• FAITS DIVERS
  • SOCIÉTÉ
  • DÉCOUVERTE
  • ECONOMIE
  • CULTURE
  • POLITIQUE

Qui sommes-nous ? en Centre-Val de Loire

Les documentaires en régions : le lundi à partir de 23h40 nous vous proposons deux films de 52' après le Soir 3 et le mercredi une fois par mois après « Enquêtes de région », un documentaire vers minuit
Logo de l'émission Qui sommes-nous ? en Centre-Val de Loire

[re]voir le replay le documentaire “Le cri est toujours le début d'un chant ”

Un film de Clémence Ancelin diffusé dans la série documentaire "Qui sommes-nous" / © Laura Dixmier
Un film de Clémence Ancelin diffusé dans la série documentaire "Qui sommes-nous" / © Laura Dixmier

Lorsque de terribles et dangereux « délinquants » se fabriquent des masques afin de pouvoir prendre la parole dans un film, ils se révèlent doux, drôles, poètes ou philosophes et offrent une réflexion profonde et sensible sur la justice et l’incarcération des mineurs.

Par Clémence Ancelin avec Anne lepais

Revoir l'émission

Débat sur les Centres Educatifs Fermés ▲
Documentaire de Clémence Ancelin « Le cri est toujours le début d'un chant » ▼


 

L'histoire

Réalisé avec, par, pour, sur, autour d'un groupe de garçons dont la loi empêche de monter les visages car ils passent un moment de leur adolescence dans un Centre Educatif Fermé (CEF), "Le cri est toujours le début d'un chant" accompagne ces jeunes gens, qui se fabriquent chacun un masque afin de pouvoir prendre la parole dans un film.

Et doucement, auprès d'eux, l'on s'éloigne du rivage des lieux communs : ceux que les médias de masse agitent comme les terribles et dangereux "délinquants" se révèlent doux, drôles, poètes ou philosophes et offrent une réflexion profonde et sensible sur la loi, la justice et l'incarcération des mineurs.
 

Les garçons

Âgés de 15 à 17 ans, ces jeunes gens arrivent au CEF après un long parcours de délinquance, et parfois l'échec de diverses autres mesures en milieu ouvert. Trafic de stupéfiants, vols, violences, ou malchance, hasard. Leurs parcours sont divers, mais ils ont pour la plupart pour point commun d'avoir manqué de l'invisible essentiel, amour, attention, protection, bienveillance, douceur... et de s'être constitué une identité dans la délinquance, gravissant les échelons en essayant d'être les meilleurs pour être reconnus du milieu, exactement comme d'autres enfants nés ailleurs, grandis autrement, le feraient dans une discipline musicale ou sportive.
Certains sont illettrés, d'autres souffrent de troubles psychiatriques, plus ou moins légers. On sent que ces grands gars tatoués, aux corps d'hommes musclés mais aux visages poupins, ont poussé un peu comme ils pouvaient, et que dans leurs courtes vies ils n'ont jamais, ou si peu, eu le droit de dire leurs pensées ou d'aborder les grandes questions de l'humanité comme la liberté, la justice, les autres...

Jackpot, Salim, Reda, Dyou, Djason, Delta sont là, certains depuis peu, d'autres ont déjà été « renouvelés » et sont des « anciens » du CEF. Les hasards de la vie, les hasards du parcours les ont amenés là. Ils sentent bien qu'ils sont mieux là qu'en prison. Ils l'ont tagué sur les murs de la salle télé « T'as de la chance d'être là, c'est mieux que la prison... ». Reste désormais à savoir si cette « dernière chance » pourra être saisie, et comment, par ces enfants qui comme le dit le jeune Djason « Le mot « protéger », nous on a pas connu, y en a qui ont connu ça mais nous, on n'a pas connu, sinon aujourd'hui… bah… on serait chez nous ».
 

Les masques

Puis est arrivé le fameux atelier de fabrication des masques. Certains avaient une idée très précise du masque qu'ils voulaient réaliser, d'autres ont trouvé des sources d'inspiration dans des livres que la réalisatrice avait apportés. Pendant quelques semaines, dans le huis clos de la salle qu'on lui avait allouée, entre bricolages, collages, découpages, mise en couleur des masques, la caméra a trouvé naturellement sa place pour devenir familière, même si bien sûr Clémence Ancelin évitait soigneusement de filmer les visages, se concentrant plutôt sur des détails en gros plans : les mains, plus ou moins agiles, les doigts, les gestes, une nuque baissée, les oreilles parfois…

Et pendant les temps de séchage entre les différentes étapes, elle a enregistré les voix des garçons lisant et commentant, donnant leur avis sur les textes de loi du « droit à l'oubli » concernant l'interdiction de montrer leur image et de raconter leur véritable histoire.

« Ce travail en huis clos a été à la fois extrêmement riche, vivant, drôle, et extrêmement difficile parfois. Ces jeunes garçons affrontent des situations de vie tellement complexes et lourdes pour leur jeune âge, portant le poids de procès en cours et à l'issue incertaine, avec pour la plupart d'entre eux des peines de prison à la clé... qu'il arrive régulièrement qu'ils aient la tête complètement prise par autre chose... Et parfois il est simplement impossible de travailler. Alors on s'arrête, et on discute de la vie » - Clémence  

À travers ces masques, leur parole s’est véritablement libérée, révélant de belles choses, fortes, profondément humaines et souvent bouleversantes.


