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Qui sommes-nous ? en Centre-Val de Loire

Les documentaires en régions : le lundi à partir de 23h40 nous vous proposons deux films de 52' après le Soir 3 et le mercredi une fois par mois après « Enquêtes de région », un documentaire vers minuit
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Documentaire. Dans le quotidien de 2 familles syriennes qui ont trouvé refuge dans l'Indre

"Hayatuna - Notre vie", une rencontre avec des réfugiés syriens dans l'Indre / © Tandem Image
"Hayatuna - Notre vie", une rencontre avec des réfugiés syriens dans l'Indre / © Tandem Image

Dans le Berry, le film documentaire "Hayatuna - Notre vie" propose une rencontre avec deux familles qui ont fui la Syrie en 2017 et qui ont trouvé refuge à Argenton-sur-Creuse et Mosnay, en région Centre-Val de Loire.

Par Nicolas Ricoud

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Ils ont trouvé refuge dans l'Indre

Face à la guerre en Syrie, les familles Al Jot et Al Nassar décident de fuir leur pays en juin 2017.

C’est au cœur de l’Indre, à Argenton-sur-Creuse et Mosnay, qu’elles trouvent refuge. Malgré un futur encore incertain, c’est épaulés par des habitants et une petite association que tous retrouvent, au fil des mois, confiance en avenir plus serein pour eux et surtout pour leurs enfants. Intégration, apprentissage du français, solidarité, le film "Hayatuna - Notre vie", retrace ainsi le quotidien et l’histoire que parents et enfants racontent avec leurs mots. En arabe, le mot "Hayatuna" signifie "Notre vie".

Le documentaire, écrit par Lucie Mizzi et Marion Dupuis et réalisé par Marion Dupuis, est diffusé le lundi 8 avril 2019 sur France 3 Centre-Val de Loire. Une coproduction France Télévisions et Tandem Image.

Découvrez la bande annonce du documentaire :
 

Portraits

► Bjat Al Nassar et sa femme Nourah ont décidé de fuir la Syrie en guerre pour permettre à leurs trois enfants d’avoir un avenir plus serein, dans un pays en paix. Aucun des deux n’a le permis de conduire, et c’est à Mosnay, petit village de 500 habitants qu’ils passent leurs longues journées, entre apprentissage du français et nombreux papiers administratifs.
 

Étant dans un petit village on ne voit pas beaucoup de monde. Au début ça n’a pas été facile pour nous, car nous étions habitués à vivre en ville. Nous avons dû fuir à cause des bombardements qui détruisaient notre pays.


Bjat était tourneur-fraiseur en Syrie. À la maison il aide ses enfants dans leurs devoirs. « Ça me permet de passer du temps avec eux, mais chaque jour passe très lentement. Je ne supporte pas de rester à la maison, et de ne rien faire. »

Chaque vendredi, Odette, bénévole au Secours Catholique passe le chercher chez lui à Mosnay pour l’emmener au local d’Argenton-sur-Creuse. Toujours armé de son cahier et de ses stylos dans la poche de sa chemise à carreaux, Bjat s’y rend avec grand plaisir « Depuis quelques mois je vais au Secours Catholique. J’apprends des mots français, et je me sens utile ici. »

Voici un extrait du documentaire avec Bjat et Nourah ainsi que Catherine Reverdy qui vient leur donner des cours de français :


► Éternel sourire aux lèvres, Nourah est la femme de Bjat. Si son mari a besoin de sortir pour rencontrer du monde, elle est bloquée à la maison à cause de son genou très souvent douloureux. Mais cela ne l’empêche pas de cuisiner, beaucoup. « En Syrie de nombreux produits nous manquaient comme le lait, ici en France il y a tout. Je suis heureuse quand je fais des plats pour mes enfants, et qu’on mange tous ensemble. Après, la vie ce n’est pas non plus que manger et boire, c’est surtout discuter et rencontrer des gens. Et à Mosnay c’est difficile de rencontrer des gens. Heureusement que Accueil du Coeur et quelques amis sont là. »


► Refaat à 15 ans avec ses deux soeurs Angél, 17 ans, et Jawel, 11 ans, pas le choix que de se mettre au français. À eux trois ils font preuve d’une grande faculté d’adaptation, même si à l’école ce n’est pas toujours facile. Arrivé avec sa famille en juin 2017, Refaat est rentré directement en 4e en septembre 2017.

« On doit apprendre un nouvel alphabet, une nouvelle langue, une nouvelle culture. Avant d’être ici, je n’avais jamais entendu parler de l’Histoire de la France. Cette année je dois aussi apprendre l’espagnol. Heureusement, on s’entraide tous les trois. Notre père nous aide aussi. Toute la famille se serre les coudes pour réussir à s’intégrer ».


►Diana est une adolescente de 17 ans. Difficile d’imaginer qu’il y a quelques mois, elle et sa famille ont dû laisser grand-mère, cousins, oncles et tantes derrière eux. Diana, son grand frère Majd, sa petite soeur Hala, et ses parents ont eux aussi été pris en charge par l’association Accueil du Coeur 36, en même temps que la famille Al Nassar. Après quelques mois seulement, la jeune fille sait déjà parler un français presque impeccable.

