Montargis : un cancérologue de l’hôpital poussé vers la porte de sortie par la direction

Le docteur Paraiso n'a pas pu entrer dans son bureau vendredi 17 janvier. Sa serrure avait été changée par la direction du Centre hospitalier de l'agglomération montargoise. / © Patrick Lefevre / Maxppp
Le docteur Paraiso n'a pas pu entrer dans son bureau vendredi 17 janvier. Sa serrure avait été changée par la direction du Centre hospitalier de l'agglomération montargoise. / © Patrick Lefevre / Maxppp

Le docteur Paraiso, cancérologue à l’hôpital de Montargis, a dû cesser ses fonctions depuis vendredi 17 janvier. Pour le directeur, le praticien, âgé de 66 ans, doit prendre sa retraite. Pourtant le Comité national de gestion lui a permis de continuer son activité pour une durée de trois ans. 

Par Flore Caron

En fin de semaine dernière, le docteur Paraiso, 66 ans, n’a pas pu accéder à son bureau : la serrure avait été changée. Jean-Luc Davigo, directeur du Centre hospitalier de l’agglomération montargoise l’avait en effet averti quelques jours auparavant que l’accès aux locaux lui serait "formellement interdit" à compter du 18 janvier, considérant que le médecin devait cesser son activité pour partir à la retraite. 
 

Pourtant le Comité national de gestions des praticiens hospitalier (CNG) l’a autorisé à poursuivre son exercice et ce, dans une limite totale de trois ans et 10 mois. Le directeur affirme s’opposer à cette dernière décision. Mais "il ne s’agit que d’un abus de pouvoir, la décision est illégale" pour Maître Osseni, avocat du praticien. Selon lui, "on instrumentalise l’administration pour des intérêts personnels".

 

 

Départ contraint

"La direction met les patients  en danger", s’inquiète Karine Roger de la CGT. D’après elle, un seul oncologue  – contractuel et non praticien hospitalier – exerce à présent dans l’hôpital. Un chiffre insuffisant pour cette syndicaliste mais contesté par Jean-Luc Davigo.  "Il y a 12 praticiens qui sont soit hématologues soit oncologues", a-t-il déclaré mais sans vouloir préciser le nombre exact d’oncologues. D’après Karine Roger, le suivi des patients du docteur Paraiso n’est plus assuré par des cancérologues depuis le départ de ce dernier mais par des hématologues. Une version également discutée par le directeur : "L’activité a largement été prise en charge par les collègues. assure-t-il. Par des oncologues et des hématologues."


[...] vous me remettrez avant votre départ les clés de votre bureau. Je vous remercie également de laisser votre blouse, votre ordinateur, et tout le matériel appartenant au CHAM dans votre bureau,
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extrait de la lettre adressée au docteur Paraiso par la direction du centre hospitalier de l'agglomération montargoise (CGAM) le 16 janvier 2020
 

"C’est un docteur humain qui prend le temps. Il explique, il prend des précautions, il rassure", raconte Karine Roger. Une pratique qui dérangerait la direction d’après la CGT puisque peu rentable. "J’ai parlé avec des patients qui regrettent énormément son départ", se désole la syndicaliste. Quelques jours après le changement de serrure de son bureau, le Docteur Paraiso a une nouvelle fois compris qu’il n’était plus le bienvenu dans l’établissement hospitalier : un verrou avait été installé sur la porte du cabinet dans lequel il effectuait ses consultations.
 

« Je suis devenu l’homme à abattre »

La limite d’âge des praticiens hospitaliers est fixée à 66 ans et 2 mois pour ceux qui sont nés en 1953, ce qui est le cas de Monsieur Paraiso. Cependant, le médecin est en droit de demander une prolongation sous condition, notamment, de fournir un certificat médical. Ce qu’a fait le docteur Paraiso en avril dernier. La décision revient alors au directeur général du CNG qui doit prendre en compte l’avis du chef de pôle de l’hôpital, du président de la commission médicale d’établissement (CME), et du directeur de l’établissement. Trois avis qui ont été défavorables à propos du docteur Paraiso. Nous avons demandé au directeur de l’établissement quelle en était la raison. D’après lui, il y avait "un problème de forme dans la demande" et "un problème d’organisation du service".

A l’hôpital de Montargis, la présidente de la commission ainsi que le chef du pôle et chef de service sont une seule et même personne : le docteur Hernandez, avec qui le Dr Paraiso affirme avoir un différend personnel. Ce dernier se serait fait mal voir après de sa collègue pour avoir voulu dénoncer certaines conditions de soin. Il raconte avoir également critiqué le cumul des postes de Madame Hernandez. "Du fait d’avoir soulevé ça, je suis devenu l’homme à abattre", affirme-t-il.  
 

Postes vacants en oncologie

En raison des avis défavorables et des arguments avancés par l’hôpital, à savoir que la cancérologie n’était pas une spécialité rare et que l’établissement ne manquait pas d’oncologues, le CNG a refusé la demande de prolongation de Monsieur Paraiso en premier lieu. Le docteur devait donc initiallement cesser son activité le 18 juillet 2019. Cependant, à l’issue de cet arrêté, l’hôpital a fait le choix d’embaucher Monsieur Paraiso en tant que contractuel, lui proposant un contrat à durée déterminée (CDD) d’une durée de 6 mois à partir du 18 juillet sans en informer le CNG. D’autre part, un document du CNG spécifie que deux postes de cancérologues étaient vacants à la date du 8 avril 2019, ce qui a amené Maître Osseni à s'interroger quant aux réels besoins de l'hôpital concernant cette spécialité. 

Face à la décision du CNG du mois d'avril 2019, le praticien a demandé un recours auprès du tribunal administratif. Le centre hospitalier ne lui ayant pas transmis "l'information de recrutement de Monsieur Paraiso en CDD", le CNG a décidé le 20 novembre 2019 de retirer l’arrêté et permis au médecin de poursuivre son activité. "La prolongation d’activité de Monsieur Paraiso est renouvelée par tacite reconduction [...] et dans une limite totale de trois ans et dix mois", est-il écrit sur le courrier.  Malgré tout, la direction s’oppose à son retour.
 

« La cancérologie est prioritaire » 

Le directeur de l’hôpital se défend en rappelant que "la cancérologie est prioritaire" pour le centre hospitalier. Pour soigner les personnes atteintes de cancer, les hôpitaux doivent disposer d'une autorisation spécifique délivrée par l’ARS. Autorisation dont dispose l’hôpital et qui a été renouvelée en décembre 2019 pour une durée de 7 ans. Il précise également que l’hôpital propose des soins de support à ses patients atteints du cancer tel que la sophrologie et l’activité sportive adaptée. Ces activités ont pour but de diminuer les effets secondaires du traitement. 

Deux recrutements de médecins contractuels sont prévus pour le mois de mars et le mois de juin, explique Jean-Luc Davigo. Un délai beaucoup trop long pour la syndicaliste. "Comment peut-on faire partir quelqu’un s’il n’y a personne pour le remplacer ?", s’interroge-t-elle. D’autre part, les deux médecins seront tout d'abord embauchés en tant que contractuels, un statut non reconnu par le CNG d’après Karine Roger. "Moi je maintiens ma décision de ne pas vouloir renouveler l’activité de Monsieur Paraiso", déclare le directeur. Quant au praticien, il ne compte pas en rester là. "On le soutiendra jusqu’au bout", affirme de son côté Karine Roger.


 

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