Loiret : Gilles Lepeltier, maire de Lion-en-Sullias, “Il est temps pour moi de passer la main”

Gilles Lepeltier, maire de Lion-en-Sullias (Loiret) / © Isabelle Racine - France Télévisions
Gilles Lepeltier, maire de Lion-en-Sullias (Loiret) / © Isabelle Racine - France Télévisions

Gilles Lepeltier est maire de Lion-en-Sullias dans le Loiret depuis 1995. A son compteur : quatre mandats mais c’est décidé, en mars prochain, il laissera la mairie à ses successeurs !

Par Isabelle Racine

Gilles Lepeltier, 61 ans, termine son quatrième mandat à la tête de la commune de Lion-en-Sullias. Mais c’est décidé : ce mandat est le dernier. Elu sans interruption depuis près de 25 ans, il a décidé de s’arrêter. Il n’est ni fâché, ni aigri. "Ce que j’avais à faire, je l’ai fait. J’y ai mis toute mon énergie… Il est temps de passer la main, tout simplement. Il faut savoir s’arrêter."

Pourquoi il ne briguera pas un nouveau mandat en mars prochain

Ses quatre mandats à la tête de cette commune de 400 habitants ont été bien remplis. Avec son équipe municipale, il a mené à terme de nombreux projets. Il lui reste le sentiment du devoir accompli : il a fait ce qu’il avait à faire. Bien sûr, il reste des dossiers en cours car il y a toujours à faire dans une mairie.

Ce que j’avais envie de faire, je l’ai fait. J’y ai mis toute son énergie. La première raison qui me fait arrêter, c’est bien sûr pour éviter de faire le mandat de trop et surtout… ne pas devenir aigri.

Gilles Lepeltier se dit qu’il est temps de laisser la place aux jeunes : "Il faut laisser la place aux actifs âgés de 25 à 45 ans, ceux qui sont dans la vie professionnelle et qui ont des enfants. Ils savent communiquer sur les réseaux sociaux et sont mobilisés… sur la planète, sur l’environnement. Ils sont l’avenir de la France. Il faut que, par leur intermédiaire, le dynamisme revienne et, surtout, ne pas penser qu’on est indispensable."

Depuis 25 ans, la fonction lui prend tout son temps :"On se fait vite avaler par les dossiers, il y en a toujours en cours, ça ne s’arrête jamais. C’est une fonction palpitante et si on a envie que les choses soient bien faites, il faut y passer du temps."

Confier des missions et déléguer

"La fonction de maire est une expérience formidable et passionnante. Je la conseille vraiment à tout le monde et si je la conseille, il faut donc que je laisse la place aux autres… aux plus jeunes pour qu’ils s’essaient à la fonction. La mission est chronophage mais avec une bonne équipe, les dossiers avancent. Il faut savoir déléguer et surtout confier des missions à ses adjoints et ses conseillers afin que ceux-ci, au terme de leur mandat, en tirent un bilan positif et aient le sentiment d’avoir apporté une pierre à l’édifice."

Il faut que les habitants se sentent investis et pour cela, il faut encourager. Il se souvient de cet adjoint qui souhaitait, au début d’un mandat, planter des arbres. 6 ans plus tard, l’objectif était atteint et il a alors quitté ses fonctions... satisfait d’avoir planté des arbres.
 

Un engagement de 25 ans

Tout commence  en 1995. Dans la vie, Gilles Lepeltier est instituteur. Il exerce à... Lion-en-Sullias. Parallèlement, il est aussi secrétaire de mairie depuis 1983 toujours à Lion-en-Sullias. C’est dire s’il connaît bien sa commune, son fonctionnement, les rouages, le montage des dossiers, les procédures pour demander des subventions. Il a aussi un carnet d’adresses bien rempli et bien utile. Après treize ans comme secrétaire de mairie, il arrête et, à la demande de nombreux habitants, il constitue une liste. La victoire est au bout. Il sera réélu sans interruption pendant 25 ans. Depuis 2016, il se consacre entièrement à son activité de maire, pour 500 euros d’indemnité par mois.
 

Son plus beau projet : la construction d’une nouvelle école

Dans quelques mois, Gilles Lepeltier ne sera plus l’édile de Lion-en-Sullias. L’heure n’est pas encore tout à fait au bilan mais quand nous lui avons posé la question de savoir ce qu’il retiendra de son passage à la marie, la réponse a fusé : la nouvelle école !
Il aura fallu 7 ans et deux mandats à monsieur le maire pour construire la nouvelle école. L’ancienne datait de 1852 et était dans les locaux de la mairie. L’idée est initiée lors du premier mandat : le conseil municipal veut une école ouverte : la culture doit entrer à l’école. Il faudra attendre l’année 2003 et le deuxième mandat de Gilles Lepeltier pour voir l’inauguration de la classe, de la cantine et d’un centre culturel, tout cela au même endroit, derrière la mairie actuelle.
Les enfants de Lion-en-Sullias ainsi que ceux de St-Aignan-le-Jaillard occupent la classe unique de CM1-CM2.
 

