Des salariées de l'Ehpad de Bracieux accusent leur directeur de harcèlement et de propos sexistes

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D'un côté, des salariées de l'Ehpad de Bracieux dans le Loir-et-Cher, accusent leur directeur d'avoir tenu des propos sexistes et de les harceler. De l'autre, Pierre Gouabault, récemment décoré de la légion d'honneur dément et les représentantes du personnel le soutiennent. Que se passe-t-il dans cet établissement public jugé exemplaire pendant la crise du Covid ?

Le 8 mars dernier, journée internationale des droits des femmes, une quarantaine de personnes s'est rassemblée à l'appel de la CGT devant l'Ehpad de Bracieux pour demander une revalorisation salariale des personnels mais aussi pour dénoncer "le comportement" du directeur de la Bonne Eure. 

"Nous avons reçu des alertes de plusieurs salariées de l'Ehpad de Bracieux qui n'osent pas parler à leurs représentantes du personnel", raconte Sidi Boussetta, de l'union locale de la CGT du Loir-et-Cher.

Ce directeur qui cultive son image médiatique aurait tenu des propos sexistes à l'encontre de ces salariées, comme " j'ai recruté des jeunes et jolies jeunes filles, j'ai hâte que vous partiez toutes en retraite pour renouveler l'équipe", y a aussi "vous devriez aller faire un ravalement de façade et allez vous maquiller avant de vous présenter". Si elles ont peur de parler, nous sommes ici pour les défendre.

Pierre Gouabault, le directeur de quatre Ehpads publics dément formellement ces accusations

Pierre Gouabault, dirige l'Ehpad de Bracieux et trois autres établissements publics dans le Loir-et-Cher depuis quatre ans. Très médiatisé, il a reçu la visite d'Emmanuel Macron pendant la crise du Covid le 22 septembre 2020 et a écrit un livre "Les aventuriers de l'âge perdu" qu' il présente comme un manifeste sur les solidarités.

Depuis que ces accusations ont été publiées sur les réseaux sociaux, il est abasourdi et dément formellement :

J'assume le fait de m'exposer mais je trouve que les allégations qui sont faites sont extrêmement graves, très choquantes et je les dénonce avec la plus grande fermeté.

Pierre Gouabault

Il poursuit en insistant sur le fait que le dialogue social est une priorité pour lui  : "on a mis en place des espaces de régulation du travail avec moi ou juste la psychologue ou le médecin et les représentants du personnels qui se tiennent au minimum toutes les six semaines. À aucun moment, il n' y a eu de signalements ou quelques difficultés que ce soient remontées dans les relations interpersonnelles. Ici la transparence est essentielle."

Le 4 mars, Pierre Gouabault publiait cette photo sur les réseaux sociaux le lendemain du post de la CGT qui dénonçait ses méthodes managériales. 

"On ne peut rien dire dans l'Ehpad sinon ça nous retombe dessus" 

Lors de la mobilisation du 8 mars devant l'Ehpad de Bracieux, aucune des salariées concernées n'était présente.

Nous en avons joint une par téléphone. Cette aide-soignante raconte : un jour il est entré comme un fou en hurlant "Quelle est la connasse qui a pris ma place de parking ?" Un autre jour, il a hurlé sur une famille parce qu'elle n'avait pas pris la bonne porte. Nos RTT ont été supprimées et nous devons aller écrire nos heures dans son bureau. Là, il nous humilie. Il a un petit groupe de protégées à qui il passe tout et les autres, nous, on se fait humilier régulièrement. C'est pour ça que nous sommes allées voir la CGT qui n'est pas dans l'établissement. On ne peut rien dire dans l'Ehpad sinon ça nous retombe dessus, explique-t-elle. 

Des représentantes du personnel qui soutiennent leur directeur 

À l'Ehpad de Bracieux, la CGT n'est pas représentée. C'est la CFDT. Et les représentantes du personnel soutiennent leur directeur.  "Je n'ai jamais été témoin de ça et surtout personne n'est jamais venu m'en parler, alors que je suis là pour ça" explique Estelle Crespo, représentante du personnel.

"Quand j'ai appris ça, j'ai été choquée. J'ai dû m'asseoir pour comprendre et prendre du recul sur ce qui avait été dit. On m'a montré les propos qu'il aurait eus et ce n'est pas du tout sa façon de parler", confie Valérie Gauthier, aide médico-psychologique et représentante du personnel.  

Le jour de la manifestation le 8 mars, Hélène Pailloux, maire de Bracieux et présidente du Conseil d'administration de l'Ehpad de Bracieux est venue apporter son soutien à Pierre Gouabault : "je suis attristée parce que j'ai toute confiance en lui. Mais je ne suis pas surprise parce que la médiatisation et les qualités de travail de Pierre ne peuvent amener que des jalousies qui peuvent dériver sur ce genre de propos".

Cette ancienne candidate aux élections départementales dans le canton de Chambord y voit  aussi une manoeuvre politique : "comme il a reçu le Président de la République ici il y a un an et demi, il est malgré lui associé à la présidence de la République et donc au candidat Emmanuel Macron. N'est-ce pas là une façon d'atteindre la candidature d'Emmanuel Macron en attaquant Pierre Gouabault" 

Pierre Gouabault a reçu la légion d'honneur ce samedi 12 mars à Chambord pour sa gestion de la crise sanitaire au sein de ses Ehpads dans le Loir-et-Cher. 

"Si jamais des femmes aujourd'hui dans mes établissements ressentaient des atteintes sexistes, alors elles devront être dénonçables et je ne suis pas au-dessus de la loi. Mais je démens fermement parce que c'est aussi ma dignité qui est mise en avant" conclut-il.

Pour le moment, aucune plainte n'a été déposée et aucune enquête n'a été ouverte.