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Salon de l'Agriculture : Faut-il craindre l'accaparement de nos terres agricoles par des investisseurs chinois ?

Des terres agricoles dans la Vallée de la Loire. / © AltoPress / Maxppp
Des terres agricoles dans la Vallée de la Loire. / © AltoPress / Maxppp

En 2016, 1700 hectares agricoles de l'Indre avaient été achetés par un homme d'affaire chinois. Un choc qui risque de se répéter si la loi française n'évolue pas. A l'occasion du Salon de l'Agriculture, nous avons mené l'enquête.

 

Par Camille Belsoeur

En mai 2016, une information avait défrayé la chronique. Un fond d'investissement chinois avait racheté 1700 hectares de terres céréalières situées dans le département de l'Indre à un prix bien supérieur à celui du marché. Une main-basse sur des parcelles agricoles qui avait provoqué l'émoi parmi les paysans de la région et soulevé une inquiétude : fallait-il s'attendre à un déferlement d'investisseurs chinois séduits par le potentiel des exploitations françaises ?
 
Des terres agricoles achetées par un groupe chinois


La Chine possède seulement 10% des terres arables de la planète pour 20% de la population mondiale. En Chine, il y a 0,07 hectares de terre agricole par habitant, contre en moyenne 0,21 par habitant dans le monde. C'est un pays où l'industrialisation et l'urbanisation grignotent les terres arables. Ils ont une balance commerciale qui affiche un déficit de 60 millions de dollars pour le seul secteur agroalimentaire", note Thierry Pouch, chef du service des études économiques de l'Assemblée Permanente des Chambres d'Agriculture à Paris et auteur du livre "La Chine au risque de la dépendance alimentaire"

Les Chinois n'ont donc que deux solutions qui s'offrent à eux pour combler ce déficit : accroître leur production agricole ou produire plus. "Pour le moment, ils cherchent à augmenter leur volume d'importation, mais les Chinois étendent aussi leur outil de production par le rachat de terres à l'étranger", poursuit Thierry Pouch. Très vorace en Afrique, Pékin a aussi dans son viseur les terres françaises

L'inquiétude des paysans de l'Indre

Dans l'Indre, l'opacité autour de l'achat de 1700 hectares de terres, avait poussé les paysans de la région Centre-Val de Loire à se mobiliser. Le 29 août 2018, plusieurs centaines d'agriculteurs s'étaient rendus sur les terres acquises par Beijing Reward International Trade, une filiale du groupe China Hongyang. "L'arrivée des Chinois soulève plein de questions. Les aides agricoles de la PAC ont été conçues pour permettre aux agriculteurs d'avoir un niveau de vie égal à celui de la population européenne. Mais en achetant ces terres, les Chinois vont pouvoir toucher ces aides. Est-ce la nature des aides de la PAC d'engraisser des investisseurs chinois?", s'interroge Nicolas Calame, porte-parole de la Confédération paysanne de l'Indre. 
 
Des agriculteurs se mobilisent sur les terres achetées par un groupe chinois


L'un des autres motifs de colère des agriculteurs est le flou qui entoure ces achats de parcelles. "La Chine n'est pas le seul pays étranger à acheter des terres en France. Mais il y a souvent beaucoup d'opacité autour de ces acquisitions. Les fonds d'investissements chinois respectent la loi tout en l'utilisant à leur avantage", analyse Mary-François Renard, chercheuse responsable de l'Institut de recherche sur l'économie de la Chine à l'université de Clermont-Ferrand. 

"Faire de la Chine un marché pour le pain à la française"

Sous pression, Hu Keqin, le patron du fond Beijing Reward International Trade, avait finalement accepté d'expliquer son projet dans une interview accordée à l'Agence-France presse.

"Nous voulons faire de la Chine un marché pour le pain à la française et ces terres sont au service de cet objectif: nous venons d'ouvrir un premier magasin à Pékin et nous visons 1.500 boulangeries dans tout le pays d'ici cinq ans, proposant des pains préparés avec de la farine importée de France", expliquait l'homme d'affaires chinois.

Un investisseur, qui en étant prêt à payer à prix fort la terre de l'Indre pour se façonner une belle image commerciale, menace l'accès à la terre de jeunes paysans français qui ne disposent pas de la même surface financière. "Notre objectif est que la terre soit aux paysans. Que ce soit un Chinois, ce n'est pas forcément un problème. Ce qui nous dérange c'est davantage les investisseurs qui spéculent sur nos terres", lâche Nicolas Calame.

Faire évoluer la loi

Dans l'Indre, puis dans l'Allier où les mêmes investisseurs avaient acquis 900 hectares, le droit de préemption de la Fédération nationale des Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural (FnSafer) a été contourné en toute légalité. Pour cela, les Chinois se sont portés acquéreur de 98% des parts des sociétés agricoles contenant les exploitations. Or la Safer ne peut agir que lorsque la transaction porte sur la totalité de la propriété.
 


"Il faut une nouvelle loi qui nous permet de remédier à cette faille juridique", appuie Emmanuel Hyest, président du groupe Safer. La loi Potier offrait une meilleure protection concernant l'accaparement de terres, mais le Conseil constitutionnel a invalidé certaines de ses dispositions. "Avec les élus et les acteurs du monde agricole, on imagine notamment un système d'agrément où les gros acheteurs de terrains devraient obtenir un agrément en passant devant une commission", ajoute Emmanuel Hyest.

D'ici là, de nouveaux achats d'hectares par des magnats de l'agroalimentaire sont possibles. "Même si la mise en exergue de ces cas d'accaparements par des Chinois a refroidi d'autres paysans de vendre leurs terres à des fonds d'investissements étrangers", glisse Emmanuel Hyest.


 

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