Cher : Ourouer-les-Bourdelins, le village qui défie la désertification rurale

Dans le village d'Ourouer-les-Bourdelins, un nombre étonnant de commerces et de services. / © Yacha Hajzler / France Televisions
Dans le village d'Ourouer-les-Bourdelins, un nombre étonnant de commerces et de services. / © Yacha Hajzler / France Televisions

A 35 kilomètres de Bourges, niché au creux des terres rurales du Cher, le village d'Ourouer-les-Bourdelins a réussi à maintenir ses services publics, et à attirer à lui des activités qui font sa renommée. 

Par Yacha Hajzler

"L'an dernier, j'ai célébré trois mariages, et l'année d'avant, sept. L'année dernière, on a eu 12 naissances ! C'est pas mal, non ? Moi j'ai essayé, j'ai pas pu" rit Robert Belleret. A 68 ans, cet ancien militaite vit ces derniers mois comme maire d'Ourouer-les-Bourdelins, une commune du Cher qui comptait 615 habitants en 2016. Et douze de plus, donc.

Des naissances, ici plus qu'ailleurs, c'est une bonne nouvelle. Parce que ça veut dire qu'on a réussi à attirer des jeunes. Et un village avec des jeunes, c'est un village qui ne meurt pas. Ourouer-les-Bourdelins est même tellement vivant qu'il fait figure d'oiseau rare parmi les petites communes rurales.
 

Poste et pompe à essence : le "combat" a payé


"La bagarre" a commencé dès 1991, avec la reprise de la pompe à carburant. A l'époque, un garagiste et un quincailler se partagent la distribution de l'essence. Ils ferment l'un après l'autre. Le conseil municipal décide d'en faire un équipement public, soutenu par La Poste, qui accorde des prêts à 0% pour faire remplir les cuves de fioul.
 
La pompe à essence reprise par la mairie, sur la place du village. / © Yacha Hajzler / France Televisions
La pompe à essence reprise par la mairie, sur la place du village. / © Yacha Hajzler / France Televisions

"C'étaient des pompes à essence manuelles, on allait acheter des cartes à 50 francs chez les commerçants. Tous les jeudis, on passait avec la Poste récupérer l'argent et donner des cartes. On a eu des vols d'ailleurs, des gens avaient compris comment utiliser la carte magnétique pour se servir gratuitement. Ça nous avait grugé de 5 millions de francs quand même. Ils ont reconnu les faits, mais les gens n'ont jamais su qui c'était. Je ne vois pas l'intérêt de donner des noms" raconte Robert Belleret.

La Poste, d'ailleurs, a été une autre bataille du maire et de ses administrés. Menacée de fermeture dès 2001, elle trône encore fièrement à côté de la mairie. "C'est important, les services de proximité. Moi, ça a toujours été mon combat. Ce dont les gens ont besoin, c'est le service. On le sent. Pourquoi ils n'y auraient pas droit ?'

Les commerces aussi sont encore nombreux. Dans le centre du bourg s'élève toujours l'hôtel-restaurant du Lion d'Or, qu'ici on appelle simplement Chez Martine, et qui tourne depuis 1983. Elle accueille aussi bien les habitants du village pour que le café que les routiers de passage pour le déjeuner. Tout à côté, il y a un boulanger, une épicerie, et un bar-tabac qui propose quelques services supplémentaires, comme le retrait d'argent. Le salon de coiffure, lui aussi, a pu être repris, "par une petite jeune, qui travaille très bien".
 
A côté de la mairie, qui abrite aussi la bibliothèque, la Poste toujours en service. / © Yacha Hajzler / France Televisions
A côté de la mairie, qui abrite aussi la bibliothèque, la Poste toujours en service. / © Yacha Hajzler / France Televisions


Trucs et astuces d'un maire rural


Pour les faire tourner, le maire trouve des astuces, notamment en ouvrant ses portes aux associations du coin, sous conditions. "On donne des subventions aux associations, et à partir de là, on les oblige à passer chez les commerçants du coin. Je regarde leurs cahiers : s'ils ne se fournissent plus aux Bourdelins, j'arrête les subventions. Et les associations jouent le jeu, hein. Par exemple, l'association Autocaravaning vient régulièrement et, sous ces conditions, on leur laisse gratuitement une salle."

Derniers en date, les motards du Dark Brothers Clan ont investi les anciens vestiaires de l'équipe de football du village. "L'ouverture se fera un samedi par mois et permettra à tout le monde devenir partager un verre en écoutant du bon rock'n'roll" promet l'association dans le journal municipal de décembre dernier.
Seul regret de Robert Belleret : la pharmacie, qui a fermé au mois d'avril, faute de repreneur. "On a essayé de travailler dessus, mais ça n'a pas marché. Il y a de plus en plus de femmes qui se mettent aux métiers médicaux, elles veulent leur vie de famille et je comprends tout à fait. Celui qui travaille de 7h à 22h, au bout d'un moment, il pète les plombs, il faut s'organiser autrement aujourd'hui."

Heureusement, pour les besoins médicaux d'une population qui malgré tout vieillit, un taxi rural assure la liaison. Béatrice Grimond et son mari, Jean-Jacques, font la navette entre les médecins du coin et les grands hôpitaux parisiens. "On emmène les gens, on les accompagne à leur visite, on fait les papiers...On est l'assistante sociale, le secrétaire, l'infirmier..! rit-elle. On est assez ancrés dans notre village. De toute façon, ici, la moindre personne fait un truc, ça marche toujours."
 

Les jeunes, la meilleure agence de tourisme


C'est d'ailleurs sur ce village que son fils Geoffroy a décidé de capitaliser au moment de monter son écurie, qui accueille des chevaux de concours et des cours d'équitation. Il n'a pas hésité à investir 50 000 euros pour faire construire sa carrière, sur le grand terrain de ses parents. 
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Entraînement 4 ans 🚀🚀

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"Des jeunes nous viennent de partout, abonde le maire, ils dynamisent et font connaître la commune à eux seuls."

Ourouer-les-Bourdelins abrite des activités plus atypiques, qui assurent bel et bien la réputation du village. Virginie Roger, arrivée sur la commune il y a 15 ans, y produit aujourd'hui des confitures bio et du safran. "Quand je fais les marchés, il est marqué "Ourouer-les-bourdelins" sur mon stand, les gens aiment bien savoir d'où l'on vient donc on représente quand même notre territoire", acquiesce-t-elle.

Beaux produits toujours : Thomas Mousseau a racheté il y a 10 ans une bâtisse en ruine sur la place du village pour en faire une distillerie. Il y fabrique de la bière et du whisky bio. Son single malt tourbé est revenu médaillé d'or du salon de l'agriculture. "Quand on en cause avec les vieux du coin, y'en a plein qui regrettaient la grande époque des annés 80, et ils sont contents de voir que ça revient. Moi, un des trucs qui m'a fait le plus plaisir, c'est Mme Parisse, qui m'avait dit, le lendemain d'une fête que j'avais fait là : "Oh, ça fait bien 30 ans que j'avais pas vu la place avec autant de monde ! Ça r'fait l'bourg !"
 
La distillerie Ouche Nanon, tenue par Thomas Mousseau. / © Yacha Hajzler / France Televisions
La distillerie Ouche Nanon, tenue par Thomas Mousseau. / © Yacha Hajzler / France Televisions

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Notre journaliste s'est rendue pendant 4 jours dans le Cher. À la suite de ce séjour, différents sujets de proximité ont été réalisés. Pour les découvrir, cliquez sur les flèches ci-dessous.

 

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