• FAITS DIVERS
  • SOCIÉTÉ
  • DÉCOUVERTE
  • ECONOMIE
  • CULTURE
  • POLITIQUE

Yseult “Yz“ Digan, créatrice de la Marianne : ”Présenter une femme forte, fière, engagée, active”

Yseult "Yz" Digan a créé la nouvelle Marianne 2018, "l'engagée". / © Yacha Hajzler - France 3 Centre-Val de Loire
Yseult "Yz" Digan a créé la nouvelle Marianne 2018, "l'engagée". / © Yacha Hajzler - France 3 Centre-Val de Loire

A 42 ans, l’artiste de street art qui a grandi à La Borne, dans le Cher, a réalisé la nouvelle figure gravée sur les timbres de la République. Une continuité de l’ensemble de son travail. 

Par Yacha Hajzler

François Hollande avait choisi la Marianne "de la jeunesse". Inspiré par la Femen Inna Shevchenko, il ressortait du dessin une impression d’élévation, de pureté.

La nouvelle Marianne est de profil, regard intense, déterminée. Elle porte bien son nom : l’engagée. C’est sans doute son point commun avec sa créatrice, Yseult Digan, nom d’artiste Yz.
 

Enfant de La Borne

 
Yseult "Yz" Digan, créatrice de la nouvelle Marianne. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre-Val de Loire
Yseult "Yz" Digan, créatrice de la nouvelle Marianne. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre-Val de Loire

"Je voulais sortir de l’esthétisation féminine qu’on peut faire souvent de la Marianne. Souvent, les bustes sont des modèles d’actrices, de mannequins… Pourquoi pas des intellectuelles ? Des artistes ? Le but était de rendre l’image de cette Marianne un peu plus consistante. Je voulais présenter une femme forte, fière, engagée, active, qui n’est pas juste la mère de la patrie."

Comme tous les étés, Yz est de retour à Sens-Beaujeu, un village tout proche de celui où elle a passé son enfance : La Borne, dans le Cher. Depuis le XIIe siècle, La Borne est un haut lieu de la poterie de Grès.

Les parents d’Yseult Digan sont céramistes et sculpteurs eux-mêmes. "J’ai grandi dans leur atelier, à bricoler la terre, sourit-elle. J’étais entourée de personnes qui étaient dans une recherche de créativité, qui avaient des choses à dire, qui étaient impliqués dans leur manière de voir le monde". Elle tourne quelques pages d’un livre, on la voit apparaître enfant dans les pas de sa tribu chargée de poteries.  
 
A gauche, Yseult Digan enfant, dans les pas de ses parents. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre-Val de Loire
A gauche, Yseult Digan enfant, dans les pas de ses parents. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre-Val de Loire


Open your eyes


Ensuite, ce sont des études d’audiovisuel. Yseult Digan se spécialise dans le son, et de là s’intéresse à l’image, au montage, à la réalisation. Elle réalise des documentaires pendant plusieurs années. En parallèle, elle dessine, elle peint… Elle a ce syndrome des mains qui ne s’arrêtent jamais.

"Je suis arrivée dans les années 2000 à Paris. J’avais un groupe d’amis et de cousins, avec l’une d’entre eux, on a commencé à peindre dans la rue. J’ai fait pas mal de portraits à la bombe, vers Montreuil. J’essayais de faire des portraits de face, avec un regard assez intense."

En 2003, elle et son amie réalisent le projet "Open your eyes". Elles posent des pochoirs en différents endroits de Paris. En reliant ces points sur le plan de la ville, on retrouve le contour du pochoir. "Ce projet avait une seconde lecture. Pour moi, c’était vraiment intéressant d’amener les gens à voir les choses d’une manière différente."

Donner à voir, c’est le cœur de son œuvre. Depuis un an, Yseult Digan vit à Abidjan pour son projet "Street Vendors". Il a commencé en exposant sur les murs de la ville, en deux mètres sur deux, le portrait de ces jeunes filles qui vendent à la sauvette dans les rues de la ville. En parallèle, elle travaille sur "Empress", où elle représente cette fois des femmes de peuples natifs, armées de leurs plus belles parures.
 
Une oeuvre du projet Impress, de Yz, ici exposée à la Condition Publique de Roubaix, en 2017. / © Yacha Hajzler
Une oeuvre du projet Impress, de Yz, ici exposée à la Condition Publique de Roubaix, en 2017. / © Yacha Hajzler

"Ce sont les grosses entreprises et les pays développés qui ont leur mot à dire sur l’avenir du monde alors que ces peuples ont une connaissance de l’environnement, du vivre ensemble", plaide-t-elle.


Les mamans de Marianne


Et en 2017, c’est l’Elysée qui appelle. Elle fait partie des artistes sollicités pour proposer un visage à la nouvelle Marianne, celle d’Emmanuel Macron, "l’engagée". Deux de ses visuels terminent dans la sélection finale. L’un deux est choisi par les pupilles de la Nation. Emmanuel Macron choisira l’autre.

"Je pense que c’est instinctif, il a vu le visuel, ça lui a parlé. Il y avait l’aspect de la féminité un peu débridée de cette femme, avec sa chevelure détachée, qui a été un sujet. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est qu’il l’a trouvée minérale, et c’est ça que je voulais faire passer aussi."

Sa Marianne, pourtant, a bien failli être recalée, car très difficile à reproduire. C’est la graveuse Elsa Catelin qui s’y est collée, première femme à occuper cette charge pour La Poste depuis 1840.

"Elsa évolue dans un milieu très masculin, moi aussi. C’est important de montrer aux jeunes filles et aussi aux jeunes hommes que les femmes peuvent évoluer dans un milieu masculin, et l’inverse. Il faut casser ces barrières que la société nous pose. C’est important de créer un univers référentiel autour de tout ça."
 
Elsa Catelin et Yseult Digan ont collaboré pour aboutir à la naissance de la Marianne engagée. / © Yacha Hajzler - France 3 Centre-Val de Loire
Elsa Catelin et Yseult Digan ont collaboré pour aboutir à la naissance de la Marianne engagée. / © Yacha Hajzler - France 3 Centre-Val de Loire
 

Engagez-vous


Sa Marianne à l’œil et à la boucle farouche, tracée à l’encre de Chine, synthétise tous les combats d’Yz. L’artiste est ravie que le street art – art transgressif par excellence – s’invite dans cet exercice institutionnel et réactualise une nouvelle fois ce symbole républicain.

"Dans l’histoire, la Marianne, c’est le peuple, c’est les Français. C’est à nous aussi de nous approprier cette Marianne et d’en faire quelque chose de beau. Le nom de cette Marianne est extrêmement important. Les Français aujourd’hui doivent s’engager dans leur vie locale, dans des projets auxquels ils croient, par rapport à leurs convictions. Si on a attend que ça tombe du haut, il n’y a jamais rien qui se fera."

Sans que son art ne fût avant confidentiel, le statut de mère de la Marianne lui a apporté ces derniers temps un petit sursaut de popularité, surtout dans la région. Sourire en coin, elle s’en amuse, un peu.

"Les gens disent : "C’est une fille du coin !" C’est une belle manière de valoriser des lieux qui sont en lien avec mon histoire, mais je pense que ça va se tasser rapidement. Ce côté starisation de l’artiste m’intéresse peu. Ce sont les sujets que je traite qui m’importent."

 

Sur le même sujet

80 Km/h : réaction des associations de sécurité routière à la concertation lancée par le Département d'Indre-et-Loire

Les + Lus