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“Il y a un décalage éthique” : la mission d'information sur l'aide sociale à l'enfance auditionne à Vierzon

Nadia Essayan, députée du Cher, à l'Assemblée Nationale / © IP3 PRESS/MAXPPP
Nadia Essayan, députée du Cher, à l'Assemblée Nationale / © IP3 PRESS/MAXPPP

Nadia Essayan, députée du Cher, a commencé hier les auditions hors les murs pour la mission d'information sur l'Aide Sociale à l'Enfance, créée début avril. Pour ce premier entretien, elle est venue observer les pratiques de la Fondation Grancher, à Vierzon. 

Par Yacha Hajzler

"J'ai eu des placements très difficiles. Quand l'enfant fait un refus, c'est jour et nuit... On peut péter un câble. On n'est pas magiciennes", sourit Coralie*. Depuis 20 ans, elle est assistante familiale, famille d'accueil comme on dit couramment, pour enfants placés.

En face d'elle, la députée du Cher Nadia Essayan, attentive. Très attentive, absorbée, même. Coralie* est la première assistante familiale à témoigner ce matin, dans les locaux de la fondation Grancher, à Vierzon. Ce centre de placement familial a été fondé en 1903, en plein courant hygiéniste. Il s'agissait alors d'éviter la tuberculose aux enfants parisiens, en les envoyant à la campagne. 

Depuis, la fondation Grancher s'est tourné vers l'hébergement social des enfants qui doivent être enlevés à leur famille. "On a toujours cette notion d'éloignement, notamment avec les enfants concernés par le secret de placement. On est aussi connus pour accueillir les enfants en bas-âge, et ceux dont les parents ont des troubles mentaux" explique la directrice de la fondation, Bénédicte Aubert. 
 

A la recherche des bonnes idées


Ce matin, au milieu des tasses de thé et des chouquettes, les représentants de la fondation sont auditionnés par Nadia Essayan et sa collaboratrice Marlyne Catoire pour les besoins d'une mission d'information sur l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE), créée en avril sur une proposition de la députée Perinne Goulet. 

"Elle a elle-même été placée jeune et à mal vécu son placement. Elle avait un peu occulté cette question devenue adulte, mais elle a été rattrapée par l'actualité, notamment le documentaire sur les enfants placés, et elle a décidé de prendre en charge cette mission", confie Nadia Essayan. Un documentaire qui l'a elle-même choquée, et poussée à intégrer cette mission. "Aujourd'hui, c'est difficile d'accepter que des enfants confiés à l'Etat puissent ressortir avec moins de chances de réussir que les autres, ce qui est globalement le cas, voire être en danger", reconnaît-elle. 
Depuis début avril, les 23 députés de la mission auditionnent tous les jeudi à l'Assemblée des travailleurs de l'ASE à tous les étages, mais aussi des adultes anciennement pris en charge par le dispositif. A la fondation Grancher, c'est la première écoute hors les murs de Nadia Essayan. "On essaie, d'une part, de comprendre exactement ce qu'il se passe sur le terrain et de voir les bonnes idées : d'où ça vient ? Comment ça marche ?" 

Au centre de la discussion à Vierzon, l'accompagnement très rigoureux dont bénéficient les assistantes familiales. Possibilité d'une assistante "relais" pour adoucir une sortie à venir ou apaiser des tensions, permanence d'écoute 24/24 pour les familles et les enfants, sessions mensuelles "d'analyses de pratique"... "C'est un élément fort, les assistantes familiales se sentent plus soutenues, c'est ressorti très rapidement", confirme la députée, qui tient là une de ces bonnes idées pour faire avancer les choses. 
 

Le déchirement des "sorties sèches"


Mais bien sûr, la fondation Grancher a aussi des choses à déplorer. Recruter des familles d'accueil, ces dernières années, est devenu plus difficile. "On a dans le secteur une pyramide des âges inquiétante, avance Bénédicte Aubert, et on a maintenant un problème de fidélisation. Aujourd'hui, on a des démissions, ça n'arrivait pas avant."

Plusieurs explications à cette désaffection : "C'est un métier qui mobilise beaucoup d'énergie, qui est financièrement devenu moins attractif, qui n'est pas valorisé. C'est aussi plus difficile de trouver du sens, il y a parfois un décalage éthique : quand un enfant qu'on a accueilli n'obtient pas de contrat jeune majeur et qu'il part, quand un autre n'est pas régularisé... Ça tiraille de partout", regrette la directrice de la fondation. 

En effet, les départements, à qui appartiennent la gestion de l'Aide Sociale à l'Enfance, refusent de plus en plus souvent ce que l'on appelle les "contrats jeunes majeurs". Ce dispositif permet de prolonger, de 18 à 21 ans, le soutien de l'ASE, qu'il soit psychologique ou financier. Laissé à l'appréciation des conseils départementaux, le refus de mettre en place ce contrat entraîne une "sortie sèche". Le plus souvent, c'est l'argument financier qui est invoqué pour justifier ces refus. 
"Le fais que l'ASE dépende des départements et un aspect important de la mission, souligne la députée Essayan. Ça induit une inégalité, puisque tous les départements n'ont pas les mêmes moyens. Savoir si l'Etat doit reprendre la main, c'est une question qui se pose." Une question pas si simple : la mission d'information pourrait se poursuivre jusqu'à la fin de la mandature. 
 

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