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La Cité de l'agriculture devient “Cité de l'agriculture - Xavier Beulin” : un choix décrié

Xavier Beulin, très charismatique président de la FNSEA, continue de diviser. / © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
Xavier Beulin, très charismatique président de la FNSEA, continue de diviser. / © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Le nom de Xavier Beulin, qui a longtemps présidé la Chambre d'Agriculture du Loiret, doit y être accolé. Problème : il a aussi été président d'une grande organisation syndicale. 

Par Yacha Hajzler

Une polémique ? Une contestation ? En tout cas, on est loin de l'unanimité. Lors de la dernière réunion de la Chambre d'agriculture du Loiret, son président Michel Masson a annoncé qu'au nom de la Cité de l'Agriculture serait accolé celui de Xavier Beulin.

L'homme a notamment été président de cette Chambre d'agriculture 18 ans durant. Il est mort brutalement en février 2017, emporté par une crise cardiaque à l'âge de 58 ans. 

Un choix consensuel ? Pas vraiment. Car Xavier Beulin a aussi été le président de la FNSEA, l'un des principaux syndicats agricoles. Alors cette nomination fait grincer certains et en première ligne, la Coordination Rurale 45, un autre syndicat. France 3 revient sur ces divergences d'opinion. 

Laurent Lheure : "La Cité de l’Agriculture n’a pas à porter le nom d’un leader syndical."


Laurent Lheure est le président de la Coordination Rurale 45. C'est une organisation syndicale qui se veut plus proche d'une agriculture paysanne, particulièrement vigilante aux impacts de la mondialisation des produits agricoles. La FNSEA de son côté, est plus tournée vers le productivisme, l'exportation, et est encore le syndicat majoritaire à la Chambre d'agriculture du Loiret. 

Laurent Lheure ne souhaite pas polémiquer sur les qualités humaines de Xavier Beulin, mais voit dans cette décision une manoeuvre de la FNSEA. 

"Xavier Beulin n’aurait pas aimé que cette cité porte son nom. Il était pour le pluralisme syndical, c’est lui qui a permis à tous les syndicats d’être présents à la Chambre d’agriculture, mais lui donner son nom cela équivaut à dire que la Cité de l’agriculture appartient à la FNSEA. C’est comme si l’Elysée s’appelait "Elysée François Hollande" !

J’ai trouvé un peu dommage qui Michel Masson prenne cette décision car oui, c’est la FNSEA qui est présente en nombre au niveau de la Chambre d’agriculture et c’est leur décision. 

Je reconnais l’homme qu’était Xavier Beulin
, et c'est normal qu'il y ait des hommages, mais je pense que la Cité de l’agriculture n’a pas à porter le nom d’un leader syndical. On a l’impression que la FNSEA se l’accapare."


Y aurait-il, derrière, une bataille de valeurs entre deux visions de l'agriculture ?

"C’est compliqué comme débat, mais c’est vrai qu’en ce moment, l’agroalimentaire décide de tout, les agriculteurs n’ont plus de droits, que des devoirs, et c’est vrai que Xavier Beulin, qui a fait beaucoup de choses très bien, est plutôt une personne qui a favorisé l’agro-alimentaire au détriment des agriculteurs."

La coordination rurale, une organisation syndicale qui se veut plus proche des petits agriculteurs. / © PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP
La coordination rurale, une organisation syndicale qui se veut plus proche des petits agriculteurs. / © PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP

Michel Masson : "Ne ramener Xavier Beulin qu'à la FNSEA, c'est extrêmement réducteur." 


Michel Masson est le président de la Chambre d'agriculture du Loiret. C'est lui qui a annoncé la décision de rebaptiser la Cité de l'agriculture. Les chambres d'agriculture sont  des établissements publics qui représentent l'ensemble du monde agricole et rurale : exploitants, salariés, propriétaires... Les différents syndicats sont effectivement représentés parmi les élus mais, pour Michel Masson, le débat tombe à côté de la réalité. 

"Je ne comprends pas ce mécontentement. D'abord, la cité de l’agriculture restera la cité de l’agriculture, on adjoint le nom de Xavier Beulin. Il y aura également une commémoration, pour que les générations futures se rappellent que des gens ont consacré leur vie à l’agriculture, et Xavier Beulin sera mis à l’honneur en tant que tel.

Il était un personnage hors normes, qui a su promouvoir un métier complexe, et qui a été à l’origine de nombreuses activités dans le domaine agricole et pas que ! Il a été 18 ans président de la Chambre d’agriculture du Loiret, c'est très rare. On peut toujours tout critiquer, mais si aujourd’hui on arrive à vendre le colza à ce prix, c’est grâce à lui car il a créé des filières de diversification. Il a très bien défendu les intérêts de l’agriculture auprès de la France, de l’Europe voire même de l’OMC."


Et sur les réticences invoquant une mainmise du syndicat majoritaire ? 

"Ces commémorations s’adressent à l’homme, et non au président de la FNSEA. C’est vrai qu’il l’a été, à la fin, je ne valide pas spécialement cette activité-là, mais Xavier Beulin a été un compagnon de route. Nous avons travaillé 35 ans ensemble, et le ramener à la FNSEA est extrêmement réducteur.

Je ne polémiquerai pas sur les appartenances à la FNSEA ou à la Coordination rurale, ceux qui y adhérent sont tout aussi respectables les uns que les autres, comme d’ailleurs ceux qui n’adhèrent à rien.  Rendre hommage à un homme n’a rien à voir avec une quelconque organisation syndicale."


Y voir plus clair : qui était Xavier Beulin ? 

Une chose est sûre, Xavier Beulin incarnait un certain mélange des genres. Il démarre au bas de l'échelle, en reprenant l'exploitation céréalière familale de Donnery après la mort de son père. Il a alors 17 ans, ne passera pas le Bac.  "Je me préoccupais de faire tourner l'exploitation, d'assurer à la famille de quoi assurer le relais après la mort de mon père", confiait-il à France 3 en 2011. 

Il prend son premier engagement syndical fort en 1990, élu vice-président de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles du Loiret. Quelques années après, il prend la présidence de la Chambre d'agriculture du Loiret, un poste qu'il occupe jusque 2013. 

Entretemps, Xavier Beulin enfile d'autre costumes, qui ne sont pas du goût de tout le monde. En 2000, il prend la présidence du groupe Avril (qui ne porte pas encore ce nom), qui possède les marques Lesieur, Puget et Matines. Le voilà chef d'entreprise. En 2002, le voici lobbyiste : il est président de l'Alliance européenne des oléo-protéagineux (EOA), une organisation qui défend les intérêts de industriels et producteurs du secteur auprès des pouvoirs publics. 

Son influence est tel qu'on le taxe d'être un "ministre de l'agriculture bis". Médiapart épingle aussi en 2016 son train de vie, et son rôle dans une société qui loue des locaux à l'enseigne Carrefour, alors accusée de "saigner les paysans." 

En 2010, noeud du problème, il devient effectivement président de la FNSEA. Il est le premier céréalier à occuper cette fonction. Il a occupé ce poste jusqu'à sa mort brutale, le 19 février 2017. 

Contesté ou approuvé, l'homme a en tout cas été unanimement salué lors de son décès. 

 

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