• FAITS DIVERS
  • SOCIÉTÉ
  • DÉCOUVERTE
  • ECONOMIE
  • CULTURE
  • POLITIQUE

Pluie d'étoiles filantes...

© B.Henninger
© B.Henninger

Voilà un titre qui sonne comme une provocation : est-il possible d’esquisser dans une BD de 51 pages les destins de Jim Morrison, Janis Joplin, Sid Vicious et John Lennon ? La réponse est tout aussi concise que réussie.

Par A.Lepais / Bernard Henninger

    Bande dessinée grand format, Panthéon des Stars du rock se donne pour but d’évoquer en 51 planches les destins de cinq figures légendaires du rock : Jim Morrison (Doors), Janis Joplin, Sid Vicious, Jimi Hendrix et John Lennon : l’auteur, Alex Bochard, tient la gageure d’y parvenir avec humour.
 
 / © Alex Bochard
/ © Alex Bochard

Saisi par le graphisme

    L’album ouvre sur une image représentant une pochette de disque vinyle 33 tours, sur laquelle est repris au trait un portrait photo de Jim Morrison, torse nu, bras à l’horizontale, fixant l’objectif, cheveux en bataille... Le travail au trait noir lui donne un surcroît de profondeur, et d’émotion...
    Le graphisme alterne aussi des bandes/trips constituées de trois à quatre petites vignettes racontant un épisode de la vie d’une de ces stars. Le portait rayonnant de Janis Joplin est suivi d’une bande à trois trips qui propose un jeu au lecteur : à gauche, une Janis Joplin petite fille pas très sexy, à droite, trois bandes représentant les accessoires fétiches, à la puissante féminité avec lesquels elle composera ses tenues célèbres : robes-sac, collier à gros motifs, lunettes énormes, écharpe fuchsia... comme dans ces jeux tirés de Pif gadget où il nous était donné de transformer un personnage en l’habillant de papiers prédécoupés. Le ludique intervient sans cesse, donnant du piment à des anecdotes tragiques, cruelles et comiques.
 / © Alex Bochard
/ © Alex Bochard
    De ces figures mythiques de la musique Rock, Morrison, Joplin, Sid Vicious et Hendrix, sont morts très jeunes, en pleine gloire, seul John Lennon aura atteint l’âge — canonique pour une Rock Star — de quarante ans ! Certains ont même parlé de la malédiction des Vingt-sept ans (Sid Vicious en avait vingt-quatre). Nullement démonstrative, d’une ironie très corrosive, la Bande Dessinée d’Alex Bochard explore en lignes choisies les éléments de ce qui dérape dans ces vies, les parcours familiaux délabrant et les drogues omniprésentes...
    Quatre sont morts soit d’overdose, ou des conséquences de la drogue. John Lennon est l’un des rares à avoir échappé à cette destruction. Après la fin de Beatles, il construit le fil d’une vie ordinaire, avec son épouse Yoko Ono, avant de se voir rattraper par la fureur d’un fan qui s’estimait trahi (le mythe des Vingt-sept ans pris au sérieux en quelque sorte).
Janis Joplin / © Alex Bochard
Janis Joplin / © Alex Bochard
    Très intelligemment, le propos survole les éléments ordinaires de la biographie : naissance, études, formation, pour se concentrer dans des trips denses sur des éléments qui sont des points d’accumulation, qui condensent leur vécu. Un trip vertical évoque en trois dessins avec une petite silhouette noire simplifiée, un Janis Joplin complexée par son physique, qui, «  à défaut d’obtenir son diplôme universitaire reçoit dans l’album photo de fin d’année le titre de l’homme le plus moche de l’université. » Ah ! L’inénarrable humour des étudiants américains. Puis il y a les parents : père en vadrouille, père en fuite, mère inexistante, mère droguée, famille en déshérence, à eux cinq, ils cumulent les tares de la famille moderne...
 
La fille la plus moche de la Fac / © Alex Bochard
La fille la plus moche de la Fac / © Alex Bochard

Figures de la résilience

    Dès lors, chaque histoire semble incarner parfaitement la résilience, telle que Boris Cyrulnik l’a définie. Comment, à partir d’un milieu délabrant, chacun va tenter de résister et de reconstruire un équilibre à partir d’une expérience de vie centrée sur la musique et la chanson ?
    Chacun se réfugie dans la rêverie, d’abord, puis dans la musique populaire qui est en pleine explosion, entre Folk Song, Jazz, Rythm & Blues, Pop Music... les années soixante-soixante-dix sont des années de musique et il n’y a rien d’étonnant que des étudiants d’origine modeste se tournent vers un art si florissant et si riche.
    Leurs points communs s’arrêtent là : difficile de comparer Sid Vicious qui apprend à chanter sur scène, et Jimi Hendrix qui devient en quelques années un virtuose. Dans leur parcours, pour se sortir eux-mêmes d’une situation d’abandon, chacun bricole les instruments d’une possibilité de résilience : l’action pour échapper au drame, la réaction et tout ce qui existe pour échapper à la tension et à l’angoisse et, aussi, l’écriture, le chant, ou l’apprentissage d’un instrument...
 

Les marqueurs d’une époque

    La censure / © Là où un Gaston Couté ne connut que misère (on payait une soirée de chant avec une tasse de café au lait), et mourut dans l’anonymat, ceux-là connaissent l’incroyable explosion musicale des années soixante, flashes tonitruants de la célébrité : vente de disques par millions, surgissement de la popularité, déferlement de fans, pression des média, à laquelle ils n’étaient nullement préparés, et qui ne pouvaient que ruiner des personnalités aussi fragiles, la célébrité va être le signe de leur destin.
    L’exemple de Lennon montre que la drogue, bien qu’omniprésente, n’explique pas tout : la société a produit ces Stars. On a attendu d’eux qu’ils incarnent un archétype : jeunesse brillante, intelligence, talent d’improvisation, artistes... et qu’ils répondaient en quelque sorte à l’attente d’une société en mutation...
 

Une Bande Dessinée très innovante

Alex Bochard, l’auteur, réussit la gageure de traiter ces vies si flamboyantes, en y mêlant des anecdotes burlesques, et il parvient à nous faire sourire, évitant tout misérabilisme. Ainsi, le général Morrison, le père de Jim, la mine réjouie, vient-il annoncer à ses enfants un énième déménagement. La mère de Sid Vicious, hilare, un sourire figé permanent et une seringue plantée dans le bras comme d’autres portent un bracelet...
    La génération de 68 a donné naissance à des stars, des étoiles filantes. Mourir à 27 ans ou à 40, quelle importance ? Si ce n’est la vitesse à laquelle chacun, chacune, a vécu, projeté dans les sommets à une vitesse foudroyante et un don de soi qui résonne encore... Un album original et vivant.
 
l'enfance de Morisson / © A. Bochard
l'enfance de Morisson / © A. Bochard
Le Panthéon des Stars du Rock (années 60/70)
Alex Bochard
Editions Physalis

Sur le même sujet

Ce que j'aime dans le mandat de Maire...

Les + Lus