Ce qu’il a préféré : les rencontres…

Gilles Lepeltier aime faire des rencontres. En tant que maire, il reconnaît qu’il était à la bonne place : il a côtoyé les serviteurs de l’Etat : les préfets et les sous-préfets successifs mais aussi de nombreux chefs d’entreprises.
Lui qui aime la culture, sous toutes ces formes, il a fait de belles rencontres : artistes, chanteurs, comédiens... Car à Lion-en-Sullias, la mairie a toujours réservé une place importante à l’activité culturelle avec des expositions, du théâtre… "On a toujours voulu se faire remarquer, être original car Lion-en-Sullias est la plus petite commune du canton de Sully-sur-Loire."

Quand on est maire d’un village de 400 habitants, il faut connaître tout le monde. C’est l’occasion de découvrir des personnalités, d’apprendre à connaître chacun car le maire est dans un rôle de proximité. "Pour les gens : nous sommes leur maire. Ils disent d’ailleurs « notre maire ». Ils ont confiance en nous. Et ils nous en apprennent beaucoup sur leur vie et leurs passions qu’elles soient sportives ou culturelles, artistiques. On les découvre. Bien sûr, il faut aimer les gens pour aller à leur rencontre et les aider s’ils en ont besoin. D’ailleurs si un administré vient voir son maire, c’est qu’il a un souci… à nous de trouver la solution."

Gilles Lepeltier nous a indiqué qu’il n’a jamais eu à subir les violences de la part de ses administrés mais il admet que depuis quelques année, certains d’entre eux font parfois preuve d’impatience : ils veulent avoir des réponses plus rapidement.
 

L’après 2020

Redevenu simple citoyen, Gilles Lepeltier restera au service de sa commune si elle a besoin d’elle mais il compte disparaître de la circulation pour profiter de la vie et notamment de ses petits-enfants.
Il utilisera son temps libre pour se remettre à écrire... de la poésie et des nouvelles et consacrera plus de temps au langage patoisant de Sologne car il est, à ses heures perdues, conteur..
La vie associative devrait beaucoup l’occuper au travers de deux associations : la société savante du GRAHS, le Groupe de Recherche Archéologique et Historique de Sologne basé à la Lamotte-Beuvron ainsi que l’association du musée du braconnage à Chaon (41) qui a créé un musée du braconnage tel qu’on le pratiquait en Sologne entre 1850 à 1950 sur les faisans et les lapins avec des armes prohibées ou à des moments également prohibés.

Président des maires ruraux du Loiret depuis 2009

Il s’est investi dans l’association des maires ruraux pendant 10 ans. "C’est mon seul militantisme" , reconnaît-il. Pour lui, la ruralité a trop souvent été mise à mal, écartée des décisions et souvent engloutie dans les communautés de communes. Il aurait aimé plus de respect pour la ruralité et les petits villages.

"Pour moi, il faut défendre la ruralité et j’ai toujours voulu le faire. J’ai toujours cherché à faire avancer des choses par respect pour les habitants des villages, du mien et des autres. Les gens s’installent à la campagne par envie ou par choix et surtout pas par défaut. Ces populations ont autant de droits que les autres. Il faut défendre ce modèle de campagne, la ruralité, contre un modèle tout urbain."


Un regret ?

Il n’a pas vraiment de regret car il estime avoir fait ce qu’il avait à faire. Peut-être aurait-il aimé travaillé davantage sur l’environnement.


Une autre vision de la démocratie participative

"Il faudrait revoir notre organisation politique et démocratique. Il faut faire participer davantage les habitants qui veulent s’engager ponctuellement et qui n’ont pas envie de s’engager forcément sur un mandat complet. Il faut trouver des formes de participation peut-être plus ponctuelles. Laisser plus de liberté sur le nombre de conseillers, sur l’organisation du conseil pour créer des commissions avec des gens du conseil et des personnes extérieures au conseil et faire plus confiance à la population."


Tenter l’expérience

"Etre maire est une expérience forte et je conseille à tout le monde de la tenter. La mission est passionnante et motivante. Je la recommande même si on peut avoir l‘impression que ce n’est pas fait pour soi, qu’on n’y arrivera peut-être pas. Mais on s’y met et on arrive à endosser le costume. Il faut le faire selon son tempérament. Impossible de tricher en tant que maire, il faut être soi-même et ce sont les électeurs qui jugent. Les rencontres peuvent être extraordinaires et épanouissantes."

Ecoutez Gilles Lepeltier :
 
Interview de Gilles Lepeltier, maire de Lion-en-Sullias
Interview de Gilles Lepeltier, maire de Lion-en-Sullias - France 3 CVDL - Isabelle Racine

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Biographie

Gilles Lepeltier est né à Paris il y a 61 ans. Avec ses parents, il quitte la capitale à l’âge de 5 ans pour venir s’installer à Chalette-sur-Loing dans l’est du Loiret. Il y fait toute sa scolarité jusqu’au bac et intègre l’Ecole Normale à Orléans pour deux années de formation : il veut apprendre le métier qu’il a toujours voulu faire, celui d’instituteur. A la sortie de l’école, il demande un poste à la campagne... ce sera Lion-en-Sullias dans le Loiret.
 

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