« Quand on habitait en Syrie mon père était professeur, ma mère était à la maison et elle s’occupait de nous. Je pense que c’est difficile pour eux, parce que là-bas les voisins, la famille sont vraiment très proches les uns des autres. Mon père a passé 60 ans de sa vie là-bas. Mes parents ont voulu fuir la Syrie pour qu’on ait un avenir meilleur, donc maintenant c’est nous qui parlons français, donc c’est à nous de les aider pour les papiers, quand ils ne comprennent ce que quelqu’un leur dit. C’est normal. »


► Jamila Al Jot, la maman de Diana, Hala et Majd, a les yeux souriants mais fatigués. Elle reste nostalgique de sa vie d’avant. Avec sa famille ils ont pris l’avion depuis la Syrie pour atterrir à Paris. À l’aéroport quelques bénévoles de l’association Accueil du Coeur 36 les attendaient pour les amener à Argenton-sur-Creuse. Leur nouvelle maison c’est un appartement trois-pièces, très lumineux en centre-ville. Il a fallu tout aménager, car ils n’avaient emmené avec eux que très peu de choses.

« Nous avions une valise avec quelques vêtements. J’ai ramené ce qu’il y avait de plus important à mes yeux. C’est-à-dire des cahiers auxquels je tiens là où j’écrivais mes souvenirs, quelques livres aussi. Et bien sûr des photos. Ce genre de choses irremplaçables dont personne ne voudrait se séparer. Malheureusement, on ne pouvait pas tout prendre. C’était impossible. »


► Njib Al Jot est le mari de Jamila, père de Diana, Hala et Majd. Il était tout juste retraité quand sa femme et lui ont pris la décision de fuir la Syrie en guerre. Avant la guerre il était enseignant, il se retrouve aujourd’hui à la place de l’élève.

« Je me souviens de ces enfants qui avaient des difficultés parfois à comprendre ce que je voulais leur transmettre en cours. J’ai l’impression d’être à leur place maintenant. Quand on me parle, je ne comprends pas toujours ce que l’on me dit, ou seulement deux ou trois mots. À 60 ans, si je veux m’intégrer, je suis obligé de prendre des cours trois fois par semaine de français. Je sais parler anglais, mais le français c’est vraiment très difficile, surtout la conjugaison. Alors pour me vider la tête j’aime marcher au bord de la Creuse. Ce n’est pas du tout comme la Syrie où les paysages étaient plus arides. Quand je suis ici, je repense aussi très souvent à notre vie d’avant. À ma famille, à mes amis restaient là-bas en Syrie. On n'oublie jamais ses proches, et l’endroit où l’on a grandi. »

Découvrez le diaporama photos avec les intervenants du film :

Diaporama Doc Hayatuna



 

3 questions à Marion Dupuis, réalisatrice du film documentaire "Hayatuna - Notre vie"

Qu’est-ce qui vous a encouragé à réaliser ce film documentaire ?

Après mon premier documentaire, j’avais du temps et je me suis engagée en tant que bénévole à France Terre d’Asile à Niort. J’animais des ateliers d’actualités. On ramenait des journaux, on parlait. Et finalement chacun racontait un peu de lui-même, et ça leur faisait du bien de pouvoir discuter avec d’autres personnes. J’ai alors eu envie de faire un film où je donnerai la parole aux réfugiés, que l’on n’entend jamais vraiment raconter leur histoire. Mais plus encore, je voulais raconter l’histoire de réfugiés vivant à la campagne, loin de l’image que l’on a de la jungle de Calais et Grande-Synthe.


Pourquoi avoir choisi le département de l’Indre pour nous raconter ces histoires de vie ?

Le film a mis longtemps à trouver sa forme finale, c’est-à-dire le récit quotidien des familles Al Jot et Al Nassar. Avec Lucie Mizzi, qui a réalisé ce film avec moi, nous avons longtemps cherché des familles dans la campagne française. Finalement, quand nous sommes arrivées à Argenton-sur-Creuse et Mosnay, on a tout de suite su que c’était les bonnes familles.


Quel souvenir marquant gardez-vous du tournage de ce film ?

Nous avons très vite réussi à convaincre les deux familles de nous laisser les accompagner durant les mois de tournage. Le seul qui était sur la réserve était Njib, le père Al Jot, parce que c’est dans sa nature. Lorsqu’un jour nous l’avons accompagné sur les bords de Creuse pour une balade, il nous a raconté son histoire, le départ de la Syrie, sa mère et sa fratrie qu’il avait laissé, et le déchirement que ça a été. Nous savions que des moments du tournage seraient plus difficiles que d’autres. Et là, c’en était un. Voir Njib se livrer, pleurer devant nous, était une réelle marque de confiance car c’est celui qui montre le moins ses sentiments. Lors de l’avant-première organisée à Argenton-sur-Creuse, contre toute attente, il s’est levé, est venu sur le devant de la scène et a pris le micro pour nous remercier, remercier l’association et dire que même s’il a dû mal à apprendre le français, il est heureux de vivre ici avec des gens formidables. Ça a été les moments les plus émouvants de cette année à leurs côtés.

 
 

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