreprises

© Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne
© Marc-André Mouchère / France 3 Bretagne

Les très petites entreprises, qui emploient moins de 10 salariés, sont victimes d’un paradoxe : malgré leur réussite, elles se vendent deux fois moins que les PME et les entreprises intermédiaires.

Par Baptiste Galmiche

Les très petites entreprises fleurissent en France, et également dans notre région. En Bretagne, l'an passé, le solde est largement positif, avec un solde de +775 (créations - radiations) . Malgré ce fort engouement, les TPE se vendent très mal. Alors que le taux de transmission des PME ou des entreprises intermédiaires est de 7,7 %. celui des TPE atteint seulement 2,8 %, soit deux fois moins.

Arguments économiques et humains

En 2015, la situation économique de l'ensemble des entreprises françaises était morose. "Aujourd'hui, on rencontre souvent des situations de trésorerie qui restent tendues dans les entreprises, avec parfois des chiffres d'affaires à la baisse", constate Yves Le Mercier, conseiller spécialisé dans la cession et dans la reprise à la CCI du Morbihan. Conséquence logique : elles se vendent moins bien, car "une entreprise peu rentable est évidemment beaucoup plus difficilement vendable", poursuit-il.

Le facteur humain est également prépondérant, selon Jean-Pierre Bothua, élu à la CCI du Morbihan. "Le gros souci, pour le cédant, est de donner les informations secrètes [financement, chiffre d'affaires, etc] sur son entreprise" à la personne qui se présente comme un acquéreur. Il peut en effet s'agir de concurrents curieux ou d'individus qui ont ensuite recours à la contre-publicité.

Pour Claude Dozoul, président de la CGPME Bretagne, "celui qui veut reprendre l'entreprise a énormément de diplômes, mais manque de savoir-faire sur le terrain. Or le savoir-faire est extrêmement important dans l'artisanat et le commerce."

Créer ou racheter ?

De nombreux entrepreneurs préfèrent créer leur TPE plutôt que d'en acheter une existante. Pourtant, selon Yves Le Mercier de la CCI, "Le taux de pérennité est beaucoup plus important sur la reprise que sur la création : il y a moins de dangers."

Le ticket d'entrée d'un rachat est certes plus élevé que celui d'une création, mais il présente de nombreux avantages : "Quand on reprend une entreprise, on a déjà une équipe de salariés, un outil de travail opérationnel, un portefeuille de clients. Il y a un fonds de commerce existant, ce qui est une façon de sécuriser le repreneur."

Des solutions

Face à cette situation inextricable, certains demandent une réforme en profondeur. "Il va falloir se pencher sur la TPE, car c'est elle qui est vecteur d'embauche. Il y a 1,7 million de petites entreprises qui n'ont pas de salarié", note Claude Dozoul, de la CGPME. "Ils ont besoin de formation, d'être aidés et sécurisés. Il faut les aider face aux changements de société dont ils n'ont pas su prendre le virage ou pour lesquels on ne les a pas aidés."

En novembre 2015, le gouvernement a pris des mesures pour redynamiser les ventes. Le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, a proposé d'encourager le système "crédit-vendeur", permettant d'étaler sur trois années le paiement des impôts sur les plus-values de cession, très décriés par les cédants. Une autre réunion devrait se tenir dans les prochaines semaines.

La CCI de Bretagne a également mis en place un site internet, "Reprendre en Bretagne", qui recense l'ensemble des offres de reprises disponible. Il s'agit d'un catalogue de plusieurs centaines d'offres.

Cependant, les TPE portent souvent la marque de leur entrepreneur. Il paraît donc parfois difficile pour les acheteurs de prétendre au même niveau de qualité que celui de leur prédécesseur.

À vendre : très petites entreprises
Reportage : B. Galmiche et M.-A. Mouchère. Interviews : - Gwendal Leclainche, repreneur ; - Yves Le Mercier, conseiller spécialisé cession et reprise à la CCI du Morbihan ; - Claude Dozoul, président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) du Morbihan.



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