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Jeux vidéo mis sur écoute par la DGSE ? “A mon avis, ils vont galérer...”

La DGSE veut mettre sur écoute plusieurs jeux vidéos - Photo d'illustration / © Ethan Miller/AFP
La DGSE veut mettre sur écoute plusieurs jeux vidéos - Photo d'illustration / © Ethan Miller/AFP

Le journal Le Monde a repéré, parmi les offres de stage proposées par la DGSE, un profil de poste plutôt insolite. Il est demandé aux candidats de préparer le piratage de certains jeux vidéo, pour surveiller les échanges entre les joueurs. Une perspective qui ferait plutôt rire les joueurs. 

Par Yacha Hajzler

"Il y a une telle profusion de moyens de communication qu'à mon avis, ils vont galérer, quand même..." s'amuse Sébastien Chenaf. Dans le monde du jeu vidéo, la dernière de la DGSE, la direction générale de la Sécurité extérieure, ferait plutôt rigoler.
 

Cherche stagiaire pour piratage Fortnite 


Le journal Le Monde a révélé le 7 janvier une offre de stage un peu particulière, réservée par les services de renseignement français à certaines grandes écoles. Titre du stage : "rétro-conception et exploitation des protocoles de jeux vidéo". "De plus en plus de personnes utilisent les jeux vidéo connectés (PUBG, Fortnite, CounterStrike, WoW, League of Legends...) afin d'en détourner leur utilisation première" décrivent les services de renseignement.
 

En clair : les forums et serveurs vocaux seraient utilisés pour échanger des informations par des personnes susceptibles de menacer la sûreté de l'Etat. 

Sébastien "Drijoka" Chenaf est un joueur, manager d'e-sport aujourd'hui membre du Wat Social Club, une agence de conseil spécialisée dans l'e-sport et le gaming. L'information le laisse dubitatif. Lui n'a jamais été témoins d'échanges ambigus. "Après les attentats du 11 septembre 2001 - c'est vieux, donc - il y avait eu des rumeurs comme quoi certains préparatifs avaient été faits sur des jeux vidéo. C'est la seule histoire que j'ai entendue..."
 

La DGSE va-t-elle s'y retrouver ? 


Pour lui, en visant les serveurs internes, la DGSE manquerait quelque peu sa cible. "La plupart des conversations écrites sont faits sur les jeux vidéo, mais la plupart des communications orales se font sur des programmes tiers.  Avant c'était Teamspeak, Discord... On a Skype, certains sont hébergés sur des serveurs privés. J'espère en tout cas qu'ils ont conscience que le spectre est beaucoup plus large que ça."

Il faut ajouter à cela que les espaces de discussion des joueurs sont en immense majorité gérés par des modérateurs. Certes, au vu du volume des échanges, tout contrôler est impossible, mais les propos tombant sous le coup de la loi (comme, par exemple, les contenus pédophiles) sont déjà remontés vers les services de police. 

Et puis, sans préjuger de la DGSE : va-t-elle s'y retrouver ? "Tous les jeux ont leur propre langage, si quelqu’un sur Call of Duty dit : "On va rush B, sortez les kalach", comment on va savoir si ça parle du jeu ou d’un attentat ?" se demande le joueur professionnel. 
 

"Retrouvez-moi à Fleury"


Du côté de la communauté des gamers, on se marre franchement. Humour, provocations : "oui, quand on joue à CounterStrike avec des potes à deux heures du matin, on a une liberté de parole, certains seraient choqués d'écouter ces conversations-là, mais c'est très bon enfant", confirme Sébastien Chenaf. 
 


Pas d'accusations de stigmatiser les gamers pour la DGSE. "Il n'y a pas de corrélation qui a été faite directement avec :"Oh la la, c'est parce qu'il joue à Call of Duty qu'il veut préparer un attentat", juge Drijoka. La DGSE, pour le coup, n'en est pas là. Pour moi, au fond, ça veut dire que les jeux sont devenus tellement mainstream, et qu'il y a tellement de gens dessus, que ça devient un enjeu comme un autre."

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