Retraites : sur les hauts revenus aussi, la réforme fait polémique

(Photo archives, Sep 6, 2019) Arrivée d'une voiture Bugatti à l'hippodrome de Nancy-Brabois pour faire le plein d'essence et prendre une collation lors du Grand Tour 2019. / © max ppp - Cedric JACQUOT
(Photo archives, Sep 6, 2019) Arrivée d'une voiture Bugatti à l'hippodrome de Nancy-Brabois pour faire le plein d'essence et prendre une collation lors du Grand Tour 2019. / © max ppp - Cedric JACQUOT

Le projet de réforme des retraites porté par le gouvernement comprend des mesures spécifiques aux hauts revenus : les cadres très aisés paieront moins de cotisations qu'aujourd'hui, mais acquerront aussi moins de droits à pension. 
  

Par FM avec AFP

Un dispositif plus "redistributif" et plus "solidaire", selon le gouvernement, mais qui selon les syndicats et les oppositions va gonfler les déficits du futur système universel, tout en favorisant la retraite par capitalisation.

Qu'est-ce qui va changer ?

 
  •     AUJOURD'HUI :
Les cadres supérieurs payent des cotisations à taux plein sur la quasi-totalité de leur salaire, jusqu'à 27.000 euros bruts par mois, soit huit fois le Plafond de la sécurité sociale (PMSS). Au delà, la cotisation est minime mais ne rapporte aucun droit supplémentaire pour la future pension.
    
  • DEMAIN :
Dans le futur système universel voulu par le gouvernement, la limite sera
ramenée à trois fois le PMSS, soit pour 2020 environ 10.000 euros de revenus brut
mensuels. En-deçà, tous les travailleurs seront soumis à 28,12% de cotisations
retraite. Pour ceux qui gagnent davantage, la partie de leur rémunération supérieure
à 10.000 euros sera soumise à une cotisation de 2,81%. Là encore, sans que cela
ne génère de droits supplémentaires pour leur future retraite.
    

Quel impact pour les cadres et leurs employeurs ? 

La future pension des 200.000 à 300.000 cadres supérieurs concernés aisés sera fortement réduite. Mais, en attendant, puisqu'ils paieront moins de cotisation, leur salaire net augmentera mécaniquement. Et leur entreprise - qui paye 60% des cotisations - fera également des économies. "Certaines pourraient décider d'en réinjecter une partie dans le salaire brut de leurs employés", relève Benoît Meyer,
du cabinet de conseil France Retraite. 
Le dispositif équivaudra à un "abaissement de charge réservé aux employeurs de très hauts salaires, on parle là de multinationales qui travaillent sur des marchés très mondialisés", observe le député LR d'Eure-et-Loir, Olivier Marleix. En revanche, pour

les patrons de PME, on ne leur fera aucun cadeau, déplore-t-il.

    
 

Quel impact financier pour le futur système?

Les syndicats et l'opposition - de droite comme de gauche - expliquent unanimement que cette mesure va générer d'importants déficits, pendant une période de transition très longue.
"Oui, les retraités aisés coûteront moins cher au système, mais seulement dans plusieurs décennies! Et dans la période transitoire il va falloir honorer les droits acquis, soit 65 milliards", alors même que les jeunes générations cotiseront moins, détaille Gérard Mardiné, secrétaire général du syndicat de cadres CFE-CGC et ancien administrateur de l'Agirc-Arcco (retraite complémentaire). Cela "va générer un manque à gagner pour le régime universel de trois milliards d'euros par an", ajoute-t-il. D'autres sources évoquent plus de 4 milliards par an. Pour résorber ces déficits, "on va réduire la valeur du point, tout le monde va payer", prédit M. Mardiné.
  

 Un coup de pouce à la capitalisation ?

Autre argument avancé par les opposants: avec cette réforme, "les cadres sup' seraient renvoyés vers l'épargne retraite et la capitalisation pour tenter de maintenir leur niveau de vie", dénonce la CGT des ingénieurs, cadres et techniciens (UGICT-CGT). Une démarche que le gouvernement a d'ailleurs facilitée dans sa récente loi "Pacte",
via le Plan épargne retraite. 
Dans la majorité, le député Sacha Houlié relativise en soulignant que "de toutes façons, les plus aisés capitalisent déjà". Mais pour le député (LFI) Eric Coquerel il s'agit d'une "question de principe: si une partie des assurés ne met plus dans le pot commun, on appauvrit le système par répartition".

A l'autre bout de l'échiquier politique, l'Eurélien Olivier Marleix (LR) se dit "pas opposé à ce qu'on facilite, pour ceux qui le souhaitent", le recours à la capitalisation en complément de la répartition. Mais il dénonce "un début de privatisation de la Sécu", puisque les salariés aisés seront contraints de "sortir du système universel" pour la partie supérieure de leurs revenus.
 

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