Légalisation du MMA en France : Ana Ruiz, une tourangelle de 18 ans, “pierre précieuse” de ce sport de combat

Ana Ruiz, jeune combattante de 18 ans, décolle aujourd'hui pour les championnats du monde amateur. / © Yacha Hajzler / France Televisions
Ana Ruiz, jeune combattante de 18 ans, décolle aujourd'hui pour les championnats du monde amateur. / © Yacha Hajzler / France Televisions

A 18 ans, Ana Ruiz pratique le MMA, les arts-martiaux mixtes. Du 18 au 23 novembre, elle a représenté la France, et son club de Saint-Cyr-sur-Loire, aux championnats du monde amateur, à Singapour. Portrait.

Par Yacha Hajzler

Le MMA arrive officiellement en France en 2020. Dès le 1er janvier, la discipline sera reconnue, a promis la ministre des Sports, Roxana Maracineanu. Mais les adeptes de ce sport de combat n'ont pas attendu cette reconnaissance pour s'adonner à la pratique du MMA, comme Anna Ruiz, une jeune tourangelle que nous avons rencontré.

"Le club est une famille. Quand quelqu'un part combattre, peu importe qui, on le soutient." Ça, c'est l'esprit au club de MMA* de Saint-Cyr-sur-Loire, en Indre-et-Loire. Rigueur, détermination, égalité... Ce sont ces valeurs qui font l'unanimité, et c'est tant mieux. Car le candidat qui part combattre dès aujourd'hui aux championnats du monde amateur de Singapour a un profil pour le moins déconcertant.
 
  • Les arts martiaux mixtes, abrégés en "MMA" d'après l'acronyme anglais, sont un sport de combat complet, associant différents types d'arts martiaux comme la boxe, la lutte, le judo...

Ana Ruiz a tout juste 18 ans, et combat dans la catégorie des moins de 47 kilos. Allure de petit oiseau et yeux revolver, elle s'entraîne depuis 3 ans maintenant pour atteindre les hautes sphères de la discipline. Les premiers à avoir pu apprécier ses talents, ce sont... ses frères. 
 

"Je sais pas, c'est dans ma nature, plaisante-t-elle. J'ai essayé la boxe, j'aimais bien mais il me manquait quelque chose. J'avais vu deux, trois cours de lutte, puis j'ai trouvé le MMA. Comme ça alliait tout, c'est ce qui me correspondait." Encore aujourd'hui, Ana est bien plus lutte que boxe. Un point faible qu'elle réussira sans doute à combler, comme les autres. 
 

Ana Ruiz, la "pierre précieuse"


Au club, elle a tout de suite brillé par son enthousiasme. "Nous, homme, femme, on s'en fout, du moment que tu rentres dedans. Elle est très déterminée. Elle s'entraîne avec les hommes, avec des gens qui font 20 kilos de plus qu'elle... Elle s'en fiche, quoi ! Elle y va. Ça, c'est le plus dur, et elle, elle l'a déjà" résume le coach et fondateur du club, Florian Rousseau, visiblement admiratif. 
 
Ana Ruiz s'entraîne avec son coach, Florian Rousseau. / © Yacha Hajzler / France Televisions
Ana Ruiz s'entraîne avec son coach, Florian Rousseau. / © Yacha Hajzler / France Televisions

Sa détermination, c'est d'ailleurs ce qui lui a permis de se faire repérer pour les mondiaux de Singapour. En juin 2019, elle participe aux championnats de France, organisés en Suisse. Elle perd ses deux combats, mais gagne l'amour du public et du jury. "Ses deux adversaires avaient 12 kilos de plus, sourit l'entraîneur. Normalement, ça ne se fait pas, mais il n'y a pas grand monde dans sa catégorie. On n'allait pas lui dire : "on n'a personne, tu combats pas". On s'est mis d'accord avec l'arbitre."

Forces inégales, gants trop grands, longue attente avant le combat... Ana Ruiz collectionne les mauvaises conditions de combat, mais enflamme la cage. "Sur ça, un homme se serait plaint, assure Florian Rousseau. Il aurait perdu, il aurait trouvé toutes les excuses du monde. Mais pour elle c'est un jeu, elle n'a pas de pression, pas de stress, une bonne mentalité. C'est une fierté pour tout le club" Après le combat, les poids lourds se pressent pour la féliciter. Elle apprendra quelques mois plus tard sa qualification. 

Pour cette jeune femme, qui jongle entre son art et une première année de licence en gestion, c'est avant tout l'occasion de montrer ce qu'elle apprend. Avec 10h d'entraînement hebdomadaire, un programme nutritionnel, et un coach pour chaque spécialité, elle est, selon les mots de l'entraîneur "une petite pierre précieuse à tailler". 
 

Adieu au "freefight", bonjour au MMA


Et la pierre précieuse pourrait bien au passage contribuer à redorer le blason du MMA. Au 1er janvier 2020, la discipline sera enfin pleinement reconnue et officiellement réglementée en France. Une reconnaissance qui vient couronner une normalisation progressive de la pratique en France. Terminé le "freefight", terme anciennement utilisé, qui renvoyait l'image d'un sport sauvage, que la légende disait sans règle
 

"L'image [de ce sport] change petit à petit, juge la jeune femme. Plein de gens viennent essayer, même s'ils ne reviennent pas, ils voient que c'est pas un truc d'hommes, un truc violent. Je suis un bon exemple ! Quand les gens savent que je fais du MMA, c'est plus du choc que les préjugés. On ne me dit pas "tu es moins forte parce que tu es une fille". On voit déjà dans l'UFC : les filles frappent vraiment bien, voire mieux que les hommes (rires) ! Dans tout ce qui est médiatisé, on montre une bonne image, une image d'égalité, plus que certains autres sports."

Autour de la cage et du ring, à côté des colosses qui boxent les sacs de sables, des enfants galopent et font la roue. Les mamans et les papas, assis sur des petits canapés à l'entrée, attendent que l'entraînement se termine. De trois il y a quelques années, ils sont maintenant une quarantaine dans le cours enfants. 

Florian Rousseau est clair : ce qu'on apprend ici, ce n'est pas "la bagarre". "Le MMA, c'est des arts martiaux, et il y a toutes les valeurs qui vont avec. Moi, ça fait 10 ans que je fais du MMA, je ne me suis jamais battu en dehors. Quand tu combats à la salle, tu as confiance en toi, tu n'as pas besoin d'aller chercher la bagarre. En six ans, j'ai peut être eu deux personnes qui se sont battues en dehors, et elles ont été virées. Sur 800, ça va..." plaisante-t-il. 

C'est en tout cas une jeune femme sérieuse, calme et humble que Saint-Cyr-sur-Loire envoie à l'autre bout du monde. Ana Ruiz reviendra-t-elle de Singapour couverte d'or ? Une chose est sûre : les 348 combattants en lice feraient mieux de se méfier. 

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