Eure-et-Loir : le retard des moissons de blé inquiète les agriculteurs

A cause des mauvaises conditions météorologiques, les agriculteurs accusent un retard dans les récoltes de céréales : il reste environ 40% des parcelles de blé tendre à moissonner alors que tout aurait dû être fini depuis le 20 juillet. Seul point positif : la quantité semble être dans la moyenne.
Moisson des parcelles de blé en été, à côté de Chartres (Eure-et-Loir).
Moisson des parcelles de blé en été, à côté de Chartres (Eure-et-Loir). © Julie Postollec / France Télévisions

En période estivale, les agriculteurs redoutent les feux dans les champs qui peuvent détruire en quelques minutes leur récolte. Mais cette année, c’est la pluie qu’ils craignent. Des averses quasi quotidiennes comme le montre ce tweet d'Asso Météo Centre :

Elles sont en train de retarder de plusieurs semaines les moissons, notamment celle de blé tendre. Les agriculteurs ont commencé les récoltes environ 10 jours plus tard que d'habitude.

Depuis qu’on a démarré, on a dû avoir une petite semaine de beau temps et c’est tout”, explique Lionel Gibier, directeur du pôle agricole de la SCAEL, la société coopérative agricole d’Eure-et-Loir qui regroupe 2.000 céréaliers du département. "Cela faisait plusieurs années qu’on était habitué à terminer les moissons vers le 20 juillet", s’étonne-t-il.

Gel, sécheresse et pluie

Cette situation est dû d’après lui à l’accumulation d’événements climatiques. 
 

On a eu une année culturale de tous les excès. 

Lionel Gibier, directeur du pôle agricole de la SCAEL

On a eu du gel très tardif au printemps qu’on n’a pas les autres années. Cela a retardé les cultures, énormément”, analyse-t-il. Ensuite on a eu une période de sécheresse à cause de laquelle les plantes se sont moins développées. Et puis on a eu de la pluie au mois de juin et juillet juste avant la récolte, ce qui a retardé son démarrage et qui nous ennuie depuis. C’est pour ça qu’il reste encore beaucoup de parcelles à faire.”

Des parcelles de blé tendre surtout. Début août, il en restait 40% à moissonner d’après le directeur du pôle agricole de la SCAEL. Les orges d’hiver sont terminées, le colza et le blé dur sont presque achevés. 

Des chiffres confirmés par Eric Thirouin, président de la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir : “Il doit rester 10 à 20% suivant les exploitations, toutes cultures confondues. On tend le dos pour qu’il ne pleuve plus, et qu’on arrive à continuer. Il y a quelques agriculteurs qui ont réussi à finir.

"On est inquiet"

Ce qui est en jeu avec les précipitations, c'est ce que les céréaliers appellent le poids spécifique. Lionel Gibier nous explique : “C’est le poids de 100 litres de blé. La norme de commercialisation est à 76, c’est-à-dire que 100 litres de blé doivent peser 76 kilos. Si dans un tonneau de 100 litres, le blé ne pèse que 72 kilos, on n’est pas dans la norme, on est en dessous, et le client n’en veut pas, ou bien il veut bien l’acheter mais moins cher.

Tant que le blé n’est pas entré, on est inquiet, avoue Eric Thirouin. Parce que l’eau peut dégrader le grain et altérer le poids spécifique. Pour l’instant, ce qu’on a récolté est dans la norme, un peu juste. On a peur qu’au fur et à mesure que les pluies arrivent, on soit en dessous du juste.

Avec seulement 60% des moissons effectuées sur cette céréale, il est difficile de tirer les premières tendances. Le président de la chambre d’agriculture ne veut pas s’avancer pour l’instant et préfère attendre mi-août pour des pronostics fiables : “Autour de moi, il y a des situations assez hétérogènes suivant la qualité des sols, les variétés de céréales, les dates de semis, la localisation des parcelles... On peut avoir des différences de 20 quintaux par hectare, dans la même commune, par exemple.

De son côté, Lionel Gibier prédit “une année correcte”. Pour les orges d’hiver et les colzas, les rendements sont “bien pour l’année” et les qualités “convenables”.

C’est mieux que l’année dernière, mais c’est un peu moins bon qu’il y a deux ans. La récolte 2019 était une très bonne année”, rappelle-t-il. Pour les blés durs par contre, les rendements sont “plus faibles” : “c’est une année moyenne”. Il ne désespère donc pas que les agriculteurs de la SCAEL produisent autour de 750.000 tonnes de céréales, leur moyenne annuelle.

Et après ?

L’autre inquiétude concerne l’implantation des cultures suivantes. Avec les prévisions météorologiques qui annoncent un retour du beau temps à partir du weekend du 7 et 8 août, Lionel Gibier estime qu’il faudra “encore une dizaine de jours de moisson”. Soit des récoltes terminées autour du 20 août.

Or, comme le rappelle Eric Thirouin, “on implante les colzas au mois d’août, au plus tôt c’est vers le 5-10, au plus tard vers le 25. Donc quand on a prévu de faire un colza derrière un blé et que ce blé n’est pas récolté avant le 20 août, cela pourrait amener certains agriculteurs à renoncer à implanter du colza sur certaines parcelles.

Des parcelles où semer pourrait devenir une tâche compliquée par ailleurs. "Il faut que les sols se ressuient, c’est-à-dire qu’ils ne soient pas trop humides pour bien les travailler. Si le sol argileux est gorgé d’eau, il devient tassé, dur, étanche et la culture suivante a du mal à s’implanter", détaille le président de la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir.  Décidément, la pluie n’est pas la bienvenue cette année.

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