“Ce sera le dernier combat de ma vie” : un Tourangeau attaque l'État après la mort suspecte de son fils à Concarneau

Sylvain Debeure a perdu son fils le 27 septembre 2015 à Concarneau. / © F3
Sylvain Debeure a perdu son fils le 27 septembre 2015 à Concarneau. / © F3

Un élu municipal d'Indre-et-Loire a déposé une requête en responsabilité de l'État après la mort de son fils dans le port de Concarneau. Il estime que l'enquête a été bâclée et, plus grave encore, que d'autres victimes auraient pu être ignorées.

Par Bertrand Mallen

Quelqu'un a-t-il poussé Xavier Debeure vers sa mort, dans le port de Concarneau, le 27 septembre 2015, et au moins deux autres hommes depuis ? Cette question, "ce sera le dernier combat de ma vie", lâche Sylvain Debeure, père de la victime et adjoint au maire de Fondettes, dans l'Indre-et-Loire. Deux jours après sa disparition, peu avant midi, le corps de Xavier, 32 ans, est retrouvé dans les eaux du port. L'enquête est classée sans suite, privilégiant la thèse d'une noyade accidentelle après une soirée arrosée.
 

Le combat d'un père pour la vérité

Mais cette enquête a été "bâclée", insiste le père de la victime, qui dépose une requête en responsabilité afin de mettre en cause le commissariat local. "Mon fils portait une plaie énorme à l'arrière du crâne, qui n'a pas été examinée par le médecin généraliste", poursuit Sylvain Debeure, qui dénonce un "empressement général" à clore le dossier. Aucune autopsie n'est menée, aucune analyse sanguine ne vient étayer la thèse d'une chute en état d'ébriété : l'enquête est classée sans suite et le corps mis en bière le soir-même avant d'être rapatrié en Touraine le lendemain. Le dossier est réexaminé en 2017, sans plus de résultat.

"Aujourd'hui, si l'autopsie avait été faite, on aurait la réponse à nos questions", regrette le père de la victime. "Je ne peux pas me permettre de laisser dire que mon fils était en état d'ivresse puisqu'aucune analyse n'a été faite" insiste-t-il, mentionnant que les amis de Xavier présents à la même soirée nient qu'il ait pu être ivre au point de tomber. Aucun doute pour lui : les enquêteurs n'ont fait que privilégier l'explication la plus simple. Et cette "obsession" s'appuie aussi sur les cas de plusieurs autres jeunes hommes, noyés dans les mêmes circonstances entre 2015 et 2019.

 

L'ombre des noyés de Concarneau

Avant Xavier, un autre jeune homme s'est noyé dans les eaux du port, au mois de mai 2015. Le 23 décembre 2017, c'est le corps de Ludovic Colin, 35 ans, qui est retrouvé dans une cale sèche. Le 23 décembre suivant, le Concarnois Damien Le Burel disparaît à son tour. Son corps n'est retrouvé que le 9 janvier en fin de matinée. Aucune image de vidéosurveillance ne vient expliquer comment chacun des quatre hommes, apparement seul, est tombé à l'eau, mais pour les familles, l'explication ne peut être accidentelle. Les lieux des disparitions sont trop proches. Les heures et les circonstances trop semblables.

En août dernier, un jeune pompier de 19 ans tombe à l'eau à son tour, mais survit à la chute : il dit avoir été poussé "par deux individus". Le début d'une piste ? C'est en tout cas la conviction de Sylvain Debeure. Seul parent à avoir émis un recours contre l'État à ce jour, il partage notamment cette conviction avec la mère de Damien Le Burel et son avocate, avec qui il espère faire "cause commune" pour mettre au jour la vérité, aussi douloureuse qu'elle puisse être.

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