Ils ont moins de 30 ans et ont choisi de s'engager en politique : qui sont les jeunes élus ?

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Abstention des jeunes lors des élections, mise à mal de la démocratie et alternance entre études et loisirs : France 3 s'est entretenu avec trois jeunes élus du Centre-Val de Loire sur leur vision de la politique.

Cela ne vous a pas échappé : durant cette campagne des législatives, certains jeunes se sont préoccupé autant du scrutin que de leur baccalauréat. Si la plus jeune candidate se trouvait finalement être Raphaëlle Rosa, candidate Les Républicains dans la huitième circonscription de Moselle, il y avait un candidat en Centre-Val de Loire de seulement deux mois son aîné. À 18 ans, Noé Petit était le candidat de la Nupes dans la troisième circonscription de Loir-et-Cher. Car, à l’heure où les électeurs de moins de 35 ans boudent les urnes, des jeunes trouvent la motivation de se lancer en politique.

Entre sorties et études, la politique

“Je pensais pas que ça prendrait cette forme aussi vite. J’ai fait un bac économique et le fait d’avoir toutes ces connaissances qui s'entremêlent grâce aux échanges d’idées, c’était l’occasion de rentrer dans le concret.” Benjamin George est élu sans étiquette, car il ne veut pas “s’enfermer dans un parti qui conduirait à suivre la ligne principale”, au conseil municipal de Cour-Cheverny, en Loir-et-Cher. Depuis 2020, il gère le portefeuille de la communication et des nouvelles technologies, à tout juste 18 ans. Un poste stratégique quand on connaît l’importance majeure des réseaux sociaux dans la communication politique, et les campagnes électorales en particulier.

Mais quand on est jeune élu, concilier ses études et ses obligations politiques n’est pas toujours une mince affaire. Conseiller municipal à Semoy et référent des jeunes avec Macron dans le Loiret, Hugo Lemaitre, 21 ans, s’est toujours impliqué dans la vie associative de sa commune. En parallèle, il suit aussi un master de droit de l’aide et de l’action sociale à l’université de Poitiers. “Je pars le dimanche soir à Poitiers, je suis les commissions en visio-conférence, c’est beaucoup d’appels téléphoniques le soir et je rentre le vendredi dans le Loiret pour assurer ma vie d’élu. Et aussi ma vie privée parce que je suis un jeune qui a aussi envie de faire la fête”, s’amuse-t-il. 

Alix Fruchon, elle, a terminé son master en droit public et sa carrière politique s’inscrit dans la continuité de son parcours. À 27 ans, elle vient d’être éliminée au premier tour de ces élections législatives dans la première circonscription de l’Indre, après une campagne qu’elle a trouvé “passionnante”. Mais depuis 2017 elle était aussi l’attachée parlementaire de Nicolas Forissier (LR), fraîchement réélu dans la deuxième circonscription de l’Indre. Pourtant, malgré sa défaite dimanche dernier, la politique lui apparaît toujours comme une évidence. “C’est une des manières de construire un monde meilleur, d’être acteur de sa vie et de son département”. La jeune femme est notamment en charge du dossier des petites et moyennes gares, en lien avec le comité de la gare d’Argenton-sur-Creuse.

Benjamin George, Hugo Lemaitre et Alix Fruchon sont, tous trois, membres de l’Association des jeunes élus de France (Ajef). Née après les élections municipales de 2020 dans une démarche se voulant transpartisane, son but est de réunir un maximum d’élus du Centre-Val de Loire ayant entre 18 et 35 ans. L'association compte aujourd'hui plus d'une trentaine de membres dans la région, Hugo Lemaitre en étant depuis peu le délégué régional.

“C’est dommage que ça ne se fasse pas davantage, regrette Alix Fruchon. On se rend finalement compte qu’il y a plein de combats qu’on partage et on ne le sait pas forcément”. L'association vise donc à promouvoir les échanges entre ses membres, dans un but de coopération, quelle que soit l’étiquette. Peut-être de quoi inspirer la majorité, ressortie très affaiblie de ces élections législatives ?

Il faut réinventer notre façon de faire de la politique et c’est ce que LREM [désormais renommé Renaissance, ndlr] fait en ce moment en regroupant des personnes de tous horizons pour avoir des objectifs communs. Il faut garder une pluralité politique, surtout face aux extrêmes.

Hugo Lemaitre, conseiller municipal à Semoy

Génération désenchantée

Ils sont jeunes élus, et pourtant les citoyens de leur âge sont ceux qui se sont le plus abstenus lors des élections législatives. Au second tour, sept électeurs sur dix ne se sont pas rendus aux urnes chez les 18-24 ans. “Ne pas aller, c’est laisser aux autres le soin de choisir sa place et pour moi ce n’est jamais la bonne solution”, pour Hugo Lemaitre. En comparaison, les plus de 60 ans affichent une abstention inférieure à 50% lors du même scrutin. Comment donc réconcilier les jeunes électeurs avec les bureaux de vote ?

Durant sa campagne dans la première circonscription de l’Indre, Alix Fruchon a fait de ce public l’une de ses principales cibles. “C’est plus simple avec la proximité d’âge. Les associations étudiantes organisaient des cafés, des apéros auxquels je suis allée et ça s’est toujours super bien passé, raconte-t-elle. Ils ont apprécié que je sorte avec eux”. 

“Il faut que ce soit eux qui se présentent s’ils ne sont pas d’accord” selon Benjamin George. Car si d’après lui, les jeunes électeurs s’intéressent de plus en plus à la politique, “ils ne se reconnaissent pas dans les partis politiques traditionnels”, ce qui expliquerait ce fort taux d’abstention. Toujours par l’intermédiaire de l’Association des jeunes élus, Hugo Lemaitre veut sensibiliser les citoyens sur l’impact qu’a la politique dans leur quotidien. “La politique est partout, que ce soit à échelle locale, régionale ou nationale. Il y a partout des décisions qui sont prises au nom des citoyens”.

La politique oui, mais pas une carrière non plus 

Pour l’instant, les trois jeunes élus ne se voient pas consacrer leur vie à la politique, comme cela peut être le cas pour certains tauliers de la région. On s’éloigne donc à priori des 45 ans de mandature d’André Laignel (PS) à la mairie d’Issoudun ou des presque 20 ans passés par Jean-Pierre Door (LR) à l'Assemblée. Même à sa petite échelle, Benjamin George a déjà pu se frotter aux points négatifs de ce monde. “Je pensais que ça serait une sorte de deuxième école alors qu’il faut être déterminé, extrêmement rigoureux et autonome on ne vous aide pas du tout”. Pour sa part, il se dirigera à la rentrée prochaine vers un master dans l’enseignement, après sa licence d’histoire à Tours.

Hugo Lemaitre, lui, se voit davantage dans l’action publique : “Je cherche pas à avoir une vie d’élu, c’est un engagement à l’instantané, et si on me propose quelque chose au sein de ma commune qui me plait, je la ferai avec passion”. Il n’exclut pas non plus de s’engager dans le cadre de sa future carrière, pourquoi pas dans un syndicat. Quant à Alix Fruchon, elle envisage déjà de se tourner vers la réalisation de documentaires, tout en gardant en tête l’idée “de défendre ses convictions”.