Vente sur internet et livraisons, une bouffée d'air frais pour les restaurateurs

Publié le Mis à jour le
Écrit par Bruno Van Wassenhove

Après un mois et demi de fermeture, certains restaurateurs pensent à se réorganiser et commencent à proposer vente à emporter et même livraisons à domicile, tout cela via les réseaux sociaux. Et ce n'est pas qu'une question d'argent. Exemples dans la région de Morlaix et à Rennes.


L'un est un restaurant gîte d'étape à la campagne, "Le Domaine du Puits de Jeanne" à Plouégat-Moysan (29), géré par Alain et Mireille Scarella, petite cinquantaine, installés là depuis 35 ans. Bonne cuisine du terroir, fournisseurs locaux et produits maison. Qualité, quantité, belle affaire, bonne table... et un kig ha farz réputé dans toute la région.

L'autre, une petite table du centre-ville de Rennes, ouverte depuis quatre ans, "Le 2 rue des dames". Deux frères à la manoeuvre, Julien et Gabriel Moreau, autour de 30 ans et deux salariés. Clientèle fidèle d'habitués, 25 couverts maximum, cuisine du jour, table du marché, changement de carte à chaque service, selon arrivage. Frais, pointu, less is more. 
 

Deux salles, deux ambiances


Au "Puits de Jeanne" la clientèle, les mariages, les séminaires, la belle saison qui s'annonce, et un carnet de réservations bien rempli, tout roulait. Au "2 rue des dames", quatre ans de belle progression, une clientèle d'habitués, toujours plein, Gault et Millau, Tables et Saveurs, le charme discret de la bonne adresse.

Jusqu'à ce damné pangolin en daube, quelque part, très loin, qui arrête la planète, et vide la table.
Vilaine soupe. 
 

Transition digitale


Deux restaurants qui ne sont  pas vraiment sur le même modèle économique, mais pourtant, les mêmes recherches de solutions pour s'en sortir : la vente à emporter et la livraison à domicile, via les réseaux sociaux. Cuisine et community management. 

En attendant les jours meilleurs... on fait chauffer l'ordinateur.
   

Plus de réservations sur le site, et plus de clients en salle, forcément. Au "Puits de Jeanne" tout s'arrête à la mi-mars,..."mais il y avait quelque chose à faire avec Facebook. J'en parlais à mes parents depuis longtemps, de la vente à emporter, et plus généralement de l'animation sur les réseaux sociaux. Ils n'étaient pas plus convaincus que ça, cette crise a changé la donne" explique Julie, la fille aînée d'Alain et Mireille Scarella.

Pour Julie, la communication web, c'est son métier. Mais pour ses parents, le kig ha farz sur internet, non mais quelle idée... Ben tiens.

  

Le kig ha farz volant ! 


Succès immédiat. "La page Facebook tournait doucement, explique Julie, maintenant on est monté jusqu'à 8000 clicks pour une seule publication! On montre, on explique, le nombre de partages de nos publications est monté en flèche!"

La fille aînée conçoit, la cadette tourne les images, les parents jouent le jeu. Et ça marche. 

Un kig ha farz le vendredi, un plat du jour le mercredi (cette semaine c'est canard confit). "On a commencé le 10 avril, et maintenant on fait plus d'une centaine de plats par semaine, 90 kig ha farz rien qu'hier, 40 en milieu de semaine"
 

Avec les quelques aides de l'Etat pour les restaurateurs, on arrive avec nos ventes à emporter et nos livraisons à couvrir 70% de nos charges fixes. On assèche quand moins vite notre réserve de trésorerie - Alain Scarella


Emportés, ou livrés, dans un rayon de 15 à 20 km max, jusqu'à Morlaix quoi. "Pour la dernière tournée, j'ai dû faire une soixantaine de kilomètres, pas de problème!" raconte Mireille. Une dizaine de domiciles, un dépot chez un producteur, et le reste en retrait à l'auberge.

"J'adore courir les chemins en fait, je redécouvre la campagne autour de chez moi. Je revois nos clients, j'en découvre d'autres" raconte Mireille. Marketing digital, circuit court, plaisir partagé. Mireille cavale.
 

