Documentaire : "Le Courbat", le seul centre en France qui soigne la dépression des policiers

Publié le Mis à jour le
Écrit par D. Adt, C. Mette et P. Ménard

Ces dernières années, en moyenne, un policier se suicide chaque semaine. L'établissement "Le Courbat" en Touraine accueille des membres des forces de l'ordre pour qui la vie est devenue un enfer.

Depuis janvier 2022, dix policiers se sont donnés la mort. Des chiffres supérieurs à ceux que l'on observe en moyenne.

Malgré "SOS Police en détresse" et ses 6000 appels reçus en 2021, cette association d'entraide entre policiers ne suffit pas. Ce n'est pas tant de laisser l'arme au vestiaire qui résoudrait le problème mais de "détecter les collègues qui vont mal".

Dans ce documentaire découvrez "Le Courbat". Créé par un syndicat de CRS il y a 70 ans pour soigner la tuberculose, cet établissement, perdu dans la campagne à 50 kilomètres au sud-est de Tours, est devenu un des centres de soins les plus réputés pour la lutte contre toutes les formes d’addictions, burn-out et autres traumatismes psychologiques.

"Le Courbat" : le réceptacle de ce malaise

Aujourd’hui, l’établissement est tenu d’accueillir des publics très divers venus de la région Centre-Val de Loire (agrément de l’ARS oblige) comme des professions libérales ou des personnes en injonction judiciaire thérapeutique, il reste (historiquement et dans la pratique) l’établissement pour les personnels des forces de l’ordre au sens large du terme : pompiers, gendarmes, personnels pénitentiaires, mais avant tout des policiers.

On mesure ici dans les corps et dans les âmes, les dégâts humains sur les policiers. Ils disent toutes et tous l’absence d’écoute des collègues et de la hiérarchie et le manque de reconnaissance de leur métier. De ceux qui avaient trouvé dans la police une seconde famille à ceux qui déplorent l’absence de solidarité, tous souffrent beaucoup du manque d’humanité dans leur métier.

L’actualité arrive comme un écho lointain, un son atténué, ce fût la course aux chiffres des années 2007, la confrontation permanente des forces de l’ordre dans les banlieues sensibles, les attentats de 2015, plus récemment, la crise des gilets jaunes…

Des séjours sur-mesure

Les séjours peuvent être de plusieurs durées : deux mois environ, un mois pour les burn-out et 15 jours pour les personnes qui ne peuvent s’absenter trop longtemps de leur métier, policiers compris.

La capacité maximale du lieu est de 80 lits. Les cas traités sont majoritairement des addictions (à 80% l’alcool), 80% des patients sont des hommes et la moyenne d’âge est de 44 ans.

Au Courbat, avec ses quatre appels par jour, 7h45, 9h, 14h et 16h, le centre veut redonner des repères et une structure. Le règlement est strict : footing dès le matin et activités jusqu'à 18h, obligation de suivre rigoureusement le traitement et d'être ponctuel aux repas, pris collectivement. De façon impromptue, on procède à des contrôles d’alcoolémie réguliers.

Les patients peuvent aussi participer à des sports collectifs comme le volley, le hand, le basket... Ou à des ateliers manuels laissant place à leur créativité. 

L’objectif est de se reconstruire, y compris physiquement, de redonner des repères à des patients qui n’en n’ont plus, de construire, avec elles ou eux un projet de réintégration.

Vincent Accar : "j’envoie 50 personnes par an au château, chaque année"

Vincent Accar avait commencé sa carrière dans la région parisienne et était affecté à "un post difficile" sur les Champs-Élysées. Il nous explique qu'il vivait mal le regard des gens sur "les bleus". Le soir, après sa journée de travail il ne rentrait pas de suite chez lui. C'était apéro systématique.

C’était d’abord un verre, puis deux, puis trois… On rentrait tard chez soi. Il faut dire qu’à l’époque, l’alcool était partout dans la police, au commissariat. Avant une intervention, les CRS préparaient la cantine dans le car : whisky, pastis, bières…

Vincent

Une fois muté à Lille les apéros n'ont pas cessé, cela servait à "décompresser". L'alcool s'est invité à table le midi. "Mon couple partait en vrille, le métier, les horaires, et l’alcool n’arrangeait rien."

C'est le 6 septembre 2004, suite à un clash avec sa belle-famille, qu'en rentrant chez lui Vincent vide une bouteille de whisky, s'endort et part chercher sa fille à l'école une heure plus tard. Sur la route, ne se sentant pas bien, s'arrête et : "c'est le trou noir, coma éthylique".

J’étais quand même à 3,5 grammes. Ensuite, comparution immédiate, 6 mois de prison. 15 jours après mon coma éthylique, j’appelais le château.

Vincent

Depuis ses 9 semaines de soins, il n'a jamais retouché à l'alcool. Aujourd'hui en poste à Arras, il aide ses collègues en difficultés : il les écoute. Il fait aussi des interventions devant un public de CRS ou de policiers. Il est officiellement délégué ANAS de son département.

3 bonnes raisons de regarder ce documentaire

La première raison de regarder ce documentaire est de faire connaissance avec ce lieu unique en France qui se situe à Liège en Indre-et-Loire et qui s’adresse à nous à la première personne du singulier comme un véritable personnage qui s’exprime en voix-off. L’identité de ces murs bienveillants qui racontent ce qu’ils ont vu ou entendu et ce qu’ils vivent au quotidien, ajoutent une intimité particulière propice à la confidence.

La deuxième bonne raison est d’entendre le mal-être de ces policiers, hommes ou femmes, qui ont mal à leur métier et qui ont le courage de briser le silence, de prendre la parole pour partager les multiples raisons de cette souffrance qui mènent à l’enfer des addictions et trop souvent au geste ultime.

La troisième bonne raison est de prendre conscience que nous avançons sur un chemin chaotique où l’humain se perd peu à peu et que la perte de sens dans le travail, l’impossibilité de s’épanouir professionnellement, engendre une perte de repères et de confiance qui ébranle les autres pans de la vie sociale et familiale. Et qui, par ricochet, détruisent l’essence même de la personnalité. 

Laisser tomber les armures, ne plus se cacher derrière un rôle inadapté pour sauver les apparences et oser avancer en respectant nos forces et nos fragilités. Une attitude souvent condamnée et assimilée à de la faiblesse, un rejet de celui ou de celle qui ne sait plus avancer ses pions sur cet échiquier des valeurs tronquées où il ne trouve plus sa place.

► "La maison qui soignait les policiers" une coproduction TGA Productions, France Télévisions, TV Tours-Val de Loire dans le cadre du COM de la région Centre-Val de Loire coordonnée par Ciclic.

Deuxième diffusion jeudi 7 avril à 23h55 sur France 3 Bretagne

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