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Les documentaires de France 3 Centre-Val de Loire

Le lundi vers 23h00, un documentaire de 52 minutes raconte la vie des régions. 
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REPLAY. Documentaire sur les animaux : “Dans leurs regards”, immersion dans un refuge en Loir-et-Cher

Iron, un chien abandonné au refuge de Sassay / © Tandem image
Iron, un chien abandonné au refuge de Sassay / © Tandem image

Ce film propose de ressentir l’incompréhension d’un animal abandonné par son propriétaire. La tristesse des animaux derrière les barreaux. Mais aussi les soins apportés par les salariés et bénévoles, les moments de complicités et surtout la joie partagée au moment de l'adoption.

Par Marion Dupuis (avec CM)

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"Il a 9 ans, ça vit 11 ans donc vous pouvez l’euthanasier."

Avec 100 000 animaux abandonnés chaque année, dont 60 000 durant l'été, la France détient le triste record du nombre d'abandons en Europe. "Le palmarès de la honte" pour 30 millions d’amis. Les raisons de ces abandons sont d’ailleurs multiples. Il n’y a qu’à parcourir cette liste non exhaustive parue dans Marianne au mois de septembre 2019.

Pour certains, l’animal s’apparente donc à un bien de consommation comme le serait un téléphone portable dont on change dès que sort un nouveau modèle, qu’il ne suscite plus d’intérêt ou qu’il coûte trop d’argent. L’abandon est pourtant passible de deux ans de prison et de 30 000 euros d’amende, mais ce n’est malheureusement pas dissuasif, des associations se battent d’ailleurs pour que cela change.

À voir ces chiffres et ces arguments, comment ne pas éprouver de l’incompréhension ? Voire de la colère face à ce phénomène qui grandit d’année en année ? Les refuges redoutent d’ailleurs une hausse encore plus grande avec la crise sanitaire que la France traverse aujourd’hui.

C’est à partir de ce constat que j’ai eu envie de réaliser un documentaire qui montrerait le quotidien de ces animaux derrière les barreaux. Je n’avais alors jamais mis les pieds dans un refuge. Malgré ma grande envie de réaliser ce film, j’y allais avec beaucoup d’appréhension. Voir des centaines d’animaux dans des cages, avec leurs yeux larmoyants.

J’ai choisi le refuge de Sassay. C’est un petit refuge qui ne vit seulement que de dons privés. J’ai trouvé donc plus intéressant de mettre en lumière ce petit refuge qui se trouve au fin fond du Loir-et-Cher.

A savoir : la SPA ne vit que de la générosité du public et ne reçoit aucune aide de l’Etat.

Je me trompais sur le compte de ces refuges

J’y suis allée dès le début de l’été 2019, il faisait déjà très chaud. En passant le pas de la porte de chaque refuge, j’étais impressionnée par certains chiens qui sautaient sur les grilles, les aboiements sans discontinuer, le nombre d’animaux, chats et chiens confondus. Parfois même des lapins, cochons d’Inde, furets étaient là.

En parcourant les allées, je ne cessais de penser à mon labrador Barlou de trois ans plein de vie, et mes deux chats confortablement installés chez moi. Possédant tout ce dont un animal à besoin des soins, un jardin, des sorties, et de l’amour au sein d’un foyer. Et dans ces lieux, tous ces éléments n’y étaient pas quand on les voyait derrière leurs grilles.

Mais finalement, je me trompais quand même un peu sur le compte de ces refuges. En m’y rendant, je me suis rendue compte de quelque chose de très important : l’attention particulière que portait chaque refuge à leurs animaux. À tous ils consacraient beaucoup de temps, d’énergie et de coeur. Soigneurs et bénévoles jouent un rôle important dans l’organisation des refuges, sur la guérison (physique et psychologique) des animaux qui arrivent bien souvent ici brisés, dans la peur, dans l’incompréhension.

Les journées sont bien évidemment toujours trop courtes pour que tous les chiens puissent avoir leur sortie, mais il y a toujours un geste bienveillant envers chaque pensionnaire.

Animaux au refuge de Sassay

Céline, une soigneuse que j’ai rencontrée au refuge de Sassay, m’a expliqué très justement ceci (et qui a fait écho instamment en moi) : "Cette semaine, une jeune fille est venue au refuge pour choisir un chaton, et en faisant le tour du refuge elle s’est mise à pleurer. Elle trouvait horrible de tous les voir en cage. Moi je lui ai répondu qu’il ne fallait pas être triste, que chaque animal a un enclos de 5 mètres sur 5. Que chaque jour, on nettoie leur box, leurs couvertures. Qu’ils ont des jouets. Qu’ils sont nourris et sortis ! Qu’ils ont des soins s’ils en ont besoin.

On prend aussi le temps qu’il faut avec certains pour qu’ils aient à nouveau confiance en l’Homme. Et puis ici ils sont en sécurité. Je préfère les savoir là qu’attachés à un arbre en pleine forêt sans eau ni nourriture."

Je préfère les savoirs là qu’attachés à un arbre en pleine forêt sans eau ni nourriture.

Céline, une soigneuse

Cette phrase m’a marquée parce qu’elle était juste. Plusieurs soigneurs m’ont confié des histoires aussi tragiques qu’heureuses sur ces laissés pour compte. Sur l’amour de leur travail qui est parfois difficile à porter face à tant d’injustice, à ces abandons sans fin. Un travail aussi très physique, car la majorité des tâches se font en extérieur été comme hiver. Et les animaux ont bien évidemment besoin d’être soignés 7 jours sur 7, 365 jours par an.

De nombreuses rencontres

C’est déjà les soigneurs du refuge qui nous ont accordé de leur temps à la fois pour nous expliquer ce qu’ils faisaient, mais aussi de jouer le jeu pour filmer le quotidien. La caméra ralentit nécessairement leurs faits et gestes. Leur temps est un temps hyper compressé et précieux, car il faut nettoyer, soigner tous les pensionnaires du refuge chaque matin.

Accueillir l’après-midi les futurs adoptants, accueillir les abandons, continuer les soins. Gérer aussi les imprévus de tous les jours, un chien qui en attaque un autre à travers la grille. Un carton de chatons trouvés devant le portail du refuge, accueillir au pied levé des chiens trouvés errants par des promeneurs. Il y a aussi les bénévoles du refuge qui donn de leur temps pour nettoyer, promener et essayer d’un peu soulager l’énorme charge de travail des soigneurs.

À leurs côtés, nous avons aussi partagé des éclats de rire face à des comportements de chiens ou chats parfois loufoque ou attendrissant, et aussi des moments de rage face au trop plein d’abandons et des raisons bien souvent inentendable, et évidemment aussi parfois l’accompagnement des animaux dans leur fin de vie, un moment bien évidement toujours compliqué à vivre pour les soigneurs qui partagent le quotidien avec eux. 

Les rencontres c’est aussi les nombreuses personnes qui gèrent les fourrières que se soit à Blois ou à Soing-en-Sologne. Des personnes elles aussi bienveillantes envers les animaux.

Les rencontres c’est aussi des histoires d’animaux qui vous marquent plus que d’autres, un regard qui vous fait vous retourner. C’est le cas pour moi avec Rio, un jeune malinois, récupéré par la fourrière de Blois et placé au refuge de Sassay. De ses deux à ses cinq mois il les a passés attaché au bout d’une chaine pour « surveiller le terrain ». Il est ensuite resté au refuge quatre mois, pour finir par repartir avec moi en avril dernier à la fin d’une semaine de tournage passé avec lui.

Nous avons appris récemment que ces anciens propriétaires avaient repris un nouveau malinois, lui aussi attaché à une chaine…

C’est aussi ça la triste réalité des refuges cette boucle sans fin… Au fil des mois on se fait quand même une carapace, mais il y a eu des jours plus difficiles que d’autres avec l’arrivée d’animaux abimés (maigre, sans poils, plaie ouverte, pleins de parasites, avec une odeur parfois qui vous tire au coeur), retirés à leurs propriétaires, car maltraités ; des chatons, et des chatons à ne plus savoir où les mettre l’été dernier.

