Tours : un professeur franco-marocain victime de pressions en amont d'un séminaire sur les Printemps arabes

Le professeur d'histoire politique de l'université de Rabat Maâti Monjib, déjà ciblé à de multiples reprises pour son engagement pour la liberté d'expression, a été empêché par les autorités marocaines de quitter le pays afin de se rendre à un séminaire à Tours le 14 octobre.

Invité à Tours dans le cadre d'un séminaire organisé par l'université le 14 octobre, l'universitaire franco-marocain Maâti Monjib a été retenu au Maroc par la police aux frontière marocaine à la mi-octobre. Aucune justification judiciaire n'a été invoquée pour l'empêcher de quitter le territoire marocain. 

Membre de "l'Equipe monde arabe et Méditerranée" (EMAM) du laboratoire CITERES, installé à l'université de Tours, Maâti Monjib devait intervenir dans le séminaire "Dix ans après les 'Printemps arabes' : quels sujets pour quelles recherches au Maghreb ?"

Une "persécution judiciaire" de plusieurs années

En revanche, ce n'est pas la première fois que ce professeur d'histoire politique de l'université de Rabat est la cible de pressions. Militant en faveur de la liberté d'expression et des droits humains et très critique du durcissement de la répression au Maroc, Maâti Monjib avait déjà été condamné à un an de prison ferme fin janvier pour "atteinte à la sécurité intérieure de l'État". 

"Maâti Monjib a été arbitrairement arrêté et détenu à l’isolement pendant presque trois mois dans le cadre d’une enquête", explique le Comité de soutien de l'universitaire en France, qui soutient également les journalistes Soulaiman Raissouni et Omar Radi, emprisonnés pour des raisons politiques. "Pendant cette détention, il a été condamné sans que ni lui ni ses avocats n’aient été informés de l’audience alors qu’il s’était, jusque-là, toujours présenté aux convocations de la police et de la justice."

Remis en liberté provisoire le 23 mars, Maâti Monjib continue de faire face au gel de ses possessions et de son compte bancaire, ainsi qu'à la détérioration de son état de santé. Sa venue le 13 octobre en France, outre sa participation au séminaire à Tours, devait lui permettre de voir sa famille résidant dans le sud de l'Hexagon et d'honorer son rendez-vous auprès du cardiologue qui lui délivres les ordonnances pour la pathologie chronique dont il souffre. Pour protester contre cette violation de ses droits, l'universitaire franco-marocain a entamé une grève de la faim de trois jours.

"Je ne peux me soigner au Maroc vu que mon compte bancaire et mes biens sont gelés illégalement", écrit Maâti Monjib dans un message à ses collègues du laboratoire tourangeau CITERES. "J’ai voulu vendre ma voiture pour subvenir à mes besoins et à celle de ma mère à ma charge j’ai découvert qu’elle aussi est saisie." Victime d'une grave maladie cardiaque, Maâti Monjib ne peut pas être soigné correctement au Maroc faute d'une "infrastructure médicale conséquente et connaissant de près mon état de santé et son évolution".

Dans un communiqué, le laboratoire CITERES ainsi que l’Université de Tours se sont indignés "contre cette énième violation des droits du Professeur Monjib qui subit une persécution judiciaire depuis plus de six ans à cause de ses activités académiques et de son engagement en faveur de la liberté d’expression et des droits de l’homme au Maroc". "L’Université de Tours - et l’UMR CITERES - réitèrent leur soutien au Professeur Monjib et à sa famille et poursuivront leurs démarches auprès du gouvernement français afin de stopper la persécution judiciaire dont le professeur Monjib et sa famille sont victimes et de lui permettre de voyager librement."

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