Pour un ancien membre d'un Cannabis social club, "la dépénalisation serait pire que le système actuel"

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Écrit par Thomas Hermans

Jean-François Sarrazin s'est longtemps battu au sein des Cannabis social clubs pour la légalisation pure et simple de la consommation sous contrôle de l'Etat. Une lutte politique pour la fin des trafics, alors qu'une mission parlementaire sur la consommation du cannabis est toujours en cours.

Dans la première moitié des années 2010, les Cannabis social clubs (CSC) ont fait les gros titres des journaux, revendiquant publiquement leur usage récréatif du cannabis. Dissoute par voie de justice en 2013, la fédération des CSC comptait dans ses rangs de nombreux militants, qui prônaient un consommation modérée et une production locale, l'extérieur de la violence des trafics.

Leurs revendications pourraient devenir réalité. En effet, une mission parlementaire sur le cannabis, dont la députée du Loiret Caroline Janvier est rapporteure thématique, est menée depuis janvier. Elle devrait initier des changements dans la loi, et pourrait ouvrir la voie à une dépénalisation, voire à une légalisation de la consommation de cannabis, selon les usages (récréatif ou thérapeutique). 
 
Jean-François Sarrazin a été membre d'un de ces Cannabis social club, en Indre-et-Loire. Sept après leur dissolution, il revient sur les raisons de son engagement, et sur ses attentes pour le futur de la législation française.

France 3 : Au sein du Cannabis Social Club, vous avez longtemps milité pour une légalisation du cannabis sous contrôle de l'Etat. C'est un combat personnel ou politique ?

Jean-François Sarrazin : C'est plus au niveau politique. On se battait pour nous et nos gamins. Ce qui se passe dans les collèges me révolte. Il n'y a aucune prévention, et il y a des revendeurs à la sortie des lycées qui fournissent de l'herbe coupée et pas saine. C'est la conséquence de la prohibition pour nous, causée par la corruption et qui crée le marché noir. Depuis 45 ans, il y a de la production de cannabis et des réseaux partout en France. C'est pour cela qu'on milite pour l'auto-production. Ca évite aux gens d'aller se fournir au marché noir.

Qu'est-ce que vous réclamez ?

On ne réclame pas le droit de consommer. Avec tous les problèmes de flics qu'on a eus, on se débrouille quand même pour fumer, et beaucoup de militants ne fument plus. On demande la fin de la prohibition. La France a une des polices les plus répressives, qui ne fonctionne pas pour réguler des consommations souvent excessives, et pas de politique de santé publique dédiée.

Si demain le cannabis récréatif est légalisé, est-ce que les revendeurs vont se ranger et ouvrir des boutiques légales ?

Ca dépend de comment le gouvernement se débrouille. L'Etat peut très bien ouvrir des boutiques. On préfèrerait un contrôle d'Etat sur les produits, parce qu'on a un regard critique sur la société de consommation. Une légalisation grande ouverte va amener des produits barjos, des herbes coupées à la pomme pour séduire les jeunes et qui va amener des consommations encore plus délirantes qu'aujourd'hui. 

C'est comme la consommation d'alcool : on peut boire l'apéro de temps en temps sans être complètement alcoolique, mais certains boivent leur litre de whisky tous les jours. Et quand je rentre dans un supermarché avec des rayons d'alcools de 20 mètres, avec des alcools forts aux étiquettes de couleur pour plaire aux jeunes... C'est une drogue et ce n'est pas du tout géré par la société. Une légalisation du cannabis ne doit pas faire la même erreur.

Certains politiques veulent couper la poire en deux et simplement dépénaliser. Ce n'est donc pas suffisant selon vous ?

C'est encore pire que le système actuel. Les petits planteurs vont se faire piquer et avoir 200 euros d'amende, tandis que les revendeurs et les réseaux continueront leurs affaires. On cherche une régulation de l'Etat pour arrêter les trafics. 

Qu'est-ce que vous attendez de cette mission parlementaire ?

Politiquement, c'est impossible à prévoir. On avait pu rencontrer des préfets et des députés, qui nous disaient qu'ils étaient d'accord avec nous mais qu'ils ne pouvaient rien faire. Dans les faits, rien n'a changé. Si des députés montent au créneau, pourquoi pas, mais a priori on se dirige plutôt vers des amendes.