Après le Burkina Faso, un soigneur de Beauval veut sauver des lions et des léopards de la guerre civile au Yémen

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Écrit par Thomas Hermans

Cédric Zanello, soigneur au zoo de Beauval en Loir-et-Cher, prépare une mission de sauvetage de sept fauves, détenus par deux zoos situés en pleine zone de guerre au Yémen.

Depuis 2014, le Yémen est en proie à une guerre civile extrêmement meurtrière, un drame humanitaire ayant entraîné la mort de plus de 200 000 personnes selon plusieurs estimations. Au milieu de ce chaos, dans les villes de Taïz et Ibb, situées à quelques kilomètres du front, deux zoos tentent de survivre, et de faire survivre leurs animaux. 

Le zoo de Taïz avait fait l'objet, en 2015, d'une pétition pour sauver ses animaux, récoltant pas moins de 120 000 partages sur les réseaux sociaux. Six ans plus tard, la situation est toujours très compliquée. "Ils n'arrivent pas à nourrir leurs animaux, qui se reproduisent et sont trop nombreux", explique Cédric Zanello.

Soigneur au zooparc de Beauval en Loir-et-Cher, il parcourt le monde avec une mission : sauver de grands fauves en péril. Le dernier accomplissement de l'association "Des félins pour demain", à laquelle il est affilié, est l'acheminement de soins au Burkina Faso pour des lionnes en octobre dernier.

Danger critique d'extinction

Cette fois-ci, il ambitionne de venir au secours de cinq lions et de deux panthères. Les cinq rois de la jungle (ou plutôt du désert) sont des descendants directs de lions de l'Atlas, une espèce disparue endémique du nord de l'Afrique. Les panthères, elles, sont des représentantes de la plus petite sous-espèce de léopard, le léopard d'Arabie, classée en danger critique d'extinction.

Pour Cédric Zanello, les sept animaux représentent donc "un trésor", alors même que les détenteurs actuels des fauves "peinent à les maintenir en vie".

"La dernière distraction qu'il leur reste"

Avec des enclos vétustes, il est d'ailleurs arrivé que des lions s'échappent du zoo d'Ibb, avant d'être abattus, représentant une menace pour la population. "Avec la situation du pays, les animaux passent au second plan, ce qui est compréhensible", concède le soigneur de Beauval. Ce qui n'empêche pas sa détermination :

Certains m'ont expliqué que, le zoo, c'est la dernière distraction qu'il leur reste là-bas, pour pouvoir amuser les enfants. Ils ne veulent pas perdre ça.

Cédric Zanello

Les bénévoles et les autorités yéménites ont donc pu conclure un échange de bon procédés. Contre le don des sept fauves, l'association s'engage à financer un enclos tout neuf, aux normes, et ainsi garantir le bien-être des animaux qui resteront sur place, et l'avenir du zoo avec 

Objection Ghana

Reste à savoir quoi faire des fauves une fois exfiltrés d'une zone de guerre civile. Après d'âpres négociations, l'association vient d'avoir une bonne nouvelle financière ce samedi 11 décembre, qui "permet de déclencher toute la mission" : le soutien du Ghana. Le pays du golfe de Guinée souhaite en effet "développer l'écotourisme dans trois parcs naturels, et ils veulent les repeupler", affirme Cédric Zanello. Les animaux y seront accueillis dans des enclos de semi-liberté, bien plus vastes, et devraient bénéficier de tous les soins nécessaires.

Le soutien financier du Ghana était nécessaire au vu du coût de l'opération, avec ses sept caisses de transfert, les soins vétérinaires et les 5 000 kilomètres à vol d'oiseau à parcourir entre départ et destination. Restent encore quelques détails à régler, ou plutôt "un tas de paperasse" à surmonter, comme l'explique le soigneur. Le représentant ghanéen "doit encore se rendre sur le site pour s'assurer du bon fonctionnement et des bonnes conditions". Cette première phase, avec l'arrivée des fauves au Ghana, devrait prendre encore "5 à 6 mois", estime Cédric Zanello.

"Première" car les ambitions sont plus larges que quelques parcs ghanéens. Le but ultime serait de "participer à un vrai programme de réintroduction" des deux espèces. Des discussions ont ainsi été engagées avec le Maroc et l'Arabie Saoudite, et sont en cours à cette heure. "Des léopards d'Arabie, il en reste moins de 200 à l'état sauvage, et ils en ont une trentaine rien qu'au zoo d'Ibb", assure le soigneur de Beauval, soulignant l'importance de sauver ces animaux.