Les documentaires de France 3 Centre-Val de Loire

Le lundi vers 23h00, un documentaire de 52 minutes raconte la vie des régions. 
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Documentaire. Tours : “La maison immobile”, autrefois habitée par les pieds noirs d'Algérie, utilisée ensuite pour l'accueil des migrants

© L'image d'après / France Télévisions
© L'image d'après / France Télévisions

Caroline Le Roy a réalisé ce film documentaire dans lequel elle raconte l'histoire d'une maison préfabriquée où habitait sa grand-mère, le long d'une voie ferrée en Touraine. Une habitation construite dans les années 60 pour accueillir les populations réfugiées d'Algérie.

Par C. Mette, C. Bignolais et K. Barbier

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Entre Tours et Saint-Pierre-des-Corps, là où se croisent l'autoroute et la voie ferrée, un bloc de maisons taguées semble inhabité. Ces maisons préfabriquées ont été construites à la hâte dans les années 60 pour accueillir des familles de rapatriés d'Algérie : des logements qui devaient être provisoires et voués à la destruction. La grand-mère de la réalisatrice  y a vécu quasiment toute sa vie. De ces années, il reste quelques pellicules en super 8, mais aussi des souvenirs.
 
 
Photo de sa grand-mère / © France Télévisions
Photo de sa grand-mère / © France Télévisions

Jusqu'à récemment, ce sont des familles d'immigrés qui occupaient uniquement de jour ces lieux. Une histoire qui se répète.

L'histoire d'une femme, vivant dans un préfabriqué

Cette femme, disparue aujourd’hui, a raconté ses mémoires à sa petite fille, Caroline. Ce n’est que plusieurs années après que Caroline découvre que la maison dans laquelle elle a passé une partie de son enfance, la maison ou vivait sa grand-mère avec qui elle était très liée, est de nouveau habitée.

Intriguée, elle s’y rend, et découvre des familles d’immigrés, vivant ici, seulement le jour, et une association, Emergence, qui offre des réponses concrètes à l’urgence en respectant les droits de chaque individu tout en proposant une prise en charge et un accompagnement adapté à chacun. Depuis, l'association a quitté les lieux et la maison attend d'être détruite.

Pendant 9 mois, la réalisatrice est venu régulièrement, pour filmer, passer du temps avec ses familles, boire un café avec les femmes, jouer aux dominos avec les hommes et les enfants. Ensemble, ils vont créer un lien, une relation de confiance.

À travers ses familles, Caroline a cherché à savoir à la fois ce que sa famille avait pu vivre, et ce que vivent aujourd’hui les familles venues d’ailleurs : l’exil, l’importance de trouver un logement et de pouvoir reconstruire leur vie.

Quelques anecdotes sur ce documentaire ?

"Un matin, la police est arrivée en civil pour escorter Alida, l'une des deux femmes qui lave le linge dans le film. Ils ont pris ses affaires et nous ont dit qu'ils l'amenaient à Rennes avec sa famille au centre de rétention. Très calmement, elle s'est fait embarquer devant tout le monde. 

Personne ne comprenait ce qu'il se passait, pourquoi ils étaient envoyés ailleurs, pourquoi personne ne pouvait nous répondre. Finalement Alida et sa famille ont été relâchés quelques jours plus tard. Cet événement a été très marquant parce que nous (Audrey l’ingénieur du son, les travailleurs sociaux et moi) avons pris conscience qu'ils pouvaient se faire expulser sans être prévenu, par surprise, Nous avons pris conscience de leur précarité.

Dans le film, nous avons fait le choix de ne pas parler de cet événement. En revanche, nous avons essayé de conserver la gravité, et rendre palpable la tension souterraine, qui monte tout au long du film."
 
© France Télévisions
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L’une des difficultés sur le tournage de ce documentaire ?

"Ce qui a été le plus dur pendant le tournage c'était de supporter de voir partir les familles le soir. Certaines allaient dormir avec les enfants dans un parking ou une cours d'église.

Avant ce tournage, je n'avais pas idée du nombre de familles qui dorment dans la rue. Et pour cause, ils se cachent pour ne pas être embêtés, ils en parlent peu pour ne pas êtredévalorisés, jugés.

Paradoxalement l'énergie, la joie, la force des femmes (c'est avec elles que j'ai passé le plus de temps) m'ont porté et m'ont donné beaucoup de courage pendant tout le tournage."


Regardez un extrait du documentaire avec cette bande-annonce :

"La maison immobile", un documentaire de 52 minutes réalisé par Caroline Le Roy, produit par L'image d'après et France Télévisions. Première diffusion le lundi 20 janvier 2020 sur France 3 Centre-Val de Loire.