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Da Vinci, le robot chirurgical au cœur de l'hôpital d'Orléans

En 2018, le centre hospitalier régional d’Orléans a réalisé 370 opérations robotisées sur 17 500. / © F3CVDL
En 2018, le centre hospitalier régional d’Orléans a réalisé 370 opérations robotisées sur 17 500. / © F3CVDL

L'incontournable robot médical de la société américaine Intuitive est en passe de conquérir les salles d'opérations du monde entier. L'hôpital d'Orléans est le fer de lance français de cette nouvelle pratique chirurgicale grâce à ses deux robots de la dernière génération.
 

Par Corinne Bian Rosa

A 62 ans, Patricia va subir un Bypass, une réduction irréversible de l’estomac destinée à lui faire perdre du poids. L’opération sera réalisée avec le robot chirurgical américain Da Vinci par le Docteur Abou Mrad, détenteur du record d’Europe du nombre de Bypass robotisés.

Patricia arrive debout et consciente dans la salle où est positionné le robot. Elle est très impressionnée… et il y a de quoi. Quatre bras articulés portant des instruments miniaturisés et assistés par micro-processeurs sont plongés dans le ventre de la patiente à travers de minuscules incisions.

A quelques mètres de là, le chirurgien, sur sa console, n’est plus en tenue stérile. Il bénéficie d’une vue agrandie en 3 dimensions comme s’il était lui-même à l’intérieur du ventre de la patiente. Il peut même effectuer des rotations impossibles pour la main humaine. Les mini instruments découpent, incisent, cautérisent avec une dextérité confondante.
 
Assis devant la console, le chirurgien bénéficie d'une vue agrandie et peut opérer avec précision. / © F3CVDL
Assis devant la console, le chirurgien bénéficie d'une vue agrandie et peut opérer avec précision. / © F3CVDL
 

Une invention militaire

Au départ, la chirurgie robotique est issue d’une coopération entre la NASA et l’armée américaine à la fin des années 80 pour opérer les soldats à distance sur les théâtres de guerre. Faute de moyens financiers suffisants, le projet n’a pu aboutir.

Mais des ingénieurs du MIT de Boston ont racheté les brevets et l’entreprise Intuitive Surgical a développé le robot au cœur de la Silicon Valley avec un objectif : permettre aux patients de se remettre plus facilement d’une intervention grâce à une technologie moins invasive.
 

Une résurrection pour l’hôpital d’Orléans

Grâce au robot Da Vinci, l’hôpital d’Orléans est sorti de l’oubli. Il a organisé le mois dernier le colloque du Club Coelio réunissant les meilleurs chirurgiens digestifs de France et de Belgique. Dans la salle de congrès du CHRO, des opérations robotisées sont retransmises en direct des blocs opératoires situés juste au-dessus. C’est le CHU de Nancy qui forme les médecins qui souhaitent passer de la coelioscopie, une technique mini invasive, à la chirurgie robotisée.

Le centre hospitalier régional d’Orléans forme quant à lui son personnel infirmier de bloc au Da Vinci. C’est un technicien de la société américaine qui se déplace pour des sessions le soir. Car le rôle des infirmiers de bloc opératoire est primordial avec cette nouvelle technique. Le chirurgien étant à distance, ce sont eux qui équipent les bras du robot et sont en étroite interaction avec le médecin.
 
 

Cher robot…

Le robot da Vinci n’aurait-il que des avantages ? Pas si sûr…la société américaine Intuitive qui le fabrique et le commercialise n’a pour l’instant pas de concurrents même si la Chine et l’Italie notamment ont des projets en développement. Cette position de monopole a un coût pour les établissements : 2 millions d’euros par robot et 150 000 euros de frais de maintenance par an.

De plus, les opérations avec robot sont plus onéreuses que les autres, mais elles sont pour l'instant tarifiées au même prix par la sécurité sociale. Sur le plan médical, rien ne prouve que l’on a plus de chances de guérison en étant opéré avec un robot.

Certains avancent que le délai d’hospitalisation est plus court, d’autres disent que non. Des études sont en cours, mais la plus grande clinique de France, Lyon Médipôle, a déjà fait marche arrière après 28 mois d’expérimentation, arguant qu’il n’y a pas de bénéfice, selon elle, pour les patients.
 
Images captées par le robot pendant l'opération. / © F3CVDL
Images captées par le robot pendant l'opération. / © F3CVDL
 

Une attractivité en hausse

Des doutes, les équipes orléanaises n'en ont pas. Grâce à Da Vinci, le CHRO occupe une place de leader régional, voire national et cela n’a pas de prix pour cet hôpital, qui dans le passé, n’a pas toujours joui d’une très bonne réputation et dont l’attractivité était limitée.

Aujourd’hui, les chirurgiens orléanais qui pratiquent le robot donnent des conférences dans toute l’Europe, reçoivent les meilleurs spécialistes français de chirurgie digestive, et leurs confrères de Blois, Châteauroux ou Montargis seront formés pour venir au CHRO opérer leurs propres patients.
 


En 2018, le centre hospitalier régional d’Orléans a réalisé 370 opérations robotisées sur 17 500. Dans le monde, Da Vinci a franchi le cap des 5 millions d’interventions. Un chiffre en constante augmentation, et la technologie n’en est qu’à ses débuts.

5000 robots chirurgicaux sont déployés sur la planète et le monde militaire suit toujours de très près leur développement. Sera-t-il le meilleur ami de l’homme ? Il est encore un peu tôt pour le dire.
 
 

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