Ils sont contents de me voir, de manger un bon petit plat, ça leur fait du bien, et moi ça me fait un bien fou! - Mireille Scarella


"Va, cours, vole, et nous venge" aurait dit Corneille. Un "Kig" avec un coup de Cid', fermier, fait maison, du caramel au beurre salé, des crêpes. Le Puits de Jeanne à de la ressource, la production s'écoule, la maison tourne, distribue ses produits. Enfin. 

"Face à cette crise, la solution elle est en nous, ici-même", trotte devant, qu'elle a bien du courage, Mireille.
 
 
 


Des fourmis dans les jambes


Sur les pages Facebook et Instagram du "2 rue des Dames", "on rallume les fourneaux", peut-on lire. A partir du 28 avril, les deux frères Julien et Gabriel qui gèrent ce petit restaurant se mettent eux aussi à la vente à emporter, le midi uniquement, du lundi au vendredi. L'idée ? Retrouver du plaisir. Pas faire de l'argent.

Menu en ligne, à guetter le matin. "La proposition changera tous les jours, et mettra à l'honneur des produits frais et locaux" nous disent-ils. "Ce n’est pas ça qui va rattraper l’énorme perte liée à la fermeture, mais nous avions des fourmis dans les jambes depuis la mi-mars. Cette réouverture partielle va faire du bien à tous, même si c’est un vrai défi logistique", précise Julien.

  

Un style, une philosophie


"Ici nous avons une règle : on ne fait que du très frais. On voit ce qu'on trouve le matin chez nos fournisseurs locaux, et on édite le menu dans la foulée. Pour la vente à emporter, on va faire pareil. Nos clients n'attendent pas de nous des plats surgelés qu'ils peuvent encore trouver au supermarché" explique Julien.
 

Il y aura ce qu'il y aura, selon arrivage. Notre clientèle a l'habitude, elle comprend très bien cet esprit ! - Julien Moreau

 


"On ne fait pas ça pour faire du chiffre, explique Julien. On ne servira que le midi, et dans la restauration, on a coutume de dire que le service du midi paye les charges, et le service du soir paye les salaires, et fait un peu de marge. A l'occasion, ça va un peu limiter la casse, mais non, on ne va pas faire fortune!"
 

Aide-toi toi-même


Ce petit restaurant a une clientèle très fidèle, des habitués que les deux frères connaissent bien. A midi, des gens qui travaillent dans le quartier, mais pas seulement, ils sont fidèles aussi le soir. "C'est très convivial ici, on a un contact privilégié avec nos clients" nous dit Julien.
 

Ce restaurant c'est notre création, notre bébé, c'est nous... reprendre notre activité et vendre à emporter, c'est vraiment pour rester au contact, revoir nos clients, et c'est aussi pour ne pas disparaître peu à peu du paysage - Julien Moreau


Les aides? Julien a touché les 1500€ du Fonds de solidarité. Quant au chômage partiel de leurs employés... "J'ai tout avancé évidemment, ils sont payés, tout va bien de ce côté-là. Notre affaire marche bien, on avait un peu de trésorerie d'avance, mais par contre j'attends maintenant les remboursements par l'Etat, et rien ne bouge de ce côté-là pour l'instant."
 

Quel avenir ?


"Pas de précipitation dit Julien. On ouvrira quand ce sera possible, on n'est pas trop inquiets, mais il ne faut pas se précipiter. De toute façon, les clients ne vont pas investir les restaurants dés le début du confinement, ça va prendre du temps". 

Et puis, avec la vente en ligne, ce n'est pas comme s'ils ne faisaient plus rien. Les fourneaux sont repartis, et pour Julien et Gabriel, on comprend que c'est l'essentiel.

 
"Tout ça nous fait réfléchir, nous disent Mireille et Alain. Oui, ça va passer, on va réouvrir, mais là on vient d'enchaîner une série de week-ends tranquilles à la maison, on n'a pas l'habitude de ça,... et c'est pas désagréable".

Alors voilà, quand tout ça sera passé, Mireille et Alain garderont l'internet en chauffe, "et peut-être qu'aux saisons plus calmes, on privilégiera la vente à emporter, prometteuse, plutôt qu'ouvrir le restaurant pour quinze couverts" conclue Alain.
 
Pour l'heure, Alain a un direct Facebook sur le feu, un "challenge culinaire" samedi prochain, et il plaisante : "Cyril Lignac fait la semaine, moi je fais le weekend !"

Où le cuistot se fait cabot, deux point zéro. 
 

 
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