Loir-et-Cher : Nassira El Moaddem victime d’une tentative de «censure» de la part de la municipalité de Romorantin ?

Nassira El Moaddem était l'invitée du JT de Rebecca Benbourek le 17 octobre. / © F3
Nassira El Moaddem était l'invitée du JT de Rebecca Benbourek le 17 octobre. / © F3

Vendredi 15 novembre, Nassira El Moaddem a présenté son livre, Les Filles de Romorantin, lors d’une rencontre organisée par la médiathèque de Romorantin. Mais la soirée ne s’est pas déroulée comme prévue, la journaliste accusant la municipalité d’avoir tenté de la censurer.

Par Sophie Maréchal

Tout avait pourtant bien commencé. Vendredi 15 novembre, une rencontre avec Nassira El Moaddem était prévue à la médiathèque de Romorantin, organisée par la municipalité et la direction de la Frabrique Normant autour du livre Les filles de Romorantin, paru le 16 octobre dernier aux éditions de l’Iconoclaste.

Planifiée au mois de janvier à l’initiative de l’auteure et journaliste originaire de la ville solognote - le livre n'était alors pas encore terminé - cette rencontre avait pour but d’initier un échange entre les lecteurs de Romorantin et Nassira El Moaddem.

«C'était inadmissible»

«Sauf que ça ne s’est pas passé comme prévu ! s’indigne l’auteure. Quand j’ai rencontré le directeur de la médiathèque en arrivant, j’ai appris que le déroulé de la soirée avait changé. La municipalité ne souhaitait pas qu’il y ait un échange dans la salle. Je leur ai dit que ce n’était pas possible, même que c’était inadmissible, puisque j’étais l’invitée. Hélène le Déan, l’adjointe au maire en charge de la culture, a dit mots pour mots : ‘Je ne le souhaite pas. Je souhaite maîtriser les débats’.»
La soirée s’est ensuite déroulée dans une ambiance pour le moins tendue, entrecoupée de critiques cinglantes de la part d’une partie de l’équipe municipale présente. «Hélène le Déan a eu des mots très virulents à mon égard. Elle a dit que j’avais une vision caricaturale, que j’avais trahi ma ville, que ma vision était seulement négative», relate Nassira El Moaddem.

«J'ai été obligée de m'imposer»

Après un diaporama du Romo photo club projeté devant le public de l’auditorium – composé d’environ 180 personnes dont plusieurs spectateurs debout faute de sièges libres – deux lectrices ont entamé la lecture d’extraits des Filles de Romorantin. «A ce moment-là, j’ai été obligée de m’imposer, sinon je n’aurais pas eu droit à la parole, reprend l’auteure. J’ai demandé le micro à l’une des lectrices, qui me l’a passé, afin de pouvoir répondre aux critiques qui m’étaient adressées.»
Alors qu’Hélène le Déan tentait de l’interrompre, une partie des Romorantinais a hué l’adjointe, pour permettre à la journaliste de s’exprimer. La soirée s’est finalement terminée dans le calme autour d’une séance de dédicaces.

C’est la première fois de ma vie que je suis confrontée à ce type de scénario, s’offusque Nassira El Moaddem. J’étais vraiment choquée.


«Je peux comprendre que mon livre n’ait pas plut, mais quelle façon de faire ! C’est une tentative de censure : je n’étais simplement pas prévue dans ma soirée. Par la suite, le directeur de la médiathèque s’est excusé. Tout le contenu de la soirée avait été géré par la municipalité, et c’était la première fois que ça lui arrivait aussi.»

«Je ne souhaitais pas un débat politique»

Contactée, la municipalité de Romorantin n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. L’adjointe à la culture, Hélène le Déan, s’est expliqué mardi 19 novembre dans la Nouvelle République : «Je ne souhaitais pas un débat politique, nous sommes en période électorale. Mais quand on veut un débat, il faut accepter qu’il y ait quelqu’un en face qui ne soit pas d’accord.»
Hélène le Déan argue que l’auteure aurait demandé une simple séance de dédicace, ce que réfute Nassira El Moaddem qui souhaitait un débat avec les lecteurs, et ce que semble confirmer la promotion de la soirée, qui indiquait «une séance de dédicace à l’issue de la rencontre», comme le souligne la Nouvelle République.

«Le chapitre sur le maire n'est pas à charge»

Mais la journaliste l’assure, son livre ne comporte aucune dimension politique. «Il y a bien un chapitre sur le maire, mais il n’est absolument pas à charge. L’idée est simplement de raconter ce qu’est devenue cette ville victime d’un abandon industriel. Je pense que pour lui, j’incarne une certaine opposition», analyse-t-elle.
Après cette soirée «ubuesque», Nassira El Moaddem prévoit d’organiser une nouvelle rencontre avec ses lecteurs dans la commune de Romorantin, sans toutefois passer par l’entremise de la municipalité.

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus