Saint-Amand-Montrond : une histoire d’amour tumultueuse avec la bijouterie

Les guides touristiques en parlent très peu. Car dans le monde de la bijouterie, la discrétion est le maître-mot. Et pourtant pendant un siècle, Saint-Amand-Montrond dans le Cher a été la capitale de la chaîne en "mailles creuses" en or 18 carats.
 

Le lycée professionnel Jean Guéhenno a ouvert une section bijouterie dans les années 70 pour répondre à la demande des entreprises de bijouterie locales.
Le lycée professionnel Jean Guéhenno a ouvert une section bijouterie dans les années 70 pour répondre à la demande des entreprises de bijouterie locales. © Marine Rondonnier-France Télévisions
Quand on arrive à Saint-Amand-Montrond, la référence à l’or est partout : place de l’Aurum, rue des orpailleurs, Cité de l’or… L'histoire de cette petite cité nichée au bord du Cher, de la Marmande et du canal de Berry est intimement liée à celle de la bijouterie.
Le premier atelier de bijouterie de Saint-Amand-Montrond a été créé par les frères Moricault en 1888 au 12, rue des Vieilles Prisons.
Le premier atelier de bijouterie de Saint-Amand-Montrond a été créé par les frères Moricault en 1888 au 12, rue des Vieilles Prisons. © Marine Rondonnier-France télévisions

Deux frères bijoutiers parisiens ouvrent un atelier à Saint-Amand-Montrond en 1888

L’histoire d’amour entre Saint-Amand-Montrond et l’or commence à la fin du 19ème siècle. Rien ne prédestinait cette petite ville de vignerons et de paysans du Centre de la France à devenir une Cité bijoutière juste avant la première guerre mondiale. A part peut-être ce qu’elle peut offrir aux fabricants bijoutiers : la sécurité et la discrétion, les deux maîtres -mots du métier.

Les frères Moricault, deux bijoutiers parisiens qui travaillent pour les grandes maisons de la place Vendôme, cherchent un petit centre bien tranquille où ils enverront leurs meilleurs ouvriers former la population locale. Saint-Amand-Montrond est parfaite. 
En plus, le chemin de fer la relie à Paris. Pour l’acheminement de l’or c’est idéal…


Dantzig, Anvers, Lyon, Saint-Amand… l’or partage avec l’ambre, la soie et le diamant le goût pour les cités discrètes, les ruelles de maisons anciennes et l’eau dormante des canaux.  


Pierre Mezinski est écrivain de romans noirs et de livres pour enfants. L'enfant du pays au regard facétieux s’est intéressé à l’histoire de la bijouterie à Saint-Amand à la fin des années 90. ( Histoire de la bijouterie à Saint-Amand-Montrond de Pierre Mezinski- Editions La Remembrance)

"Ce qui m’a le plus étonné c’est le travail à façon. Partout dans les campagnes, dans les fermes, les garages des maisons, les ouvriers ramenaient des mailles à fabriquer chez eux. Ensuite, ils les apportaient à l’usine qui leur payait leurs mailles d’or à la pièce. "
 
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L'histoire d’amour tumultueuse entre Saint-Amand-Montrond et la bijouterie

L'âge d'or de la bijouterie saint-amandoise dure jusque dans les années 90

Les frères Moricault inventent la technique de la maille en creux. Des chaînes en or faites de cuivre et d'or 18 carats. C'est la spécialité saint-amandoise. 
La spécialité de Saint-Amand-Montrond : les bijoux en creux en or 18 carats.
La spécialité de Saint-Amand-Montrond : les bijoux en creux en or 18 carats. © Marine Rondonnier-France Télévisions
La bijouterie boischaudine est morcelée. Si les frères Moricault créent le premier atelier en 1888 rue des Vieilles Prisons, ils ouvrent trois ans plus tard une usine à la Coterelle qui fondait tous les matins 7 à 8 kgs d'or.

