Nouvelle mobilisation des travailleurs sociaux : le ras-le-bol des "oubliés du Ségur"

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Écrit par Bertrand Mallen / Marine Rondonnier

Alors que les soignants du secteur médico-social viennent d'obtenir la prime Ségur de 183 euros nets par mois après des semaines de mobilisation, les autres salariés exigent eux aussi une revalorisation salariale. Une forte mobilisation est attendue ce 1er février.

"Quand tous les séjours ont été annulés pour nos résidents l'été 2020, ils ont été les premiers à revenir de leurs congés pour mettre en place des activités", raconte Laurent Stawski, directeur général de l'Association départementale de parents et d'amis des personnes handicapées mentales du Loir-et-Cher (Adapei 41). En première ligne depuis le début de l'épidémie, au même titre que les soignants, les éducateurs ne comprennent pas "pourquoi leurs salaires n'ont pas été revalorisés de la même façon". Et ils comptent bien, avec les autres salariés du secteur social et médico-social, descendre dans la rue pour exiger cette reconnaissance ce mardi 1er février.

La mobilisation, convoquée au niveau national, va donner lieu à au moins quatre manifestations en région Centre-Val de Loire. A Orléans, les manifestants se rassembleront à 10h30 devant l'ARS, Cité Coligny, avant de défiler vers le conseil départemental. D'autres rassemblements sont prévus à Tours, Chartres et Châteauroux.

Des équipes "à bout de souffle"

L'Adapei 41 compte 300 salariés, dont la moitié occupe des postes éducatifs, techniques ou administratifs. Les établissements de l'ADAPEI accompagnent des enfants et des adultes en situation de handicap au quotidien dans des maisons ou des foyers d'accueil spécialisés. "Nous craignons, après les soignants, de voir partir aussi des éducateurs vers des secteurs qui rémunèrent mieux", poursuit Laurent Stawski. "Pourtant les éducateurs sont essentiels dans le parcours de vie de nos résidents. Tout autant que les soignants."

Le salaire d'un éducateur technique spécialisé suit une convention collective nationale de mars 1966, surnommée la "Convention 66". En début de carrière, cette rémunération est de 1658 euros bruts, et atteint les 2177 euros bruts après neuf ans.

Depuis le mois de septembre, les soignants du secteur médico-social se sont battus pour obtenir la prime Ségur de 183 euros nets par mois. L'attribution de cette prime leur a été confirmée le 18 janvier 2022  avec une rétroactivité au 1er novembre 2021. Mais "le mal était déjà fait" déplore le directeur général. "Beaucoup de soignants ont quitté le secteur médico-social. Résultat : les équipes sont à bout de souffle. Les familles âgées ont dû reprendre leurs enfants polyhandicapés plus souvent le week-end. Il va falloir recruter à nouveau et c'est très difficile."

Pour les éducateurs, c'est la même chose. Il ne faut pas attendre qu'ils partent pour revaloriser leurs salaires. C'est maintenant qu'il faut agir.

Laurent Stawski, directeur général de l'Adapei 41

"Ce sont les oubliés du Ségur", déplore Sylvie Berthuit, secrétaire départementale de la CGT Santé-Action Sociale du Loiret. Certains salariés en arrivent effectivement au point de rupture. "Beaucoup me disent : 'on va partir travailler à l'usine, on sera toujours mal payés et on travaillera toujours à la chaîne mais au moins ce sera clair'. Dans le social, dans l'humain, on ne peut pas travailler à la chaîne, au rendement."

Ces départs, en s'accumulant, peuvent avoir de graves conséquences. Dans le Loiret, l'Adapei 45 a 40 postes vacants selon la CGT. En bout de chaîne, cela débouche sur "des équipes débordées, de la maltraitance institutionnelle", voire des violences. "Ça fait comme dans la Santé, les personnels ne sont pas entendus, servent de larbins et finissent par claquer la porte", regrette Sylvie Berthuit. "S'il y avait des conditions de travail digne de ce nom et une paie correcte, du monde il y en aurait !" C'est la raison pour laquelle les manifestants demandent, outre la revalorisation du point d'indice, une augmentation générale des salaires, la fin des contrats précaires et une amélioration des conditions de travail et de formation.

Fin 2021, le Premier ministre Jean Castex avait réaffirmé son "attachement à ce que les prochaines échéances permettent d’apporter des améliorations concrètes", promettant en novembre une Conférence des métiers et de l’accompagnement social et médico-social pour le premier trimestre 2022. D'abord annoncée pour le 15 janvier, elle devrait finalement se tenir le 18 février.