Libérer la parole

Depuis le début Clémence Ancelin, la réalisatrice, fait en sorte que les jeunes comprennent bien qu'elle était là, que cet atelier était là pour eux, ouvert à ce qu’EUX avaient envie de dire d'eux, du monde, de cet endroit et de leur situation. Et lorsque les masques ont été terminés, le « tournage » a commencé !
Dans un premier temps, pour appréhender les masques et la caméra de face, elle a proposé aux garçons un exercice de théâtre : un texte à trous, utilisé par une amie comédienne pour faire composer rapidement un personnage à des jeunes gens ou à des amateurs, et pour les faire monter sur scène une première fois, rassurés par cette structure écrite. Ils se sont prêtés au jeu. Cela leur a permis notamment de se choisir un pseudonyme, puisque leur vrai nom ne peut être révélé dans le film, la loi imposant l’anonymat. Et ici encore, à travers ce support anodin, leur parole s’est véritablement libérée, révélant de belles choses, fortes, profondément humaines et souvent bouleversantes.
 

La force des masques

Le masque possède une double face et un double emploi : masquer-démasquer. Depuis la nuit des temps, le masque cache, le masque montre. Qu’il mène le carnaval, participe aux grandes fêtes païennes ou religieuses, se faufile dans la pédagogie, le jeu, l’art dramatique… le masque dissimule, caricature, et exhibe à la fois. Lorsque les garçons enfilent leurs masques, ils nous présentent l’image qu’ils ont composé pour nous et qui les protège, et ils osent se dire et parfois même se mettre à nu…
Et le masque confère à l’image une dimension fabuleuse, épique, ou tragique. Avec le masque, une prise de parole qui pourrait sembler anodine prend soudain une intensité captivante. Dès les premiers essais avec le texte à trous, Clémence Ancelin s'est aperçue que des phrases simples telles que « Je suis né en automne, j’ai 17 ans, je suis un humain. » « J’ai jamais tué personne, je rêve de m’en sortir, et j’ai peur de la prison » devenaient extrêmement puissantes, comme si ce n’était plus ce jeune homme en particulier mais l’adolescence marginale tout entière qui s’adressait à la caméra.
L'atelier des masques : pendant quelques semaines, dans le huis clos de la salle, qu'on lui avait allouée, entre bricolages, collages, découpages, mise en couleur des masques, la caméra a trouvé naturellement sa place pour devenir familière. / © Clémence Ancelin
L'atelier des masques : pendant quelques semaines, dans le huis clos de la salle, qu'on lui avait allouée, entre bricolages, collages, découpages, mise en couleur des masques, la caméra a trouvé naturellement sa place pour devenir familière. / © Clémence Ancelin
 

À chacun ses séquences

Pour exprimer telle ou telle chose qui leur semblait importante, chaque jeune a réfléchi à une ou plusieurs séquences qu'il aurait envie de tourner, dans tel ou tel lieu du CEF, avec tel ou tel éducateur, séquence mise en scène ou pas. Au travers de leurs séquences, ce sont leurs rapports avec les parents, avec la société, la délinquance, la justice, l'enfermement, l'amour ou la solitude que les jeunes nous racontent.

Une évidence : par la mise en scène induite et contrainte par les masques, par l'écriture et le montage-son pour certains, leurs paroles, leurs histoires, prennent un autre dimension, deviennent autre chose que "difficiles" ou condamnable par la justice, elles deviennent réellement audibles, "entendables" par tout un chacun.
 
Extrait du doc "Le cri est toujours le début d'un chant "
Extrait du doc "Le cri est toujours le début d'un chant"
la protection - (c) Clémence Ancelin
Extrait du doc "Le cri est toujours le début d'un chant"
la prison  - (c)Clémence Ancelin

 

« Le cri est toujours le début d'un chant »

Un film de Clémence Ancelin, soutenu par CICILIC Région Centre et de la Procirep-Angoa avec Iskra et Docks66 à voir sur France 3 Centre-Val de Loire

Le débat qui suit la projection du documentaire, est consacré à la démarche de Clémence Ancelin, la réalisatrice du film.
Clémence Ancelin, réalisatrice du film "Le cri est toujours le début d'un chant" / © France 3 Centre-Val de Loire
Clémence Ancelin, réalisatrice du film "Le cri est toujours le début d'un chant" / © France 3 Centre-Val de Loire

Denis Gannay-Meyer et ses invités, abordent les problèmes de la délinquance des mineurs, celui de la justice qui a la charge de ces enfants et adolescents, et le problème des éducateurs des « Centres d’Éducation Fermés » une alternative à la prison.

Il est également question de la complexité de la justice des mineurs, sujet grave, reflet d’une société qui pendant 40 années, a mal géré cette justice par manque de moyens, mais aussi par des politiques gouvernementales inadaptées, et une politique du « pansement » sans prendre le problème à la base.

Pour en débattre nous recevons sur le plateau : 
  • Marc Morin, avocat au barreau de Tours 
  • Jean Pierre Rosenczveig, ancien Président du tribunal pour enfants de Bobigny
  • Clémence Ancelin, le réalisatrice du film 
  • Josette Balmet, éducatrice
  • Mostafa  Labzaé , directeur d'un Centre d'Éducation Fermé.

Ce que j'aime dans le mandat de Maire...