Covid-19 : Noël noir pour les châteaux du Loiret qui ne peuvent pas rouvrir

Les châteaux du Loiret, à l'instar des autres lieux culturels, ne pourront pas rouvrir le 15 décembre. Alors que la période de Noël est l'une des plus importantes pour les domaines, les propriétaires se désolent.

Des décorations au château de la Bussière, sur le thème "nuit étoilé".
Des décorations au château de la Bussière, sur le thème "nuit étoilé". © Clémentine Gentil / FTV

Un air de Noël soufflait déjà sur les châteaux loirétains. Les sapins décoraient les pièces, les guirlandes étaient accrochées aux murs et les illuminations prêtes à parer les façades et jardins. Mais la fête a été de courte durée. Les annonces du gouvernement de ne pas réouvrir les lieux culturels avant le 7 janvier ont touché les châteaux de plein fouet.

La date initiale de réouverture était prévue le 15 décembre, mais, si la situation sanitaire "s'est améliorée ces dernières semaines", "les conditions posées pour leur réouverture ne sont hélas pas réunies", a déclaré le Premier ministre Jean Castex, jeudi 10 décembre. C'est maintenant une brise glaciale qui souffle dans les dédales des châteaux vides, déjà durement touchés par la crise du Covid-19.

Guirlandes en berne

Dès le lendemain des annonces, les propriétaires, salariés et bénévoles de certains châteaux du Loiret s'affairent à enlever toutes les décorations. "Nous avons l'habitude de faire Noël au château, déplore Xavier Lelevé, propriétaire du château de Meung-sur-Loire. C'est un rendez-vous incontournable, nous recevons habituellement des milliers de visiteurs et nous préparons beaucoup d'animations, notamment pour les enfants"

Même constat amer pour le château de la Bussière. "C'est désespérant", souffle Laure Bommelare, la propriétaire et gestionnaire du domaine. Elle s'enthousiasme encore du travail de ses quinze bénévoles, qui ont décoré le site sur le thème "nuit étoilé". "Cela n’a jamais été aussi beau !". L'équipe avait tout préparé en vue d'une réouverture le 15 décembre : chemin balisé, tranches horaires pour ne pas recevoir toutes les personnes en même temps, promenades dans le parc, buvettes avec verres jetables et même Pères Noël respectueux des gestes barrières. Pour autant, Laure Bommelare ne veut pas que ces efforts soient vains, et a demandé à un ami cinéaste de venir filmer les décorations pour en faire profiter le plus grand nombre. 

Des décorations au château de la Bussière, sur le thème "nuit étoilé".
Des décorations au château de la Bussière, sur le thème "nuit étoilé". © Clémentine Gentil / FTV

La féérie se brise."Un château vide, c’est dramatique, horrible, terrifiant, soutient le propriétaire du château de Meung-sur-Loire. Là, nous allons plutôt vers une prolongation d'Halloween !" Outre la tristesse, l'incompréhension. Lorsque des domaines font plusieurs milliers de mètres carrés, l'idée d'une vague de contaminations dans les locaux paraît presque absurde pour certains : "On est sans doute les établissements où il est le moins compliqué de mettre la distanciation en place",  note Xavier Lelevé. Pour respecter les mesures sanitaires, le château de Meung-sur-Loire avait limité la jauge de visiteurs à 180, soit 8m2 par personnes.

"Une méconnaissance du monde du patrimoine" 

Ce ne sont pas moins les raisons du report que la manière dont cela a été fait que dénonce Xavier Lelevé. Un "claquement de doigt qui, d'un coup, anihile tout". "Il y a une sorte de négligence et surtout une méconnaissance à l’égard du monde du patrimoine qui sont assez surprenantes, ajoute-t-il. On a l’impression que les gens qui décident sont dans des bureaux et ne savent rien de la manière dont on travaille, qui implique la nécessité d'anticiper plusieurs semaines à l'avance les activités". 

Il explique qu'organiser une soirée comme celle de Noël demande "beaucoup de travail et d'investissements financiers", d'autant plus que "la contrainte financière est extrêment forte cette année". Sur l'année 2020, le château de Meung-sur-Loire observe une perte de chiffre d'affaire de près de 50%, avec une réduction de la moitié des visites.

Même constat amer pour Laure Bommelare. Elle insiste : "Pour nous, la période de Noël est loin d’être anodine. En matière de chiffre d'affaire, un mois de décembre correspond à un mois d'août". L'année dernière, 4 000 personnes se sont rendus au château de la Bussière pour les fêtes de fin d'année, sur un total de 21 500 visites sur la totalité de 2019. Alors, face à la crise et la possibilité de travailler dans le vide, "certains châteaux n'ont même pas voulu tenter le coup de préparer une réouverture un décembre" la propriétaire du château. "Nous, nous y avons cru jusqu'au bout."

Des rennes en bois à l'extérieur du château de la Bussière.
Des rennes en bois à l'extérieur du château de la Bussière. © Clémentine Gentil / FTV

D'autant plus qu'en temps normal, la periode de Noël clôt la saison et précède une période "morte". Fermeture jusqu'à avril pour le château de la Bussière, et période de travaux pour celui de Meung-sur-Loire. Les châteaux ne devaient donc pas rouvrir le 7 janvier. Mais pour amortir les pertes financières, les deux domaines réfléchissent néanmois à des ouvertures dès les vacances de février. Les interrogations subsistent néanmoins, et la peur d'autres restrictions tout au long de l'hiver plane  : "Nous avons une nouvelle application pour des jeux à l'extérieur et un projet d'enquête pour les enfants, mais est-ce qu'on les monte dès février ? Est-ce qu'on investit ? Il est très compliqué d'anticiper", soulève Xavier Lelevé. 

Si la fin de l'année reste une période difficile, le printemps n'est jamais loin. Laure Bommelare veut garder la tête haute et rester optimiste. Cet été, elle a observé une tendance nouvelle : "Nous avons eu un public orléanais que nous n'avions pas d'habitude. Mais surtout, les gens passaient leur journée entière au château pour profiter du lieu, plutôt que de se presser". Un "tourisme lent" et local que veut développer le château de la Bussière, afin de "remonter la pente à tous les points de vue"

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
region centre-val de loire politique culture covid-19 santé société