Des histoires marquantes

Ça a été assez difficile de choisir SEULEMENT deux histoires, car elles sont nombreuses. Il y a les animaux qui arrivent comme un jeune bouvier croisé Labrador de huit mois, pourtant abandonné en pleine forêt. Mais avec sa petite tête poilue, on savait d’avance qu’il ne resterait que quelques semaines au refuge.

Et il y a les autres ceux qui arrivaient avec des maladies, des membres en moins, des tocs, une agressivité presque maladive, des chiens catégorisés difficile à placer et qui finissent, pour la majorité, leur vie au refuge alors qu’ils sont tout aussi adorables qu’un bichon.

Il y a aussi de belles histoires où des chiens âgés comme Brigand, un croisé Grand bleu de Gascogne de 12 ans, a pu trouver au bout d’un an un foyer pour finir ses jours au chaud aux côtés d’un vieux monsieur.

  • Buzz

Buzz, un chien de 2 ans, est arrivé au refuge de Sassay, le jour où je suis venue visiter le refuge pour la première fois en septembre 2019. Il venait d’être trouvé par un promeneur, attaché un arbre en pleine forêt, complètement déshydraté. À côté de lui avait été déposé un steak avec de la mort au rat à l’intérieur, histoire d’être sûr qu’il y reste… Le chien a réussi à tenir bon pendant trois jours, et il n’y a pas touché, ce qui est assez incroyable.

Cette histoire m’a véritablement bouleversée parce qu’en plus d’être confronté à un acte de lâcheté de la part d’un être humain, j’ai été confronté à un acte de pure cruauté. Buzz a passé six mois au refuge. Ce passage à Sassay lui a permis de se remplumer un peu, reprendre confiance en l’humain et il a été adopté au début du tournage. Il vit aujourd’hui une très belle vie dans une famille avec enfant.

  • Danyl

Danyl, est un chat de 5 ans, noir et blanc il est atteint de plusieurs maladies, il a été très probablement tapé par une voiture d’où sa tête toujours un peu penchée sur le côté. C’est un chat que l’on retrouve régulièrement dans le film, car il symbolise véritablement l’attente, le temps qui passe, car comme d’autres pensionnaires félins ou canins il est là depuis longtemps.

Danyl est au refuge depuis 2 ans, il reste pourtant un chat attachant en demande continuelle d’affection, on entend d’ailleurs sa voix éraillée dans l’espace des chats. On a appris en début d’année qu’il avait réussi lui aussi à trouver sa famille pour la vie, en décembre dernier.

Affiche du documentaire "Dans leurs regards" / © Tandem Image
Affiche du documentaire "Dans leurs regards" / © Tandem Image

J’en rajoute quand même une troisième !

  • Mélie

Mélie, une chienne de 3 ans, c’est elle que l’on voit sur l’affiche du film « Dans leurs regards ». Au refuge depuis deux ans, elle est plutôt timide aux premiers abords, les futurs adoptants ont du mal à se retourner sur elle quand ils passent dans les allées. Elle est arrivée avec son frère qui a été adopté en septembre 2019.

C’est assez dur de se dire que la majorité de sa vie elle l’a passée derrière les barreaux quand on sait qu’un chien a besoin de courir, sentir, bouger. L’histoire se finit bien pour elle aussi, car elle a trouvé sa famille pour la vie au mois de janvier 2021.

Le refuge, notamment en cette période troublée, est à la recherche de dons alimentaires (pâtés, croquettes pour chiens et chats de la marque Pedigree, Ultima, Purina One ), et de dons évidement financiers, car les soins, les vaccins, la rémunération des soigneurs a nécessairement un coût.

► "Dans leurs regards", un documentaire de 52 minutes réalisé par Marion Dupuis, Lucie Mizzi et Philip Dupuis. Une production France 3 Centre-Val de Loire et Tandem Image.
Première diffusion le lundi 1 mars 2021 à 23h00 sur France 3 Centre-Val de Loire.