Dans les coulisses du parquet de Chartres : le rôle central du procureur

Au sein du tribunal de grande instance, le procureur de la République à Chartres (Eure-et-Loir). / © Didier Le Pape / France 3 Centre-Val de Loire
Au sein du tribunal de grande instance, le procureur de la République à Chartres (Eure-et-Loir). / © Didier Le Pape / France 3 Centre-Val de Loire

Dans les affaires judiciaires, on entend parler du parquet devant lequel est déférée une personne mise en examen, ou du procureur qui annonce des poursuites. Mais on en sait rarement plus. Rémi Coutin, procureur à Chartres, lève le voile sur ses missions et les difficultés quotidiennes.

Par Julie Postollec

Du tribunal on connaît les juges, les avocats, mais beaucoup moins le parquet. C’est pourtant le fil rouge de la justice, de la direction des enquêtes préliminaires à l'exécution des peines.

Le parquet de Chartres, c’est une équipe de sept magistrats. A leur tête, le procureur de la République. Depuis deux ans et demi, il s’agit de Rémi Coutin. S'il est visible dans les médias au travers d'histoires comme le bébé abandonné à Nogent-le-Rotrou ou l'affaire Seznec, son rôle ne s'arrête pas là.
 

L’organisation et la direction du parquet


Si c’est lui qui s’occupe de répartir les tâches et les contentieux entre ses différents collègues, il ne s’arroge pas les affaires sensibles. Mais il reste en appui pour conseiller et accompagner. "Systématiquement je vais demander à un collègue, quand je sais qu’il est allé sur une scène de crime difficile, comment il va, est-ce qu’il souhaite prendre du repos ? Est ce qu’il a besoin d’en parler ?, détaille-t-il.


Si un collègue est confronté à une situation très difficile sur le plan humain de nature à le traumatiser, je vais faire en sorte qu’il puisse voir un psychologue par exemple pour débriefer, c’est essentiel."


Au quotidien, l’équipe dirigée par Rémi Coutin doit absorber plutôt la quantité de travail. Ils sont en effet huit magistrats – le procureur compris – à gérer en moyenne 25.000 procédures par an. Et ils se relaient d'une semaine sur l'autre pour gérer la permanence téléphonique, 24h/24, 7/7, comme vous pouvez le voir dans cet épisode.
 

Les magistrats sont entourés de greffiers et d’assistants, qui allègent la charge de travail et sont une huile indispensable dans les rouages de la justice. Un travail d’équipe que le procureur essaye de préserver au mieux

On aborde des sujets souvent douloureux, on est confronté à la société qui souffre, qui va mal, qui délinque. [...] On est soumis à beaucoup de pression voire de stress car la quantité de travail est énorme.

"Une de mes préoccupations majeures c'est que mes collègues et les fonctionnaires qui travaillent à nos côtés soient quand même heureux tous les matins de venir travailler ici, assure le procureur. Parce qu’ils savent que même s’il y a beaucoup de travail, même s’il y aura des dossiers difficiles à traiter, ils le feront dans une atmosphère de travail qui est agréable, c'est fondamental."
 
 

Le travail du parquetier, une course d'obstacles de chaque instant

Mais malgré toute la volonté et l’énergie déployées par le procureur et son équipe, les difficultés rencontrées au quotidien sont parfois "source de frustration, d’agacement et parfois de découragement", avoue Rémi Coutin.

Il compare le travail du parquet à "une espèce de course d’obstacles, de Monopoly où il faut passer par des cases avec des épreuves. Vous avez la case 'cette personne doit être vue par un psychiatre car elle est troublée'. Sauf que le seul expert psychiatre qui nous reste n’est pas disponible, donc il faut voir avec les départements voisins si on peut en trouver un."

Autre problème : l'absence de médecin légiste. "Si on est dans le cas d’une découverte de cadavre, on peut avoir besoin d’un médecin légiste sauf qu’en Eure-et-Loir, il n’y en a pas en poste. Donc il faut faire des pieds et des mains pour faire en sorte qu’un médecin légiste d’un autre département accepte éventuellement de venir jusqu’en Eure-et-Loir pour venir examiner le cadavre", souffle-t-il.

Face à ces problèmes, le rôle de Rémi Coutin est alors de trouver des solutions sur le long terme. Il a ainsi mis en place il y un an et demi une unité médico-judiciaire à l’hôpital de Chartres pour que "le plus de victimes de violences possibles [...] soient vues de façon certaine par les médecins qui seront toujours les mêmes et qui délivreront des certificats" qui ne pourront être contestés.

Il a aussi réussi l’an dernier à convaincre un psychiatre de travailler pour la justice et de remplacer le dernier expert qui quittait alors le département.
 

L’environnement, nouvelle priorité

Le procureur a également pour mission de définir la politique pénale, c'est-à-dire qu'il décide des infractions qui doivent être traitées en priorité. Il indique ainsi aux policiers, gendarmes et aux autres magistrats du parquet qu’il doit y avoir "par exemple une plus grande sévérité apportée aux infractions au code de la route, ou en matière de violence conjugale".

Pour l’année 2019, il a choisi comme nouvelle priorité la protection de l'environnement. "J’ai pris conscience que c’était important que le parquet accorde encore plus d’attention aux infractions en matière d’environnement", avoue-t-il.

En clair, il va donner des instructions aux services de police et de gendarmerie, et à l’office national de la chasse et de la faune sauvage, afin que "les personnes qui polluent les rivières, qui détruisent les espèces protégées, [soient] traitées avec la même sévérité que celles qui vont commettre des violences ou des cambriolages."

A ses yeux, l'autorité judiciaire a sa place à prendre face aux dérèglements climatiques, aux conséquences "potentiellement dévastatrices pour nous et encore plus pour nos enfants".


Pour en savoir plus sur le parquet de Chartres, regardez l'épisode ci-dessous.
 
 

 

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