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L'investisseur chinois qui avait racheté des terres agricoles dans l'Indre a fait faillite

En août 2018, des agriculteurs de la France entière avaient mené une action secrète à Clion (Indre) pour protester contre le rachat de terres par des investisseurs chinois. / © France 3 Centre-Val de Loire
En août 2018, des agriculteurs de la France entière avaient mené une action secrète à Clion (Indre) pour protester contre le rachat de terres par des investisseurs chinois. / © France 3 Centre-Val de Loire

Le milliardaire Hu Keqin, PDG du conglomérat Reward, connu pour s'être emparé de terres céréalières en France et notament dans l'Indre, se voyait déjà en roi de la baguette en Chine. Mais son groupe a fait faillite, montrant la fragilité de certains investisseurs chinois. 

Par Amélie Rigodanzo avec l'AFP

L'affaire avait fait grand bruit quand un mystérieux chinois avait racheté 1.700 hectares dans l'Indre il y a cinq ans, puis 900 hectares dans l'Allier trois ans plus tard.

Était-ce le début d'une conquête du grenier à grains français? Les pires inquiétudes circulaient, comme souvent lorsqu'il s'agit d'investissements chinois.

Mais finalement rien de tout cela ne s'est produit. Car Reward ("Luowa" en chinois), fondé en 1995 et spécialisé à l'origine dans le lait maternisé et les produits d'entretien, a été mis en faillite le 13 mai, selon un avis publié en ligne le 2 juin sur le registre chinois des faillites.

En janvier, l'agence de notation financière Fitch avait déjà tiré la sonnette d'alarme, expliquant que Reward avait été dans l'incapacité de s'acquitter d'une dette de 300 millions de yuans (38 millions d'euros) début décembre, alors qu'il assurait disposer fin septembre de... 4,15 milliards en numéraire (530 M EUR).

Fitch déplorait au passage l'opacité entourant les comptes des firmes chinoises, la non-publication d'informations "pertinentes" et des audits notoirement incomplets...


Du pain au pays du riz


Monsieur Hu, qui annonçait il y a un an environ vouloir ouvrir 1.500 boulangeries en Chine en cinq ans, approvisionnées en farine française, n'a finalement ouvert que trois boutiques "Chez Blandine" à Pékin. Et elles ont déjà fermé, d'après Dianping.com, principal site de référencement de commerces et services.

"Il y a un réel attrait pour la France parce que les produits sont bons, jouissent d'une bonne image. Ils veulent les importer en Chine mais sans doute vont-ils trop vite pour se faire une part de ce marché très concurrentiel", analyse Jean-Marc Chaumet, agro-économiste et spécialiste de la Chine à l'Institut de l'élevage.

Le groupe chinois n'était pas joignable mardi pour répondre à des questions sur le sort de ses actifs à l'étranger. 


Des agriculteurs venus de toute la France protestaient dans l’Indre en 2018

           
Mercredi 29 août 2018 au milieu d'un champ à Clion, dans le nord-ouest l'Indre, une centaine de paysans appartenant à la confédération paysanne avaient investi l'une des terres céréalières du conglomérat pour dénoncer leur rachat par cet investisseur chinois. 

Une opération secrète qui s’était déroulée dans une atmosphère tendue lorsqu’un homme, probablement employé par le groupe chinois, avait tenté de chasser agriculteurs et journalistes du champ.
 

"On est jeunes, on a envie de porter un projet agricole, mais on n'arrive pas à trouver de foncier parce qu'il y a des personnes qui ont beaucoup d'argent et qui spéculent sur la terre... Sur un bien qui devrait normalement être protégé contre ce genre de pratiques", s'indignait Yolain Gauthier, maraîcher à Tours.

L'État français a promis des verrous réglementaires pour éviter que des terres stratégiques ne passent aux mains de puissances étrangères. Mais le secteur attend toujours une loi foncière qui les mettra en place.
           
 

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