Dès qu'un contremaître se sent prêt, il ouvre son propre atelier et forme ses ouvriers. C'est ainsi que les entreprises apparaissent, disparaissent, sont rachetées, changent de nom, déménagent. Le paysage bijoutier de Saint-Amand se modifie constamment. 

De 1945 à 1975, les ouvriers fabriquent de la chaîne au kilomètre. "On apprenait le métier en montant au kilomètre de la gourmette ordinaire ou américaine. Les jeunes après trois mois de débourrage maillaient 20 bracelets en une journée", explique Pierre Mezinski. 

L'âge d'or va durer jusqu’au début des années 80. En 1939, on recense 400 ouvriers de l’or. Près de 500 dans les années 70. 


Jean Claude Sulka, horloger et bijoutier, a 70 ans. Originaire de l'Est de la France, il est arrivé à Saint- Amand-Montrond au début des années 1980.

A l’époque, le commerce marche bien à Saint-Amand. L’A71 est en train de se construire et les touristes doivent passer par Saint-Amand-Montrond pour rejoindre le sud. 

Après avoir vécu les années fastes de la chaîne en or que les femmes se transmettaient de mère et fille et qui symbolisait la réussite, Jean-Claude Sulka nous raconte la fin de l'âge d'or. 
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L'histoire d’amour tumultueuse entre Saint-Amand-Montrond et la bijouterie

La flambée du cours de l'or et la fin de la mode de la maille creuse

Le déclin de la bijouterie saint-amandoise commence en 1973 avec le premier choc pétrolier. Le prix de l'or stable jusque-là se met à grimper d'un seul coup.

En 1968, un lingot d'or coûte 6388 francs ( soit 973 euros). En 1981, le lingot d'or coute 86 917 francs soit 13 256 euros. 

Le prix d'un lingot d'or a été multiplié par 12 en 8 ans. 

Depuis, le prix de l'or n'a cessé d'augmenter.

Un lingot d'or d'1 kg coûte 45 000 euros en 2020. 


Résultat : les bijoux en or 18 carats comme ceux fabriqués dans les entreprises de Saint-Amand-Montrond sont invendables. 
Saint-Amand-Montrond : les ateliers de bijouterie s'installaient au bord du canal de Berry
Saint-Amand-Montrond : les ateliers de bijouterie s'installaient au bord du canal de Berry © Marine Rondonnier-France 3CVDL

Aujourd'hui que reste-t-il ? 

Dans les années 1990-2000, les entreprises de bijouterie saint-amandoises ferment les unes après les autres. 

Aujourd'hui, une centaine d’ouvriers très qualifiés travaillent dans trois entreprises discrètes qui ressemblent à des locaux abandonnées. Ces entreprises fabriquent des séries de bijoux de haute-joaillerie pour les grandes maisons de la place Vendôme notamment. Mais il est impossible d'y entrer. La peur du cambriolage est omniprésente. 
 
La Pyramide de la Cité de l'or à Saint-Amand-Montrond
La Pyramide de la Cité de l'or à Saint-Amand-Montrond © Marine Rondonnier-France 3 Centre-Val-de-Loire

Un Cité de l'or sans or...

En pleine crise de la bijouterie, le maire Serge Vinçon a voulu aider les orfèvres et les artisans d'art en les réunissant autour d'un Pôle de l'or. 

La Pyramide inaugurée en 2000 a coûté 9,1 millions d'euros. Elle est financée par la commune, (environ 3 millions d'euros), par la région, l'Europe, l'Etat et le Département. 

Depuis 2017, après le cambriolage de la Maison de l'Or et le vol du Lion de Goudgi, la Pyramide accueille des pièces de théâtre et des concerts.

Elle devrait bientôt accueillir l' école de musique et l'école des métiers d'art municipales.

Mais il n'est plus question de rassembler autour et dans la Pyramide joailliers, orfèvres et artisans d'art. 

Saint-Amand-Montrond, cité bijoutière, c’est l’histoire que nous allons vous raconter dans cette Enquête de région de 13 minutes réalisée par Marine Rondonnier, Sanaa Hasnaoui, Matthias Soares et Laurent Vaury :
 


 
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